thibault MARTHOURET – EXTRAIT « LES ENFANTS MASQUES »


thibault MARTHOURET

EXTRAIT

« LES ENFANTS MASQUES »

il sait

Il la fixe, nez relevé, tête à hauteur du bras qui remue la soupe.

Il sait. Il sent. Pas encore d’indices, mais un chemin dans son ventre, le tintement d’une clochette d’argent, les pas de la peur dans la neige glacée qu’il suit jusqu’à cet antre où le sommeil refuse d’entrer.

Il frissonne.

Le fumet des légumes le ramène à l’abri, chez lui, dans la cuisine, sous la lumière jaune de la hotte, tout contre elle, que ces petites disparitions inquiètent. Où est-il allé ?

A-t-il glané des indices dans la forêt obscure qui pousse au cœur de la maison et qu’elle s’évertue à draper de tentures pastel :

un silence trop long ?

Une enveloppe déchirée, oubliée sur le bahut de l’entrée ?

Un pansement dans le pli du coude ?

Des absences à l’heure du goûter ?

Elle redoute qu’il ne suive son instinct, ballon rouge le conduisant du jardin de l’enfance à cette route où le réel le fauchera.

Elle remue la cuillère de bois, se cache dans l’épaisseur orange.

Dis, ça va ?

Thibault Marthouret

THIBAULT MARTHOURET – EXTRAITS DE « EN PERTE IMPURE »


THIBAULT MARTHOURET –

EXTRAITS DE

« EN PERTE IMPURE »

Depuis ce silence terminal
né sur un parking d’entrailles douloureuses
dans la moiteur pesante de remerciements feints,

je marche, léger,
                  je m’endors, léger,
                                  je mène, léger,

une existence légère du poids de ta parole perdue.

phénomènes

I/

L’aube élague l’étreinte
                                  où
                                  je
                                  nichais.

II/

La perte comble l’absence
comme l’ombre le gouffre.

Je chasse le vide avec des gouttes.

                                  A l’oreille du puits,
murmure je n’entends que toi.

III/

La tour de l’église s’effrite,
                                  saupoudre les ronces à son pied.

                                  Les épines poussent,
nourries de pierre et de temps dur.

les framboises

Je veux t’écrire sur les framboises des mots que personne ne lira.

T’écrire des mots sur les framboises comme si personne n’allait les lire.

Des framboises dans un récipient bleu, comme le silence.

Des mots creux, à remplir d’eau si tu veux,
de larmes,
de bulles d’air.

Une caverne pourpre, rincée,
                                  dont la mer vient de se retirer,
un cœur prêt à t’accueillir, encore.

Thibault Marthouret

LUMINOSITÉ FROIDE


LUMINOSITÉ FROIDE

Des dents d’un baiser cassé, le jardin a tiré la langue

Il y a quelque chose d’éteint dans la tenue solaire de ce samedi

Une absence d’accord entre la couleur et le hit parade

La peau au feu remâche l’enthousiasme d’autrefois, ébahie mais gelée

Ce premier jour du mois n’a pu trouver les mots qui montent à bord

le départ du train est conduit en salle d’attente

Niala-Loisobleu.

1er Février 2025

AUX SEMELLES QUI PERCENT, J’OPPOSE MES PIEDS NUS


Putain de vie

le feu du silex et ses contre-pluies

Autant que tu aimes, on étouffe contre poitrine

Jour de l’An, voeux-tu don te taire

je n’ai rien à faire de survivre

Les murs je les perce de mes peintures

Persistant

mon jardin

ne le tien que par la racine

Février va sortir du four, merci pour le peint toujours frais

.

Niala-Loisobleu.

31 Janvier 2025

SERREMENTS D’AMOUR


SERREMENTS D’AMOUR

Désensibilisée

à croire que l’échine serait que du péril jaune

Nostradamus n’est qu’un suppôt du régime sec

Reste quelques coups dans mes reins

pour ne pas entrer en miction impossible

T’as d’beaux nibards, me dis-je

en rattrapant mes bretelles

afin de pas louper la rocade…

.

Niala-Loisobleu.

31 Janvier 2025

À LA LIMITE DE CE QUI DÉPASSE


À LA LIMITE DE CE QUI DÉPASSE

S’il fallait inventorier

le rase-mottes à la cime des arbres

le temps nécessaire serait bref

L’érection pénètre seulement dans l’obsolète

à part quelques touffes sachant faire la brasse-coulée

.

Mû par l’utopie d’un temps perdu

j’enfile mes lunettes

pour plonger

la bouteille après la barre de corail

Je ne crois plus en Cendrillon

perdre ses chose sûres, coule les citrouilles

Je reste le dernier sauvage des mots-piquants

.

Niala-Loisobleu.

30 Janvier 2025

SURSAUTS DE BOGGIES


SURSAUTS DE BOGGIES

Parallèles à la voie

les reins passent à confesse

Mea-culpa

In Temporalibus

Ce caillot du coeur, est défoncé à coups de bélier

Ainsi soit-il, je t’aime encore

le reniement a fané…a

Il s’en prend plein la gueule à la récré

L’odyssée a tissé sa toile sur le renflouement d’épave

1982

a marqué le refus de capituler

Ce qu’il me rappelle chasse le doute reconduit aujourd’hui

.

Niala-Loisobleu.

30 Janvier 2025

LA BAGUE ET SON DEVOIR


LA BAGUE ET SON DEVOIR

Dehors les eaux emportent l’ombre chinoise du corbillard

dedans reste

les prés verts et les faux rais de la bague

Tout est clos par le sceau du Maître

Reste les dernières volontés

cette vaisselle qui ravale la façade

avant de rejoindre l’égouttoir du timbre

Le temps long de l’oeuvre

a borné la route d’une multitude de pierres

à tenir à la bonne place, au meilleur en droit

ma main-gauche donne pouvoir à la droite

pour se prononcer en toute justice

de ce qui résulte de conduite, d’agissements

durant la Comédie Humaine

De ceux qui n’ont vu dans ma peinture

qu’une harmonie avec leurs meubles et leur papier-peint

j’écarte mes enfants du crime potentiel

je n’ai jamais exécuté un tableau pour plaire, ni donné pour être volé

je n’ai donné que le ressenti de mon coeur.

.

Niala-Loisobleu.

29 Janvier 2025

« LA FENÊTRE IMPATIENTE » – NIALA 2025 – ACRYLIQUE S/TOILE 61X50


« LA FENÊTRE IMPATIENTE »

NIALA 2025

ACRYLIQUE S/TOILE 61X50

A la croisée des petits-bois

flotte

d’inquiétantes montées des eaux

Les anémones

en alarme resserrent

la moindre venelle

persuadées que derrière l’effroyable

reste une partie du corps

de garde

qui pourrait être cette touffe de poils

que la peinture intemporelle

.

Niala-Loisobleu.

29 Janvier 2025