La vérité du drame est dans ce pur espace qui règne entre la stance heureuse et l'abîme qu'elle côtoie : cet inapaisement total, ou cette ambiguïté suprême. Saint-john Perse
UNE CHALEUR VENUE DU FROID Rien d’étonnant à ce que le décolleté ait choisi le dos pour se boutonner L’automne est seul capable de ces ruses Ma bouche y tête sans renacler la seule chose qui compte c’est de trouver du bonheur au terme des choses quand il s’annonce Je suis heureux d’être un petit-peintre qui a toujours choisi le grand-oeuvre humaniste Ce matin avec cette envie de peindre qui me reprend, je me dis que je fais le bon choix. . Niala-Loisobleu. 10 Septembre 2024
Sur les marches qui conduisent aux perspectives du vide, je me tiens debout, les mains appuyées sur une lame d’acier. Mon corps est traversé par un faisceau de lignes invisibles qui relient chacun des points d’intersection des arêtes de l’édifice avec le centre du soleil. Je me promène sans blessures parmi tous ces fils qui me transpercent et chaque lieu de l’espace m’insuffle une âme nouvelle. Car mon esprit n’accompagne pas mon corps dans ses révolutions; machine puisant l’énergie motrice dans le fil tendu le long de son parcours, ma chair s’anime au contact des lignes de perspective qui, au passage, abreuvent ses plus secrètes cellules de l’air du monument, âme fixe de la structure, reflet de la courbure des voûtes, de l’ordonnance des vasques et des murs qui se coupent à angle droit.
Si je trace autour de moi un cercle avec la pointe de mon épée, les fils qui me nourrissent seront tranchés et je ne pourrai sortir du cachot circulaire, m’étant à jamais séparé de ma pâture spatiale et confiné dans une petite colonne d’esprit immuable, plus étroite que les citernes du palais.
La pierre et l’acier sont les deux pôles de ma captivité, les vases communicants de l’esclavage; je ne peux fuir l’un qu’en m’enfermant dans l’autre, — jusqu’au jour où ma lame abattra les murailles, à grands coups d’étincelles.
II
Le repli d’angle dissipé, d’un coup de ciseaux la décision fut en balance. Je me trouvai sur une terre labourée, avec le soleil à ma droite, et à ma gauche le disque sombre d’un vol de vautours qui filaient parallèlement aux sillons, le bec rivé à la direction des crevasses par le magnétisme du sol.
Des étoiles se révulsaient dans chaque cellule de l’atmosphère. Les serres des oiseaux coupaient l’air comme une vitre et laissaient derrière elles des sillages incandescents. Mes paumes devenaient douloureuses, percées par ces lances de feu, et parfois l’un des vautours glissait le long d’un rayon, lumière serrée entre ses griffes. Sa descente rectiligne le conduisait à ma main droite qu’il déchirait du bec, avant de remonter rejoindre la troupe qui s’approchait vertigineusement de l’horizon.
Je m’aperçus bientôt que j’étais immobile, la terre tournant sous mes pieds et les oiseaux donnant de grands coups d’ailes afin de se maintenir à ma hauteur. J’enfonçais les horizons comme des miroirs successifs, chacun de mes pieds posé dans un sillon qui me servait de rail et le regard fixé au sillage des vautours.
Mais finalement ceux-ci me dépassèrent. Gonflant toutes les cavités de leur être afin de s’alléger, ils se confondirent avec le soleil. La terre s’arrêta brusquement, et je tombai dans un puits profond rempli d’ossements, un ancien four à chaux hérissé de stalagmites : dissolution rapide et pétrification des rois.
III
Très bas au-dessous de moi, s’étend une plaine entièrement couverte par un immense troupeau de moutons noirs qui se bousculent entre eux. Des chiens escaladent l’horizon et pressent les flancs du troupeau, lui faisant prendre la forme d’un rectangle de moins en moins oblong. Je suis maintenant au-dessus d’une forêt de bouleaux dont les cimes pommelées s’entrechoquent, se flétrissent rapidement, tandis que les troncs, se dépouillant eux-mêmes de leur peau blanche, construisent une grande boîte carrée, seul accident qui demeure dans la plaine dénudée.
Au centre de la boite, comme une médaille dans un écrin, repose la plus mince tranche du dernier tronc et j’aperçois distinctement le cœur, l’écorce et l’aubier.
Ce disque de bois, où les faisceaux médullaires apparaissent en filigrane, n’est qu’un hublot de verre, l’orifice d’un cône qui découpe dans l’épaisse paroi qui m’enveloppe l’unique fenêtre de ma durée.
IV
Dans l’hémisphère de la nuit, je ne vois que les jambes blanches et solides de l’idole, mais je sais que plus haut, dans la glace éternelle, son buste est un trou noir comme le néant de la substance nue et sans attributs.
Parmi la foule amassée autour du piédestal, quelqu’un répète inlassablement : « La reliure du sépulcre solaire blanchit les tombes… La reliure du sépulcre… etc.. »
Entre le sommeil des voix et le règne des statues, une rose enrichit le sang où se baigne le bleu corporel assimilable par fragments. La saveur des couronnes qui descendent au niveau des bouches closes suggère un calcul plus rapide que celui des gestes instantanés. Les laminaires ont tracé des cercles pour blesser nos fronts. Je pense au guerrier romain qui veille sur mes rêves; il élève son bouclier à hauteur de mes yeux et me fait lire deux mots :
atoll et sépulcrons.
Si le pari de Pascal peut se figurer par la croix obtenue en développant un dé à jouer, que pourra m’apprendre la décomposition du bouclier?
Depuis longtemps déjà, j’ai arraché fibre à fibre la face du guerrier : j’ai d’abord obtenu le profil d’une médaille, puis une surface herbeuse et un marécage presque sans limites d’où émergent des fûts brisés. Aujourd’hui, je suis parvenu à mettre un nom sur chaque parcelle de chair. Le blanc des yeux s’appelle courage, le rose des joues s’écrit adieu et les volutes du casque épousent si exactement la forme des fumées que je ne puis les nommer que somnifères.
Mais le ventre du bouclier représente une gorgone hideuse, dont les cheveux sont des chiffres 3 et 5 entrelacés. Le 8 de la somme se renverse, et j’arrive à l’Infini, serpent du sexe qui se mord soi-même. C’est alors que la chiourme des lignes se couche sous le fouet de la matière. Il ne me reste qu’à accomplir le meurtre devant une architecture sans fin. Je briserai les statues et tracerai des croix sur le sol avec mon couteau. Les soupiraux s’élargiront et des astres sortiront silencieusement des caves, — fruits des sphères et des statues, grappes de globes lumineux montant comme les bulles transparentes d’un fumeur de savon, à travers les pigments de la mort et le bulbe rouge de la lampe de charbon.
VI
Au cours de ma vie blanche et noire, la marée du sommeil obéit au mouvement des planètes, comme le cycle des menstrues et les migrations périodiques d’oiseaux. Derrière les cadres, une rame délicieuse va s’élever encore : au monde aéré du jour se substitue la nuit liquide, les plumes se changent en écailles et le poisson doré monte des abîmes pour prendre la place de l’oiseau, couché dans son nid de feuilles et de membres d’insectes. Des galets couverts de mots — mots eux-mêmes bousculés, délavés et polis — s’incrustent dans le sable parmi les rameaux et coquilles d’algues, lorsque toute vie terrestre se rétracte et se cache dans son domicile obscur : les orifices des minéraux.
Zénith, Porphyre, Péage,
sont les trois vocables que je lis le plus souvent.
Ils ne m’apparurent d’abord que partiellement : le Z en zébrure ou zigzag de conflit, fuite oblique vers les incidences puis persévérance dans une voie parallèle, —l’Y de l’outre-terre (Ailleurs, qu’Y a-t-il? Y serons-nous sibYlles? Qu’Y pourrai-je faire si je n’ai plus mes Yeux?), — l’A écartant de plus en plus son angle rapace sous-tendu par un horizon fictif, tandis que P Poussait la Porte des Passions.
Puis les trois mots se formèrent et je pus les faire sauter dans mes mains avec d’autres mots que je possédais déjà, lisant au passage la phrase qu’ils composèrent :
Payes-tu, ô Zénith, le péage du porphyre?
A quoi je répondis, lançant mes cailloux en ricochets :
les circonstances peuvent être tellement mal disposées que la clarté n’est plus
il est devenu impossible de jurer sans se tourner en son âme et conscience pour qu’une vérité en éclate
La difficulté que cette oeuvre a renconté montre le côté majeur du passage
les feuilles tombent
la nature s’enflamme
sous l’aspect de mort, une naissance se cache
Du sang neuf veut irriguer les veines de l’Arbre pour quitter la stase d’un chemin n’aboutissant à rien
Je suis malade, mais mieux d’avoir réussi à l’amener au bout ce tableau, comme s’il devait être le dernier, il laisse dire que l’espoir ne m’aura jamais quitté
Automne porte cet enfant à terme
la nuit est devenue moins rêveuse mais sans que la médiocrité mette la Beauté en danger
les hirondelles sont parties, la grue en se posant dans la clairière donne une couleur de brame à la végétation.
L’automne qui arrive va faire en sorte de sortir de sa pourriture un printemps différent à partir de la méthode de la peau de lapin qu’on déshabille des boyaux inutiles
J’ajoute des nouvelles branches à mes doigts comme un possible dernier défi tentant d’arriver à la signature
Les feuilles qui vont mourir garderont l’arbre différemment vivant pour une autre cavalcade…
Agrandir la lentille du télescope, Et approcher un beau paysage vers nous, Sentir son soleil brûler notre peau, Et ensuite s’éloigner, Regarder le panorama de si haut Mais sans l’approfondir dans ces détails, Sans rester pour autant dans l’indifférence Choisir une zone Où la chaleur est supportable Peut-on aimer selon cette vision ? Aimer, c’est s’abandonner, peut-être Et donner tous nos clés magiques ? Parfois, je perds mes repères alors, je jette l’éponge Puis, je chante au balcon jusqu’à l’aube.
Autan en proie à dérèglement, tenir la Nouvelle-Aquitaine à l’abri
ça suffit, il est trop tard pour refaire ce qu’une sorcière a défait en obligeant des enfants à se tenir sous le parapluie de sa vision plus que personnelle
Les autres, pris au passage, ont déserté jusqu’à la terre brûlée
de telle manière que pour garder la vie il m’a fallu payer plus cher que le prix, mais vivre n’ayant pas de prix il apparaît que la paix entre dans la catégorie à suivre
Que les routes marchent à leur pas, on ne me défera jamais du droit de père
ce fût plus une illusion que l’erreur commise, ma loyauté n’est pas en cause
Le temps qui me reste à vivre, je refuse de le faner en jouant au petit-soldat, le monde aime ça, pas moi
Alors pour me garer des désordres de culture, j’anémone mon dernier jardin
Merci Papa, de tout ce que je te dois, j’ai le souvenir vivant de ce bouquet que tu ramenais du marché
Jacqueline, sache qu’en attendant la prochaine marée, je tiens la maison belle en y peignant comme le fou qui demeure sans autre envie
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