MICHEL BOURÇON : extraits de DEMEURE DE L’OUBLI


MICHEL BOURÇON : extraits de DEMEURE DE L’OUBLI

Publié par Le Comité Poétique sur 1 Janvier 2019, 03:06am

Le monde déboule par la fenêtre ouverte, roule jusqu’au tapis, sous les chaises et les meubles, les choses se déversent, occupent le volume de la pièce à vivre, mais les yeux ne peuvent pas suivre, le monde s’accumule en tête, seules les paupières qui se ferment, tentent de le repousser vers un éternel oubli

Par notre présence, nous ignorons ce dont nous témoignons, ici-bas. Nous mâchons notre mémoire, des visages, des mots, nous digérons tant de choses vues, pour demeurer dans le vide avec les mains reposant sur la table, comme des bêtes fourbues qui se souviennent du corps d’une femme.

La voix intérieure accueille les mots qui se pressent pour être écrits ou prononcés, adorent les grattements du stylo sur le papier, être savourés en bouche puis libérés en parcourant le jour où ils cherchent un sens et parfois le trouvent, jour qui devient une invitation alors que de la nuit descend en nous le repos de soi.

Le paysage s’ébroue, regarde l’homme vieillissant prendre le parti des larmes. Tout ce qu’il ne sait pas flotte ou s’ébat autour de lui tandis que lui aimerait disparaître là, parmi les choses qui ne sont en rien de petits triomphes sur la douleur. Il y a, inlassables, les hirondelles en escadrilles qui défont en lui sa plus belle saison, il y a sur les cheminées, les toits et dans le feuillage des arbres, les mots vidés par les chants d’oiseaux, il y a que sa vue se brouille, que tout ce qui lui manque brûle les yeux.

Souvent, le veilleur en nous et ce qui l’anime, sont méconnaissables. A qui sont ces mots dans la bouche, cette voix dans la nôtre, ces yeux regardant ce que nous ne voulons plus voir, qui parle et pleure derrière ces yeux, découvrant chaque jour son ignorance et voit que seuls les objets consentent à rester près de lui.

Demeure de l’oubli, p.i.sage intérieur /3,14 gr de poésie, 2016, pp. 14, 39, 52, 64 et 78.