EL ARRIERO – ATAHUALPA YUPANQUI


EL ARRIERO

ATAHUALPA YUPANQUI

El arriero

Le muletier

En las arenas bailan los remolinos,

Le vent tourbillon­nant soulève des volutes de sable,

el sol juega en el brillo del pedregal,

Le soleil fait scintiller les cailloux des éboulis,

y prendido a la magia de los caminos,

Etcaptif de la magie des chemins,

el arriero vael arriero va.

Le muletier vale muletier va.

Es bandera de niebla su poncho al viento,

Son poncho dans le vent est une bannière de brume,

lo saludan las flautas del pajonal,

Les flûtes de la brousse le saluent,

y animando la tropa por esos cerros,

Etaiguillonn­ant le troupeau par ces collines,

el arriero vael arriero va.

Le muletier vale muletier va.

Las penas y las vaquitas

Les peines et les génisses

se van por la misma senda.

s’en vont par le même chemin.

Las penas son de nosotros,

Les peines sont nôtres,

las vaquitas son ajenas.

Les génisses sont à d’autres.

Un degüello de soles muestra la tarde,

Un torrent de soleils ensanglant­és annoncent le soir,

se han dormido las luces del pedregal,

Les lumières dans les éboulis se sont assoupies,

y animando la tropadale que dale,

Etaiguillonn­ant sans relâche le troupeau,

el arriero vael arriero va.

Le muletier vale muletier va.

Amalaya la noche traiga un recuerdo

Pourvu que la nuit apporte des souvenirs

que haga menos peso mi soledad.

qui fassent moins pesante la solitude,

Como sombra en la sombra por esos cerros,

Comme omble dans l’ombre en ces collines,

el arriero vael arriero va.

le muletier vale muletier va.

« RESTE TON JARDIN… » – NIALA 2023 – ACRYLIQUE S/TOILE 81X65


« RESTE TON JARDIN… »

NIALA 2023

ACRYLIQUE S/TOILE 81X65

On naît comme on est celui à faire

sans que le hasard y vienne poser ses cartes

Quand le bout fait sonner les alarmes et que coupe un réverbère

le quai loin d’entrer dans le noir s’amarre en pleine lumière à l’anneau principal

Les quartiers corporatifs traversés passent par le Boulevard du Crime , la Foire au Pain d’Epices sans lâcher le Zoo Humain, faisant varier la Voûte Etoilée

mais le soc que le cheval tire ne renie pas le sillon qu’il a choisi

il laboure sa Muse

Ainsi les semailles sont autant de fleurs pour la table du corps que de fruits et du sel à marais pour la traversée maritime

On s’habite aux quartiers chauds des Epoques

d’un bout du Monde à l’autre, sous les toits, dans le coeur des meules, en cressonnière, dans les arbres , sur le bout d’une tige, à la crête de l’embrun, sur la pente avec sa pierre à monter

Ce mois qui est en train de partir, t’a emporté après des hésitations et des espoirs personnels dénoncés sans le dire

Tout ça pour raconter qu’on était contraires l’un à l’autre

Comme je dis la vérité par mots-peints, ce matin j’ai poussé la porte qui retient les mensonges pour les évacuer

« Reste ton jardin… »

sans qu’il y manque ce après quoi on court quand on aime la vie et même quand on la quitte

Puis je suis tombé à mon tour…

.

Niala-Loisobleu.

27 Août 2023

LA PROMENADE A LA FIN DE L’ÉTÉ PAR PHILIPPE JACCOTTET


LA PROMENADE A LA FIN DE L’ÉTÉ PAR PHILIPPE JACCOTTET

Nous avançons sur des rochers de coquillages, sur des socles bâtis de libellules et de sable, promeneurs amoureux surpris de leur propre voyage, corps provisoires, en ces rencontres
périssables.

Repos d’une heure sur les basses tables de la terre.
Paroles sans beaucoup d’écho.
Lueurs de lierre.
Nous marchons entourés des derniers oiseaux de

l’automne et la flamme invisible des années bourdonne sur le bois de nos corps.
Reconnaissance néanmoins à ce vent dans les chênes qui ne se tait point.

En bas s’amasse l’épaisseur des morts anciens,

la précipitation de la poussière jadis claire,

la pétrification des papillons et des essaims,

en bas le cimetière de la graine et de la pierre,

les assises de nos amours, de nos regards et de nos

plaintes, le lit profond dont s’éloigne au soir toute crainte.
Plus haut tremble ce qui résiste encore à la défaite,

plus haut brillent la feuille et les échos de quelque

fête; avant de s’enfoncer à leur tour dans les fondations, des martinets fulgurent au-dessus de nos maisons.

Puis vient enfin ce qui pourrait vaincre notre

détresse, l’air plus léger que l’air et sur les cimes la lumière, peut-être les propos d’un homme évoquant sa

jeunesse, entendus quand la nuit s’approche et qu’un vain

bruit de guerre pour la dixième fois vient déranger l’exhalaison des

champs.

Philippe Jaccottet