La vérité du drame est dans ce pur espace qui règne entre la stance heureuse et l'abîme qu'elle côtoie : cet inapaisement total, ou cette ambiguïté suprême. Saint-john Perse
NIALA 2017 « UN CAILLOU DANS LA POCHE 9 » S/VERRE 40X50 500,00 €
LE JARDIN ENGOURDI PAR JULIEN GRACQ
Quelle tranquillité maintenant que midi sonné fait glisser la journée insensiblement sur sa pente la plus tragique. Les poiriers compliqués, branchus et durs comme des coraux, les asters, les mille feuilles, les herbes de la Saint-Jean poussent au travers des semis de coquilles d’huîtres, et les beaux galets font des chemins de plaisir, des routes douces entre les pelouses comme le contournement d’un sein. Par derrière le mur de mousses, la mer, debout à quarante-cinq degrés comme dans une chute d’automobile, grise comme la belle tonalité de la planète vue de Sirius, vraiment reposante — la mer fondamentale, à la fois juge et partie.
Les yeux fermés sous les feuilles fraîches de ses troènes, le chemin d’eau m’emportait chaque après-midi à reculons comme une Ophélie passée dans sa bouée de fleurs, dissolvant lentement du front les clôtures molles.
Couché plus bas qu’aucune autre créature vivante sur l’oreiller fondamental, tombait sur moi la face des arbres comme la rosée d’un visage penché sur un lit de malade, et mettant le monde doucement à flot sur ma route comme un liège, j’étais fiancé aux anneaux sonores des ponts comme une gaze, de plain pied avec le mufle bénin des vaches. L’ombre de la forêt sur la rivière mêlait à l’eau noire une douce tisane de feuilles mortes et d’oubli. Midi me trouvait dérivant au large ensoleillé de vastes grèves scintillantes, les mains closes sur le cœur, les paupières éclatantes de langueur, puis le somptueux froissement des roseaux dévorait les rives d’une palissade théâtrale de murmures, et mollement entravé comme d’une robe par les tiges aux longues traînes, engourdi au fond d’une impasse verte, les doux maillons de soleil de l’eau qui me portait comme un ventre, comme un qui regarde au fond d’un puits redescendaient jusqu’à moi en se dénouant sur le visage d’une femme.
Voilà la réalité de naissance d’un autre concept que celai que prescrit l’Etat-Civil en s’écartant de l’existence
Trois garçons de ma semence et deux filles d’adoption pour que dalle en définitive a l’heure où l’autre rive est visible laisse place à l’incomparable acte de succession de son âme au lieu de son corps doté de fertilité
Ce qui macère dans ce tableau se distingue d’un absolu en quête. C’est en soi l’absolu qui se manifeste par son naturel
Passent ainsi des états où l’on voit apparaître puis s’esquiver
Le néant ira dans son vide, c’est sa place
Le temps pris pour ne laisser voir que ce qui est la racine et non la floraison temporaire du chemin
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