La vérité du drame est dans ce pur espace qui règne entre la stance heureuse et l'abîme qu'elle côtoie : cet inapaisement total, ou cette ambiguïté suprême. Saint-john Perse
Descendant de vigie, les feuilles renoncent à découvrir en choisissant de couver un printemps qui raidirait l’osier des corbeilles
la panière pour dégager le corps de toute oppression
Les oiseaux, eux à la verticale, retiennent l’effondrement du parfum de la vie, en déployant une large corolle de champignon à l’écarté des chemins saturés, les piquant à la corne des forêts dans la dernière inclinaison charnelle d’un soleil qui s’apprête à jeûner en répandant au préalable ses spermatiques écoulements
le feu brunit le sens développé du vent d’une fraîcheur faisant tâche avec la brûlure conduisant le paradoxe à giter aux cheminées
La pourriture se lève pour sauver la nature
tandis que les canards amoureux poursuivent les battements palmés de coeurs qui nagent encore dans le passage du col-vers quand tout s’est tari
Madame à minuit, croyez vous qu’on veille ? Madame à minuit, croyez -vous qu’on rit ? Le vent de l’hiver me corne aux oreilles, Terre de Noël, si blanche et pareille, Si pauvre, si vieille, et si dure aussi.
Au fond de la nuit, les fermes sommeillent, Cadenas tirés sur la fleur du vin, Mais la fleur du feu y fermente et veille Comme le soleil au creux des moulins. Comme le soleil au creux des moulins.
Aux ruisseaux gelés la pierre est à fendre Par temps de froidure, il n’est plus de fous, L’heure de minuit, cette heure où l’on chante Piquera mon coeur bien mieux que le houx. Piquera mon coeur bien mieux que le houx.
J’avais des amours, des amis sans nombre Des rires tressés au ciel de l’été, Lors, me voici seul, tisonnant des ombres Le charroi d’hiver a tout emporté, Le charroi d’hiver a tout emporté.
Pourquoi ce Noël, pourquoi ces lumières, Il n’est rien venu d’autre que les pleurs, Je ne mordrai plus dans l’orange amère Et ton souvenir m’arrache le coeur. Et ton souvenir m’arrache le coeur.
Madame à minuit, croyez-vous qu’on veille ? Madame à minuit, croyez-vous qu’on rit ? Le vent de l’hiver me corne aux oreilles, Terre de Noël, si blanche et pareille, Si pauvre, si vieille, et si dure aussi.
L’éclair me dure. La poésie me volera de la mort. Enfonce-toi dans l’inconnu qui creuse. Oblige-toi à tournoyer. Je ne puis être et ne veux vivre que dans l’espace et dans la liberté de mon amour. Tout ce qui nous aidera, plus tard, à nous dégager de nos déconvenues s’assemble autour de nos premiers pas. Ne te courbe que pour aimer. Si tu meurs, tu aimes encore. Nous sommes écartelés entre l’avidité de connaître et le désespoir d’avoir connu. L’aiguillon ne renonce pas à sa cuisson et nous à notre espoir. Feuillets d’Hypnos
Un poète doit laisser des traces de son passage, non des preuves. Seules les traces font rêver. La Parole en archipel
Vivre, c’est s’obstiner à achever un souvenir. Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s’habitueront. Rougeur des matinaux
La seule signature au bas de la vie blanche, c’est la poésie qui la dessine. La parole en archipel
Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards ni patience. Fureur et Mystère (1948)
Ceux qui regardent souffrir le lion dans sa cage pourrissent dans la mémoire du lion. Les Matinaux (1950)
Il faut être l’homme de la pluie et l’enfant du beau temps. Le Marteau sans maître (1934)
Il faut trembler pour grandir. L’éternité n’est guère plus longue que la vie. Feuillets d’Hypnos (1946)
La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil. Feuillets d’Hypnos (1946)
On naît avec les hommes, on meurt inconsolé parmi les dieux. La Parole en archipel
La parole soulève plus de terre que le fossoyeur ne le peut. « Trois respirations », dans Recherche de la base et du sommet
À chaque effondrement des preuves le poète répond par une salve d’avenir. « Partage formel », dans Œuvres complètes
Au plus fort de l’orage, il y a toujours un oiseau pour nous rassurer. C’est l’oiseau inconnu. Il chante avant de s’envoler. Les Matinaux (1950)
Il semble que ce soit le ciel qui ait le dernier mot. Mais il le prononce à voix si basse que nul ne l’entend jamais. La parole en archipel
…J’aime qui m’éblouit puis accentue l’obscur à l’intérieur de moi. Rougeur des matinaux
Dans mon pays, les tendres preuves du printemps et les oiseaux mal habillés sont préférés aux buts lointains. Les Matinaux (1950)
Le fruit est aveugle. C’est l’arbre qui voit. Anthologie René Char, Poèmes en archipel
Le bord de route impossible à différencier de son frère dans l’écoulement tempétueux de la pleine-lune bien au-dessus du plat-bord, je t’ai chaloupé de secours sans abandonner le navire
De son côté lui, le navire, il n’a pas attendu pour nous oublier
Je n’ai vu que que des hommes montant sur l’autre pour sauver leur pauvre existence
Les plus hargneux tenaient des cochons en laisse qui faisaient un bruit de pièces
Misérable spectacle
Quand la vague se fit trop haute, rassemblant quelques enfants en aile delta je nous ai posé sur l’île , les oiseaux balisaient la piste d’une couleur nouvelle
Et tu t’es éveillée sans te demander autre chose que l’envie de serrer dans tes bras tout ce qui avait du vivant
Au loin des restes crispés de main sur des combinaisons de coffre-fort donnaient à penser qu’un grand naufrage avait eu lieu
Tu n’as pas eu l’idée de placer tes beaux seins dans un fond d’épargne, tu les as laissé courir sur le sable à rebondir comme des ballons.
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