UN PEU D’EAU
Par le bout des doit
empreinte
une trace
devoir
et lave
l’air…
Niala-Loisobleu – 12 Août 2020

Par le bout des doit
empreinte
une trace
devoir
et lave
l’air…
Niala-Loisobleu – 12 Août 2020

Quel contemplateur serait assez intrépide pour sonder l’âme noire du soleil?
Indicible et obscène, sa brûlure est un refus de tout.
Une immense obscurité est en son centre torride.
Les câbles de la fraîcheur sont rompus.
Il va falloir supporter l’intarissable ennui d’être sans ombre.
Il n’est pas de mélancolie plus infamante que ce néant qui tombe en juillet.
Rien n’est vrai lorsqu’on regarde le soleil.
La vie du moi expire comme si le feu imaginait une pensée plus réelle.
Même le ciel tremble sur la corniche.
Il est impossible d’être ébloui sans broncher.
La lumière entre dans la forêt comme une révélation.
Elle emprunte des sentiers que le feuillage ignore.
Tout devient visible et inexplicable.
L’esprit est confondu à l’idée d’une fatalité qui éclaire.
L œil est alité dans la poussière.
Il songe lourdement à l’écume de la mer lointaine.
Il suit une phrase chancelante qui marche dans l’air asséché.
Ses images sont obstruées.
Personne ne s’engage à définir la finalité de la rosée.
Ce qui est limpide n’est
pas forcément d’une évidence
claire ou supportable.
On attend souvent que le soir nous rende à notre généreuse ineptie.
Le beau temps est une méthode qui refait l’illusion selon des règles plus limpides.
Les formules naissent dans les ajourés des cimes.
Cet enseignement a formé tous les amants.
Dès les premières clartés du jour, on perçoit une image qui ne doit presque rien à la pensée.
C’est un symbole qui tente la traversée du feu.
L’été aussi est à la recherche de la métaphore totale.
Il fait beau.
Même l’horreur est en liesse.
L’univers prête l’instrument de sa permanence.
Le sol est ivre et propose ses dilatations ambiguës.
L’air allège superbement les scrupules de la pesanteur.
Le ciel s’échauffe comme une hérésie.
L’esprit de la braise gagne le cœur des pierres.
Puis, c’est le tombeau de midi.
La poussière y repose dans la paix terrifiante du feu.
Une pyramide de pollen se dresse au milieu du jour.
Autour d’elle, à perte de vue, l’été s’étend, morne et silencieux.
La vibration de l’air rend la pensée méconnaissable.
On sait désormais que l’intelligence a besoin d’eau.
Le foyer est partout.
Il aveugle l’ombre où l’on voulait vivre.
Son ardeur offusque les lois de l’optique.
La matière se découvre une nouvelle faille.
Derrière les portes, on entend la respiration des flammes.
L’air est au supplice.
11 attend en vain le frisson qui vient des grottes.
Le parfum agonise.
Il faut fuir ces dunes accablantes ou mourir assoupi.
L’incandescence est une autre nuit.
Affolées, les fleurs cherchent asile dans les fissures des minéraux.
La pensée craint de s’égarer:
elle bivouaque dans la somnolence.
De torpeur en torpeur, le vallon abandonne ses échos.
Les ramiers fatigués encombrent la vacuité de l’air.
Le moi s’endort dans une ascèse de plomb.
Aujourd’hui, le temps ne vient pas du passé.
Le cœur est trop fin pour ne pas sentir que cet instant nul et prodigieux n’est pas associé à la durée.
Chaque matin d’été a cette minute cruelle et jaillissante.
Sous le règne de la pivoine, le mystère du feu suffit pour alimenter l’esprit.
La léthargie peut tenir lieu de verbe lorsque rien n’est à prouver.
Le matin est si pur qu’il semble falloir mourir pour le dire.
Exprimer un sentiment clair à ce propos est presque une médisance.
Serait-il des douleurs qui affranchissent du désir d’être précis?
Parfois, un tourment imprévu me domine dès l’aube.
Une pensée me troue comme un jet de ciel :
«Aujourd’hui, comme autrefois, » il n’y aura pas assez de » matière pour être. »
Puis, sans transition, j’entame le jour à la sauvette.
Midi est atteint.
Le silence agite ses abeilles.
Une pureté monstrueuse est au sommet de l’air; elle menace tout ce qui incline vers une signification.
L’aiguille du feu renonce à montrer l’immédiat, le plus ancien temps de tout.
Le refus de tout est une condition de survie lorsqu’il fait doux.
Seule la pensée qui n’aspire à rien risque de rester intacte.
Le ciel frôle cette perfection.
Poussés par le feu, les épis hurlent et se ruent vers la forge de la faim.
Ils aspirent au coma du pain.
Ils vont combler le chaos halluciné d’une conscience qui mange la mie.
Ils vont enfin apaiser une pensée écœurée par trop de temps et de lieux.
L’œil s’émiette dans le bouleau.
L’espace frise la folie lorsqu’il traverse son feuillage.
Je m’arrête à temps.
Je pressentais une application personnelle et désastreuse de ce frémissement.
Le ver luisant trace les arabesques de la nuit.
C’est le chemin tremblant qui conduit à l’informe.
C’est la voie complaisante qu’empruntent doucement les monstres.
Parfois, une pluie longue et apathique afflige la fraise et désole le bleuet.
On s’enlise dans la fange des végétaux.
Des alcools pervers naissent dans la bouche fétide des moissons.
Le temps néglige le destin des formes.
Quel univers peut naître des œuvres de l’hébétude?
Que penser d’une lumière qui calcine ses coquelicots?
L’immensité se rétrécit là où la respiration est alarmée.
A la tombée de la nuit, la pensée est prise au piège du chèvrefeuille.
Il suffit de respirer pour tomber sous le coup de sa sentence.
Ses effluves inspirent un chagrin dont la subtilité peut orner une vie.
Dans le bois, c’était comme une galerie taillée dans l’ombre.
Les épices de la fraîcheur tombaient comme une eau qui n’a pas encore choisi d’être fraise.
Au-dessus, je voyais le clapotis du soleil heurter et aviver la grève des feuilles.
Dehors, et plus loin, midi torride sonnait le tocsin de l’air.
La fin du jour est suave et digne d’abîmer un être.
Le parfum des choses qui cessent sans désespérer flotte comme une épave d’absolu.
Une clarté brune meurt au pied des mélèzes.
Demain, le jour viendra parfaire cette déchirure.
Le désir est infatigable.
Il remue ciel et terre pour rendre la pêche irrésistible.
Même fauché, le pré a des attraits que nul ne soupçonnait sous l’herbe.
Il faut prendre garde : la beauté du monde est sans vergogne !
Le frais tisse la tranquillité du soir.
Sauf là où un fruit amer tombe et raie le silence, tout est calme et économie.
Ce recueillement s’intensifie dangereusement.
Il faudra les étoiles pour échapper à cette élégance nocturne.
Très tôt, l’air a une odeur de fond de cruche.
La chaleur est fraîche et le ciel encore blanc.
Ce court miracle tient dans une armature de rosée.
Les étoiles mûrissent dans la distance.
Habile à dissoudre nos convictions, l’espace enténébré nous jette dans le sillon du rien.
Le moi tente de se reconstituer en un renoncement sans bornes.
Les buissons sont bus.
Immobile, le ciel est indifférent au plus vieux délice du monde: l’eau.
Les insectes grignotent l’aridité.
On reconnaît maintenant l’extrême indigence de l’éblouissement.
L’eau est une supposition.
La torpeur de la raison et
la mollesse du corps ne permettent
plus au verbe de
désaltérer un concept.
La preuve a cessé d’être limpide.
La fraîcheur descend les marches de la nuit.
C’est la sœur cthcrcc de l’eau, la substance volatile qui erre dans les pâturages de l’ombre.
Le silence est seul à entendre son pas.
Parfois, après la pluie, la forêt inaugure un cristal qui l’em sur le feu et la transparence.
C’est un fragment de source dure que le soleil jette dans l’espace sanglant des lumières.
Il réduit l’œil en écume.
Lorsqu’on a vu la clarté en extase, il n’y a plus d’espoir de vivre comme autrefois.
On renonce à tirer une leçon de ce qui est clair.
Le soleil déforme l’aplomb du jour.
Il invite à la cécité plutôt qu’à la certitude.
L’été fomente des saveurs que l’éternité n’épuiserait pas.
Le verger est conçu pour aboutir à l’impossible.
Je ne puis cueillir une pomme sans m’abîmer dans un vertige.
Le goût que l’on a pour un visage est porteur des mêmes tares.
L’été referme le livre de l’humus et s’en va.
Son enthousiasme pour l’incarnat et les parfums était une étude sur la mort.
La fibre s’était faite fruit dans une même intention inavouée.
Les foins sont faits.
Vide, le pré est devenu un sentier inextricable.
Je renonce à résoudre une énigme qui vient à la faveur de l’herbe fauchée.
Lorsqu’il approche de sa fin. l’été s’adonne à un quiétisme élémentaire.
Il ne provoque plus le paysage en de joutes tranchantes.
Il cultive l’introspection sans méthode ni espoir.
Puis, le temps l’abandonne, comme un érudit rétrograde.
Il est des matins où le soleil brille avec tristesse.
La passion de convaincre les bouquets est altérée par une fatigue inhabituelle.
Un péril diffus commence à marquer le monde.
Les sommets se dissolvent.
Leur velours se déchire en vaines tentatives de reconstituer une évidence.
Il n’est plus possible d’ignorer que la transparence est devenue un poison.
L’altitude puise dans le néant.
On ne sait pas ce que l’été veut dire.
La logique du feu écrase le penseur le plus rigoureux.
A lui seul, le foin constitue des myriades de signes objectifs, mais impénétrables.
Il suffit de lire tête nue
à midi pour que le mental se
couvre d’énigmes et de vapeurs.
François Jacqmin

Nommer une blessure
avant qu’elle ne suppure
Partout l’objet du mépris
saigne et pustule
à bon escient
Nommer l’infamie rose sous ses dentelles
avant qu’elle n’implose
Partout l’homme se met à genoux
pleure et transpire
flétri par le deuil solitaire
Partout le malaise fleurit
L’empire du cadavre s’étend
Nommer une fosse une fois recouverte
semer dessus des glands
et passer votre chemin
car la mort est contagieuse
et son nom souillera vos lèvres
vos lèvres votre langue votre bouche
votre blessure
Dans un monde tout gris
Une femme étouffée dans sa graisse
Crie sa solitude
Deux mains crépitent
Dans un miroir d’encre
Une bouche pleine de viande
Blasphème et vocifère
La mayonnaise tourne
Et brouille les vitres
L’or et la tempête
Grondent au-dehors
La femme mange pour se faire connaître
Et meurt la bouche ouverte
Devant le sexe en érection
D’un veilleur de nuit
Dernier soubresaut de la boulimie
La porte est fermée de l’intérieur
Je suis en retard d’une heure
De maigres voiliers se rangent le long des murs
Leurs ancres au repos
Leurs voiles endeuillées
Un gros doigt se prélasse sur un canapé
D’un fusain léger il trace les contours d’un visage féminin
Signes de la virginité autre que l’hymen
Je suis hantée par des lambeaux absurdes
D’une phrase à peine entendue
Primitive épellation dans la nuit du temps perdu
L’angoisse tient le cœur
de sa petite main de fer
Dans le ventre de la géante la boue
s’agite
L’homme a tête de crocodile
mastique les boyaux
de la grappe
humaine
Des vers noirs s’éprennent
Des vers blancs gavés de chair
font des bulles
Où sont les vieillards de mer ?
Qu’il te souvienne
l’heure du soir
où nageaient au loin
les îles riantes
de notre amour
Qu’il te souvienne
le chien blanc
les yeux crayeux
le mufle flamand
assoiffé de puissance
sous le pansement de sa peur
Qu’il te souvienne
les perles du soleil
jetées sur le sable
comme autant de fosses profondes
dans la graisse douloureuse
de la chair coupée
Qu’il te souvienne
hélas mon amour hélas
de l’entour de ces murailles
où murmure la bouche écumeuse
de la belle morte ensevelie
Qu’il te souvienne
l’enchaînement des horreurs
de la nuit
Le monde est un oiseau
Il tape des pieds
Sur une tombe ouverte
Il picore le crâne d’un enfant
Mou sous son bec d’acier
Il bat des ailes
Il chante
Le monde est un oiseau qui chie
Tombés du soleil sur le rivage où
Nulle barque est amarrée
ceux qui pensaient mériter le ciel
virent clairement passer sur sa roue enflammée
un homme à tête de crapaud
La prudence exige de ne jamais laisser séjourner
l’ordure à la surface du sol
Une houle de sang et de fiente
gronde bave et revient
s’abattre sur la terre poudreuse de mort
Les voyageurs furent battus et ils perdirent leurs visages
Piétinés par un bousier géant roi de la peur gelée
L’homme à tête de crapaud roula sa roue grinçante
comme une vieille verrue
dans le trou noir spiralé de sa tombe
Un grand fracas de sabots brise la marmite
Un centaure déchiquetée comme une ombre
au coin du jour
aspire la sanie des cadavres pour nourrir sa progéniture
Le nœud du mariage serre le cou du cavalier
« A mort » hurlent les moines
écartant les jambes du cheval éventré
accolant leurs lèvres à ses plaies
ils pompent le sang du cheval et du cavalier
pour couler eux-mêmes liquides
vers quelle gloire obscure ?
Un batelier fou tente de gagner le large
sur sa barque abritée de suaires en pavois
mais déjà les êtres anxieux des profondeurs
lèvent la tête
leurs yeux sans paupières comme pondus
sur un amas de lamproies
blanches scories de la nuit gélatine
demandant leur dû de toutes leurs bouches suceuses
et le batelier quittant son banc
tombe dans la vase déferlante
du bateau de la vie il préféra la lame
Au loin errent des créatures fanées
mollement déformées dans leur étau placentaire
victimes de l’immense mâchoire qui galope sur la plage
gluante de ganglions entassés
« L’hygiène est satisfaite » brame-t-elle
arrachant les capons flasques de leur cachot
« Connaître c’est aimer » répond le crapaud sur sa roue translucide
tournant sur l’espace courbe d’une marine échancrée
attendant l’aube du matin qui ne poindra
plus jamais
La foule attendait sur la place
Le vent broutait l’herbe brin à brin
Une obscurité hostile étouffait les bêtes sauvages
Les grands arbres bégayaient de toutes leurs langues feuillues
La foule attendait sans sourciller
L’arrivée de l’insectes géant accourant enfin aux vivres
Jouant des pattes
Poussant du dos
Minaudant dans sa mince gaine cylindrique
Prêt à engloutir de ses grandes lèvres difformes
La nourriture faisandée
Des hommes
La foule attendait
Amas confus de membres disjoints
Le bousier géant et sa besogne ordurière
La foule attendait
Le vent bruissait dans les haillons de la forêt
Et le cauchemar voluptueux
Recourbait fortement
Les abdomens
Humides
Piteuse clôture dites-vous ?
Tel est le destin de la foule
Ecoute
le cri des courlis dans les roseaux
près de la mer
L’ombre passe sur la campagne
comme une main sur un visage lisse
Qui fermera les yeux de celle qui se meurt
dans l’écume des coteaux bleus
Les ramiers roucoulants de l’agonie
entourent le haut rocher de la solitude
Elle lutte contre l’asphyxie. La terreur
comme l’insecte tapi sous l’écorce d’un arbre en feu
Ecoute le cri des courlis dans les roseaux
c’est peut-être la mort qui passe
Ne faut-il pas être fou
A tout âge
De porter sa frayeur
Comme un masque de craie
Sur son visage
La bouche ouverte sur un cri
Les yeux blancs eux aussi
Ne faut-il pas être fou
Sous l’orage
De porter un fruit dans l’ornière
De son ventre
Plus apre qu’un abcès
Plus avide que l’absence
Un fruit plus nocif
Que la nuit
Plus pulpeux que la mort
Prêt à éclater prêt à exploser
Un fruit sans pépins
Fort de sa boulimie
Fruit maudit de la peur
Lubrique
Banquise
Un rideau d’anxiété s’enroule autour de ses jambes
L’angoisse loge dans son nombril
Ce tiroir matelassé à demi ouvert
L’homme cabré au-dessus d’une femme
Ainsi que le bâton à tête de cheval des anciens mimes
Flotte au-dessus d’une mare
L’homme essaie de conjurer les petits objets aux contours irréguliers
Qui envahissent sa gorge
Et l’empêche d’avaler
Du sang tombe de ses yeux
Comme les premières gouttes lentes
D’une lourde pluie d’été
Il jouit
Une trace sinueuse s’élance sur le parquet
Il gît
Un grand poids pèse sur son visage
La femme se démène pour cueillir son dernier souffle
Dans un sac de soie sauvage
Les cymbales et les tambours se sont tus
Qui va se marier ?
Faut-il respirer la mort pour guérir son esprit
L’érable sculpte le vent
Sans couteau
J’attends le tournant de la route
Bouche sèche d’insomnie
Ravie de peur
On abat des arbres dans mon cœur
Un pesant fœtus
Surgit des rafales de la nuit
L’humilité glissante du têtard
M’écoeure
Belle et sinistre promiscuité
Le vent bouge dans le miroir
J’ai le corps pourri dans la terre
Il est presque trop tard
Pour se réveiller
On ne vit pas avec les morts
Ils glissent sur le tapis roulant de l’oubli
Vers quels noirs pâturages
Ils flottent et tremblent dans le vent du soir
Leurs yeux se vident comme une baignoire
Leurs sexes atrophiés pendent
Entre leurs jambes enlisées
Dans la boue du souvenir
On ne vit pas avec les morts
Leurs bouches pleines d’ouate
Rient de nos vains efforts
Leurs soupirs affamés déchirent l’air
Nous nous sommes aimés
Mais ils ne se souviennent guère
Tout occupés comme ils sont
A jouir de leur deuil
Caracolant sur l’abîme
Comme chevaux de frise
Heureux dans l’horreur
Les morts passent leur chemin
Débonnaires et la tête vide.
Joyce Mansour
Marthe me reproche de vouloir partager la bonté que la nature m’a donné
tous ceux que j’aime
mes enfants et ceux qu’ils ont faits
jamais contents
n’en ont jamais assez
quand je mourrai le temps passera avant que je sois découvert
la poussière qui tombera sur ce qui sera à ramasser
sera seule à les incommoder
mon air sur terre ne peut plus être pompé
j’étouffe…
Niala-Loisobleu – 12 Août 2020

A tenir d’écume le bond trouvé sous Pierre
quand traversant le vide involontaire de toi
à mains nues
du trident laissé à la criée
le trou se combla de ton image poissonnière
Endroit rose écaille
mouvant éventail
poisson-chat
et sans serviette
côte sauvage où les buffles arquant du dos remontent le sel aux greniers
pour mettre l’atelier en saumure
Il faut l’aider à être capable d’affronter la traversée sèche au halage
la mer morte de trop de chaleur
Niala-Loisobleu – 11 Août 2020

A guichets fermés
me yeux se baignent
une enfance est là qui ne veut pas vieillir
Marthe souriante
me tenant la main
il est une fraîcheur qui ne saurait mourir…
Niala-Loisobleu – 11 Août 2020

Vert et je te veux vert.
Vent vert. Vertes branches.
Le bateau sur la mer,
le cheval dans la montagne.
L’ombre autour de la ceinture,
elle rêve à son balcon,
chair verte, verts cheveux
avec des yeux d’argent froid.
Vert et je te veux vert.
Dessous la lune gitane,
toutes les choses la regardent
mais elle ne peut pas les voir.
Vert et je te veux vert.
De grandes étoiles de givre
suivent le poisson de l’ombre
qui trace à l’aube son chemin.
Le figuier frotte le vent
à la grille de ses branches
et la montagne, chat rôdeur,
hérisse ses durs agaves.
Mais qui peut venir? Et par où?
Elle est là sur son balcon,
chair verte, cheveux verts,
rêvant à la mer amère.
L’ami, je voudrais changer
mon cheval pour ta maison,
mon harnais pour ton miroir,
mon couteau pour ta couverture.
L’ami, voilà que je saigne
depuis les cols de Cabra.
Si je le pouvais, petit,
l’affaire serait déjà faite.
Mais moi je ne suis plus moi
et ma maison n’est plus la mienne.
L’ami, je voudrais mourir dans
mon lit, comme tout le monde.
Un lit d’acier, si possible,
avec des draps de hollande.
Vois-tu cette plaie qui va
de ma poitrine à ma gorge?
Il y a trois cents roses brunes
sur le blanc de ta chemise.
Ton sang fume goutte à goutte
aux flanelles de ta ceinture.
Mais moi je ne suis plus moi et
ma maison n’est plus la mienne.
Laissez-moi monter au moins
jusqu’aux balustrades hautes.
De grâce, laissez-moi monter
jusqu’aux vertes balustrades.
Jusqu’aux balcons de la lune
là-bas où résonne l’eau.
Ils montent déjà, tous les deux,
vers les balustrades hautes.
Laissant un sentier de sang.
Laissant un sentier de larmes.
Sur les toitures tremblaient
des lanternes de fer-blanc.
Mille tambourins de verre
déchiraient le petit jour.
Vert et je te veux vert,
vent vert, vertes branches.
Ils ont monté, tous les deux.
Le vent laissait dans la bouche
un étrange goût de fiel,
de basilic et de menthe.
L’ami, dis-moi, où est-elle? Où est-elle, ta fille amère?
Que de fois elle t’attendait!
Que de fois elle a pu t’attendre,
frais visage, cheveux noirs,
à la balustrade verte!
Sur le ciel de la citerne
la gitane se berçait.
Chair verte, cheveux verts
avec ses yeux d’argent froid.
Un petit glaçon de lune
la soutient par-dessus l’eau.
La nuit devint toute menue,
intime comme une place.
Des gardes civils ivres morts
donnaient des coups dans la porte.
Vert et je te veux vert.
Vent vert. Vertes branches.
Le bateau sur la mer,
le cheval dans la montagne.
…
..
.

Fruit rouge
en soleil de feu
et un canadair au lieu des oiseaux
la coupe est pleine
sur l’étendue occitane.
Niala-Loisobleu – 11 Août 2020

Couverture chauffante
d’une saison erronée
seule toi à pleine prise
me ras fraîchi
Niala-Loisobleu – 11 Août 2020

Plate et morne comme un écrasé sans une tubercule
l’enfant jeta la fourchette en rayant Parmentier du carnet de bal
ce con y me fout les boules à l’économe
rien de respirable
le chien dort pendant que l’eau de la robe des champs crame le fond de casserole
Je vais rêver que je suis pas un jouet
ni une poupée de sons débiles du hit parade
le clown triste
qui fait la manche pour avoir le jet d’eau de l’épis de l’Auguste
j’ai déjà donné
Je fais la chaise à portée musicale
laissez-moi rêver que je plane en vagues successives…
Niala-Loisobleu – 10 Août 2020
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