La paupière réagit au collyre
Elle entend sans crainte d’uniformisation de cécité et se tient au vent
Diseuse…
Niala-Loisobleu -14 Août 2020

La paupière réagit au collyre
Elle entend sans crainte d’uniformisation de cécité et se tient au vent
Diseuse…
Niala-Loisobleu -14 Août 2020

Gaia en couches
Je demande à mes yeux
D’hurler aux étriers…
Niala-Loisobleu – 14 Août 2020


De tout ce qu’il me reste de vue
dire l’amour de vivre
par la voix de mes seuls enfants reconnaissants
Fernando parle juste
Pour toi ma Barbara
je peins et dis…
Niala-Loisobleu – 14 Août 2020

Et ce délire déjà déchiré du mouchoir et du sperme, et l’odeur des affûts : la main, dans le bras creux, cherche l’hiver, le fou rire.
On grandit malgré soi dans l’oreille des vigies.
Ce que l’on dit de bleu fait mourir les filles.
Aimons jarres et parfums.
Marchons nus dans les rues.
Les maisons qu’on abat, faisons-en des navires.
Langue en langue.
Le doigt sur la bouche.
Affame.
Femme.
Blé bleu du chaos verni,
je t’incendie.
Dix clous sans tête
et je meurs à l’envers.
Incertain venin des nages.
Belle enclume de
Babel
dont je cache les marteaux.
Je m’insurge et vomis :
fleurs et bourreaux bourrus
m’enferment ici.
N’étemue qu’un vizir nu,
qui balbutie, qui lapide.
Le corps: maison de salive où des jambes multiples laissent trace, empreinte, où des mains de cent doigts effleurent le verre mince de l’œil ou du poignet.
Que meure la hâte des battements du cœur !
Que le bon liquide circule et soit suave!
Tout le vêtement des veines, cachons-le sous la peau.
Nous voici désossés, lancinants, languissants et meurtris.
Et nos bris de verre nous assaillent.
Et nous crispons poings et flottilles.
Le nerf aigu de l’herbe avive en nous paresse et pâmoison.
Cachons les épaules dans les grands miroirs.
Blé d’embolie dans le mille.
Ou serpent voyageur des abîmes.
Ainsi, ce ne serait que l’intérieur d’une coquille d’œuf : y loge un poing fermé.
Mille pattes le roulent en moi, qui n’ai pas de ventre.
Et j’use de mon droit de canaille, je souffle dans tous vos orifices et je vous enduis de mes liquides amers.
Réjouie, la dentellière se perd dans sa dentelle.
Je m’égosille dans la sueur; nos vitres vitrifiées, quel marteau les brisera?
Quel poupin me nargue?
Quel pantin me foudroie?
Quel jasmin me séduit?
Quel aveugle entêté me bande les yeux?
Quel bandit de bonheur m’étrangle?
Qui m’arrache langue et doigts?
Le nain
Vertige.
Jacques Izoard
Face aux prochaines calendes le rire et l’amer pourraient faire match nul. On nettoie le chemin de l’embarcadère et le chargement des cales s’opère sous contrôle. Les nains qui trichent et ne sont pas des victimes mais des imposteurs qui se la jouent Gulliver, sont interdits de séjour.
Cette foi (et cette fois peut-être la dernière) diront LE VITAL DE LA COULEUR EN CE QUI ME CONCERNE
Que l’amour me porte en corps par les yeux le tant nécessaire !!!!
Niala-Loisobleu – 14 Août 2020


Midi dormant.
Trembleur, voici les écoutilles, les bâts, la rivière au long cou dont je touche l’embellie, la pierre-fendre ou le lit.
Voici repos carré, bonne entente.
Rêvons de muscles ou de leviers, de jardins tués, de grenouilles, d’attelles, de piliers du cœur.
Pâle, ô parle ou fais parler ceux qui nous caressent, excitateur savant des tempes, grand chemin que la foudre mord, malmène, détruit.
Blanche, la secousse assaille le bref délire, le doigt creux, le sommeil soudain, la camarde.
Blanc d’œuf.
Luge.
Bon caillot léger du coude.
L’épicier dort dans l’œil
d’un borgne à court d’haleine.
L’épervier pille le cœur
d’un dormeur qui nage.
Et les doigts touchent
l’obscur pays
des sabots wallons,
le miroir exsangue, la châtaigne.
Femme au lever des bras :
la main descend près du visage.
Nous nous parlons.
Cheveux.
Noyaux.
Jardins qui tombent.
Âne très blanc de ton corps,
qui est un corps de femme,
un corps qui vint ici,
qui n’est que salive,
et sueur, et eau.
Pouce au doigt sans engeance.
Grand parc de poudre aux yeux.
Jubilation du sommeil
entre les jambes.
Cheville de verre: longue sarbacane où vit le maigre voleur de sable qui dort dans mes cheveux.
J’appelle à l’aide: roule ta bosse, tambour; petites femmes sans chaussures, fermez les yeux du mort.
La marche est légère : je donne à mes doigts le feu des cerises.
Le savon, dans la cruche, pierre de patience, douceur d’eau douce, a le ventre moins rond qu’une fille rieuse.
Une échelle de voleur sort du puits sans vacarme.
La langue est dans la langue
un mot qu’on ne dit plus :
la main touche la main
la plus blanche ou la plus gelée.
Tu vis dans le fourreau
d’une chambre étroite.
Et le frère et le voleur savent
les objets que tu veux :
le poing tout près du cœur,
l’aiguille dans la paille,
l’étui moussu du feu,
le gouvernail contre la jambe.
Les jambes dans l’herbe, serrent les jambes et les jambes.
Je volais ta langue, tes doigts et tes toupies, voleur couvert de froid dans le village du dimanche, dans la chambre du tambour.
Tu mords la laine ou le feu, tu aimes ce que tu aimes : l’animal cousu, la pierre trouvée, le doux venin de l’œil, le givre allongé de l’arbre.
À respirer l’ail.
Toupie crie crécelle. À respirer la craie.
Le cri déchire l’œil. À respirer la menthe.
Doux feu l’endort. À respirer ma propre haleine.
… et me dit que j’arrache
poutres et balivernes.
Et que je cesse d’être
domicile de sable
ou serre sans chaleur.
C’était écrit quelque part :
c’était ce peu de peau
qu’on cherche et qu’on caresse.
On respire l’odeur
des maisons qu’on détruit.
Le bon chemin dort dans la loutre. (Est-ce un animal ?)
Le venin rond, le pouce affûtent le fil de l’œil.
J’embrasse la crosse d’une arme vaine dont je trouve le nom sous l’écorce peinte de tel arbre debout.
Je dirai septembre de sangliers dont on meurt ; glacis des châtaignes dans chaque poing, chaque doigt, chaque phalange.
Et nos villages traversés d’enfants.
Nos oursins gonflés de jaunes d’œufs.
Mais rien n’est gelé dans l’œil: la petite pupille rétrécit.
Le levain dort dans l’avoine à coudre.
On enveloppe de laine chaque regard qui vit sa propre vie.
Déjà, l’on dit déjà; l’on refait le mouvement du bras gauche qu’on croyait perdu.
Vents et marées sont vents et marées.
Sous l’escalier, le front de taille étouffe les mineurs allongés, qui ont dans le front cent lampes de papier bleu.
Nous voici montant vers la colline, calvaire, cal, carcan sans soleil.
Avec des enfants creux et légers.
Vingt élèves dorment la tête dans le foin, les membres immobiles, les yeux sous les paupières comme de minuscules collines cachant des mines d’or.
Et les nerfs sont dans la jambe.
Et les doigts serrent les caresses: fourrages, prunes, œillets, pierres sans odeur, grains fructueux, tout se tait. (Les grands enfants n’ont qu’un poing endormi !)
Je n’ai jamais connu la moindre chose: ni les chemins pointus ni les étangs trouvés ni les langues arrachées.
Voici que vient le paysan patient sur les épaules d’un promeneur de laine.
On crie dans la bouche.
On vit dans le bras gauche.
Les ongles sont des faux.
Les onguents apparaissent à travers la peau: sang toujours plus rouge qu’on ne croit, fouillis de fibrilles, lait qui fait le sourd bonheur du sein.
Et l’on voyage comme un passeur d’eau.
On coupe le papier.
On écrit le poème.
Ici montèrent cagoules et essieux.
Arbres surplombent et le nom de pierreuse évoque tombereaux d’oursins, de cailloux lisses.
Haleine très lente de quelques alpinistes.
Soutènement du cœur, dont l’aorte bat.
Carré de soleil de quatre mètres sur trois, qui annonce l’ère de ce qui est, de ce qui vit autour de nous.
Pâle escalier où coule à coulée claire un soleil d’octobre.
Le raidillon déguerpit vers les terrils anciens, où vivent les cœurs noirs des mineurs, à la bonne franquette du charbon.
Le tissu nerveux, l’eau-de-vie fêtent la campagne et les monts quant à moi, je marche et marche, et serre osselets ou marrons, billes.
Dès que l’odeur blanche envahit les tilleuls, je dors avec des femmes.
Je nourris mon sommeil de jambes ou de lèvres.
Un chat mange la main d’un dormeur endormi.
Mont de l’épaule,
écart bleu de l’œil à l’œil,
chemin d’une seule veine
qui fait le tour du corps…
La carcasse te protège
des pics, des aiguilles;
ma maison très petite
est dans ma bouche,
y entre qui veut,
vêtu, dévêtu, libre
d’aller et de venir
avec des doigts ou des corolles
La tempe du sabot dort dans le poing de l’œil.
Quelle cruche alléchée fait sourde panse?
Qui tue le sommeil dont le bon grain nous comble ?
Affût pur des oiseaux que la main libère.
Je tourne en rond dans l’œil d’un voyeur du dimanche.
Union des fées et des sabots Épave, écharde, étrave…
Basse amitié des morses, passe d’armes et de ciguës.
Je vole ta langue, ma double voix déchire mon frère le plus pur.
Ceci explique l’hiver, la maisonnée: pots de tabac, maillets, voix de bébés, noisettes.
L’escalier de laine offre aux visiteurs barres de cuivre, tapis de cent ans.
Le bon tonneau cache les vêtements du mort
Ville de mille chambres:
les grands chameaux, le brouillard
l’enjambent, la dissimulent.
Cafés bleus du
Carré.
Bon tabac doré de
Meuse.
Pêle-mêle ou mêle-pêle,
enfants pâles et pierreux :
voici les teinturiers
de bon teint, de grand teint,
de petit teint, les tisserands
tissant l’escalier de laine.
Ville de mille aiguilles
sous la peau, la pluie.
Coupe la main du lecteur:
Judas, dans la laine, tisse le tissu.
Je vécus dix heures dans la peau d’un autre.
Peux-tu bouger la langue dans la bouche du voisin ?
Les intrus ont l’air d’être sourds et aveugles.
Kick starter de la machine.
Moto pâle, moto pâle.
Le venin de la vitesse, le bon venin du nord, te mord ou te dorlote, te pétrifie, te coud d’acier.
Est-ce le chahut des tubes qui casse en mille tessons le fracas des mitrailles?
Roulons vers
Vottem.
Baisons lèvres et pneus.
Le feu parle, hurle, parlehurle.
Feu qui moud n’a pas d’os,
meurt dès qu’on sommeille
ou qu’on dit bleu.
Feu fourré qu’on trouve,
qu’on achève de sucer.
Feu-sexe où l’on brandit
le dard, le doigt sans anneau.
L’herbe étouffe l’herbe.
Y font bombance les noix,
les carabes du dimanche,
les bogues, les chats.
Pourpoints en boule
y ont leur logement,
leurs nuits sans mailles.
Déjà, filles en feu
cassent le sarcasme
de ce qu’on ébrèche.
L’animal bleu feu
rôde et glapit :
chanson sans chanson;
siffle qui peut
dans les doigts que j’aime.
Dans le bras, voici le feu
qui monte, qui monte,
qui fait la bête.
Une seule haleine d’orme
est une leçon d’écriture.
Pourquoi les bourgs
ont-ils gardé les femmes
fileuses de laine?
Mon grand loup, déjà,
quitte la meute et s’en va,
traverse ma paume.
La longue échine, à l’abattoir.
attire les pleureuses.
Touche en même temps
l’ongle et la langue.
Audace de celui qui veut
que la lampe allumée
soit toujours avalée.
Nous perdions les dés sous la table.
Et le jour tombait.
Mendiants frappaient aux portes :
un peu de lait, s’il vous plaît,
un peu de farine et de miel…
Mais nous cachions dans nos armoires
nos escarres, nos moignons, nos pieds bots.
Jacques Izoard
Pinceau dans l’oeil, mais lequel, se peint durcit, il en faut que d’un poil que tu crois au miracle
un truc à brûler vif dans tes larmes
La Rochelle aura été ma vue sur le port à minime homme…
Niala-Loisobleu – 13 Août 2020

Entre l’impression de sécurité de son mensonge et le nez qu’il va falloir mettre dehors face aux vraies choses – la terreur d’être – quelle robe ira le mieux avec l’impression à laisser paraître, quelle couleur du regard dur passera le mieux dans la douceur de quelques mots menteurs
Mais avantageux
Dilemme
Obligation de choisir, soit elle témoigne contre lui, soit elle se reconnaît pour telle et remet une couche de bon tain qui donnera sa véritable image au miroir
Ah Janus
Paraître le double-face qui tient le choix de l’idée qu’on cherche à donner de soi quand on va au blanc à partir du noir en louvoyant
Et ce mensonge qui va monstrueusement glisser comme le plus dangereux des serpents, au départ a une absence de venin dans les crocs.
Amusant, j’écris ça parce que je pars aujourd’hui, après des années d’attente douloureuse, faire contrôler ma vue au Visiopôle de La Rochelle. Où vraisemblablement je vais apprendre que je vais devenir aveugle sous peu.
Niala-Loisobleu – 13 Août 2020

Tous les yeux d’une femme joués sur le même tableau Les traits de l’être aimé traqué par le destin sous la
fleur immobile d’un sordide papier peint L’herbe blanche du meurtre dans une forêt de chaises Un mendiant de carton éventré sur une table de marbre Les cendres d’un cigare sur le
quai d’une gare Le portrait d’un portrait Le mystère d’un enfant
La splendeur indéniable d’un buffet de cuisine La beauté immédiate d’un chiffon dans le vent La folle terreur du piège dans un regard d’oiseau L’absurde hennissement d’un
cheval décousu La musique impossible des mules à grelots Le taureau mis à mort couronné de chapeaux La jambe jamais pareille d’une rousse endormie et la
très grande oreille de ses moindres soucis Le mouvement perpétuel attrapé à la main L’immense statue de pierre d’un grain de sel marin La joie de chaque jour et
l’incertitude de mourir et le fer
de l’amour dans la plaie d’un sourire La plus lointaine étoile du plus humble des chiens Et salé sur une vitre le tendre goût du pain La ligne de chance perdue et retrouvée
brisée et redressée parée des haillons bleus de la nécessité
L’étourdissante apparition d’un raisin de Malaga sur
un gâteau de riz Un homme dans un bouge assommant à coups de rouge
le mal du pays Et la lueur aveuglante d’un paquet de bougies Une fenêtre sur la mer ouverte comme une huître Le sabot d’un cheval le pied nu d’une ombrelle La grâce incomparable
d’une tourterelle toute seule
dans une maison très froide Le poids mort d’une pendule et ses moments perdus Le soleil somnambule qui réveille en sursaut au milieu de la nuit la Beauté somnolente et soudain
éblouie qui jette sur ses épaules le manteau de la cheminée et l’entraîne avec lui dans le noir de fumée masquée de blanc d’Espagne et vêtue de papiers
collés Et tant de choses encore
Une guitare de bois vert berçant l’enfance de l’art Un ticket de chemin de fer avec tous ses bagages La main qui dépayse un visage qui dévisage un paysage L’écureuil
caressant d’une fille neuve et nue Splendide souriante heureuse et impudique Surgissant à l’improviste d’un casier à bouteilles ou d’un casier à musique comme une panoplie de
plantes vertes vivaces et phalliques Surgissant elle aussi à l’improviste du tronc pourrissant D’un palmier académique nostalgique et désespérément vieux beau comme
l’antique Et les cloches à melon du matin brisées par le cri d’un
journal du soir Les terrifiantes pinces d’un crabe émergeant des dessous d’un panier La dernière fleur d’un arbre avec les deux gouttes
d’eau du condamné Et la mariée trop belle seule et abandonnée sur le diva
cramoisi de la jalousie par la blême frayeur de ses premiers maris
Et puis dans un jardin d’hiver sur le dossier d’un trône une chatte en émoi et la moustache de sa queue sous les narines d’un roi
La chaux vive d’un regard dans le visage de pierre d’une vieille femme assise près d’un panier d’osier
Et crispées sur le minium tout frais du garde-fou d’un phare tout blanc les deux mains bleues de froid d’un Arlequin errant qui regarde la mer et ses grands chevaux dormant dans le soleil
couchant et puis qui se réveillent les naseaux écu-mants les yeux phosphorescents affolés par la lueur du phare et ses épouvantables feux tournants
Et l’alouette toute rôtie dans la bouche d’un mendiant
Une jeune infirme folle dans un jardin public qui souriant d’un sourire déchiré mécanique en berçant dans ses bras un enfant léthargique trace dans la poussière de
son pied sale et nu la silhouette du père et ses profils perdus et présente aux passants son nouveau-né en loques Regardez donc mon beau regardez donc ma belle ma merveille des
merveilles mon enfant naturel d’un côté c’est un garçon et de l’autre c’est une fille tous les matins il pleure mais tous les soirs je la console et je les remonte comme une
pendule
Et aussi le gardien du square fasciné par le crépuscule
La vie d’une araignée suspendue à un fil
L’insomnie d’une poupée au balancier cassé et ses grands yeux ouverts à tout jamais
La mort d’un cheval blanc la jeunesse d’un moineau
La porte d’une école rue du Pont-de-Lodi
Et les Grands Augustins empalés sur la grille d’une maison dans une petite rue dont ils portent le nom
Tous les pêcheurs d’Antibes autour d’un seul poisson
La violence d’un œuf la détresse d’un soldat
La présence obsédante d’une clef cachée sous un paillasson
Et la ligne de mire et la ligne de mort dans la main autoritaire et potelée d’un simulacre d’homme obèse et délirant camouflant soigneusement derrière les bannières
exemplaires et les crucifix gammés drapés et dressés spectaculairement sur le grand balcon mortuaire du musée des horreurs et des honneurs de la guerre la ridicule statue
vivante de ses petites jambes courtes et de son buste long mais ne parvenant pas malgré son beau sourire de Caudillo grandiose et magnanime à cacher les irrémédiables et
pitoyables signes de la peur de l’ennui de la haine et de la connerie gravés sur son masque de viande fauve et blême comme les graffiti obscènes de la mégalomanie
gravés par les lamentables tortionnaires de l’ordre nouveau dans les urinoirs de la nuit.
Et derrière lui dans le charnier d’une valise diplomatique entrouverte le cadavre tout simple d’un paysan pauvre assailli dans son champ à coups de lingots d’or par d’impeccables
hommes d’argent
Et tout à côté sur une table une grenade ouverte avec toute une ville dedans
Et toute la douleur de cette ville rasée et saignée à blanc
Et toute la garde civile caracolant tout autour d’une civière
Où rêve encore un gitan mort
Et toute la colère d’un peuple amoureux travailleur insouciant et charmant qui soudain éclate brusquement comme le cri rouge d’un coq égorgé publiquement
Et le spectre solaire des hommes aux bas salaires qui surgit tout sanglant des sanglantes entrailles d’une maison ouvrière tenant à bout de bras la pauvre lueur de la misère la
lampe sanglante de Guernica et découvre au grand jour de sa lumière crue et vraie les épouvantables fausses teintes d’un monde décoloré usé jusqu’à la corde
vidé jusqu’à la moelle
D’un monde mort sur pied
D’un monde condamné
Et déjà oublié
Noyé carbonisé aux mille feux de l’eau courante du ruisseau populaire
Où le sang populaire court inlassablement
Intarissablement
Dans les artères et dans les veines de la terre et dans les artères et dans les veines de ses véritables enfants
Et le visage de n’importe lequel de ses enfants dessiné simplement sur une feuille de papier blanc
Le visage d’André Breton le visage de Paul Éluard
Le visage d’un charretier aperçu dans la rue
La lueur du clin d’œil d’un marchand de mouron
Le sourire épanoui d’un sculpteur de marrons
Et sculpté dans le plâtre un mouton de plâtre frisé bêlant de vérité dans la main d’un berger de plâtre debout près d’un fer à repasser
A côté d’une boîte à cigares vide
A côté d’un crayon oublié
A côté des Métamorphoses d’Ovide
A côté d’un lacet de soulier
A côté d’un fauteuil aux jambes coupées par la fatigue des années
A côté d’un bouton de porte
A côté d’une nature morte où les rêves enfantins d’une femme de ménage agonisent sur la pierre froide d’un évier comme des poissons suffoquant et crevant sur des
galets brûlants
Et la maison remuée de fond en comble par les pauvres cris de poisson mort de la femme de ménage désespérée tout à coup qui fait naufrage soulevée par les
lames de fond du parquet et va s’échouer lamentablement sur les bords de la Seine dans les jardins du Vert-Galant Et là désemparée elle s’assoit sur le banc Et elle fait ses
comptes Et elle ne se voit pas blanche pourrie par les souvenirs
et fauchée comme les blés Une seule pièce lui reste une chambre à coucher Et comme elle va la jouer à pile ou face avec le vain
espoir de gagner un peu de temps Un grand orage éclate dans la glace à trois faces Avec toutes les flammes de la joie de vivre Tous les éclairs de la chaleur animale Toutes les
lueurs de la bonne humeur Et donnant le coup de grâce à la maison désorientée Incendie les rideaux de la chambre à coucher Et roulant en boule de feu les draps au pied
du lit Découvre en souriant devant le monde entier Le puzzle de l’amour avec tous ses morceaux Tous ses morceaux choisis choisis par Picasso Un amant sa maîtresse et ses jambes à
son cou Et les yeux sur les fesses les mains un peu partout Les pieds levés au ciel et les seins sens dessus dessous Les deux corps enlacés échangés caressés L’amour
décapité délivré et ravi La tête abandonnée roulant sur le tapis Les idées délaissées oubliées égarées Mises hors d’état de
nuire par la joie et le plaisir Les idées en colère bafouées par l’amour en couleur Les idées terrées et atterrées comme les pauvres rats de la mort sentant venir
le bouleversant naufrage de l’Amour Les idées remises à leur place à la porte de la chambre à côté du pain à côté des souliers
Les idées calcinées escamotées volatilisées désidéali-
sées Les idées pétrifiées devant la merveilleuse indifférence
d’un monde passionné D’un monde retrouvé D’un monde indiscutable et inexpliqué D’un monde sans savoir-vivre mais plein de joie de
vivre D’un monde sobre et ivre D’un monde triste et gai Tendre et cruel Réel et surréel Terrifiant et marrant Nocturne et diurne Solite et insolite Beau comme tout.
Jacques Prévert
Une robe de cuir comme un fuseau
Qu’aurait du chien sans l’faire exprès
Et dedans comme un matelot
Une fille qui tangue un air anglais
C’est extra
Un Moody Blues qui chante la nuit
Comme un satin de blanc marié
Et dans le port de cette nuit
Une fille qui tangue et vient mouiller
C’est extra c’est extra
C’est extra c’est extra
Des cheveux qui tombent comme le soir
Et d’la musique en bas des reins
Ce jazz qui d’jazze dans le noir
Et ce mal qui nous fait du bien
C’est extra
Ces mains qui jouent de l’arc-en-ciel
Sur la guitare de la vie
Et puis ces cris qui montent au ciel
Comme une cigarette qui brille
C’est extra c’est extra
C’est extra c’est extra
C’est extra
Et sous le voile à peine clos
Cette touffe de noir jésus
Qui ruisselle dans son berceau
Comme un nageur qu’on n’attend plus
C’est extra c’est extra
C’est extra c’est extra
Une robe de cuir comme un oubli
Qu’aurait du chien sans l’faire exprès
Et dedans comme un matin gris
Une fille qui tangue et qui se tait
C’est extra
Les Moody Blues qui s’en balancent
Cet ampli qui n’veut plus rien dire
Et dans la musique du silence
Une fille qui tangue et vient mourir
C’est extra
C’est extra
C’est extra
C’est extra

Feu solaire
les tomettes incendient l’ocre
coupure du chenal
la jetée retourne le sens
de la moitié de bouteille
Niala-Loisobleu – 12 Août 2020
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