DANS LA MARCHE


René Char

 

DANS LA MARCHE

 

Ces incessantes et phosphorescentes traînées de la mort sur soi que nous lisons dans les yeux de ceux qui nous aiment, sans désirer les leur dissimuler.

Faut-il distinguer entre une mort hideuse et une mort préparée de la main des génies? Entre une mort à visage de bête et une mort à visage de mort?

*

Nous ne pouvons vivre que dans l’entrouvert, exactement sur la ligne hermétique de partage de l’ombre et de la lumière. Mais nous sommes irrésistiblement jetés en avant.
Toute notre personne prête aide et vertige à cette poussée.

*

La poésie est à la fois parole et provocation silencieuse, désespérée de notre être-exigeant pour la venue d’une réalité qui sera sans concurrente.
Imputrescible celle-là. Impérissable, non; car elle court les dangers de tous. Mais la seule qui visiblement triomphe de la mort matérielle. Telle est la Beauté, la
Beauté hauturière, apparue dès les premiers temps de notre coeur, tantôt dérisoirement conscient, tantôt lumineusement averti.

• Ce qui gonfle ma sympathie, ce que j’aime, me cause bientôt presque autant de souffrance que ce dont je me détourne, en résistant, dans le mystère de mon cœur :
apprêts voilés d’une larme.

La seule signature au bas de la vie blanche, c’est la poésie qui la dessine. Et toujours entre notre cœur éclaté et la cascade apparue.

Pour l’aurore, la disgrâce c’est le jour qui va venir; pour le crépuscule c’est la nuit qui engloutit. Il se trouva jadis des gens d’aurore. À cette heure de tombée,
peut-être, nous voici. Mais pourquoi huppés comme des alouettes?

 

René Char

AVIDE PERMANENCE


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AVIDE PERMANENCE

 

L’éclusier du soleil entre par la porte des Artistes

la ruelle tenant la joue des façades accolée

l’abeille aux jardinières butine

entre les souches c’est toit

Et main tenir la lumière au niveau de la limite

fait l’oeil moins douloureux qu’un mot racoleur

Attention si on vous dit

« Vous êtes entre bonnes mains »

ça peut vous coûter la vue

 

Niala-Loisobleu – 18 Août 2020

Danse-moi Vers La Fin De L’amour par Graeme Allwright 


Danse-moi Vers La Fin De L’amour par Graeme Allwright

Danse-moi à ta beauté avec un violon en flammes,
Danse-moi dans la panique jusqu’au repos de mon âme,
Lève-moi comme un olivier, sois ma colombe de retour,
Danse-moi vers la fin de l’amour,
Danse-moi vers la fin de l’amour.

Laisse-moi voir ta beauté quand les témoins sont partis,
Laisse-moi te sentir bouger comme un Babylone jadis,
Révèle-ce dont je vois les limites et le doute,
Danse-moi vers la fin de l’amour,
Danse-moi vers la fin de l’amour.

Danse-moi à la noce, oh danse-moi tout le temps,
Danse-moi tellement tendrement, danse-moi très longtemps,
Tous les deux, nous sommes en dessous, au dessus de notre
amour,
Danse-moi vers la fin de l’amour,
Danse-moi vers la fin de l’amour.

Danse-moi vers les enfants demandant à naître en paix,
A travers les rideaux que nos baisers ont usés,
Lève une tente pour s’abriter, les fils déchirés
toujours,
Danse-moi vers la fin de l’amour,
Danse-moi vers la fin de l’amour.

Danse-moi à ta beauté avec un violon en flammes,
Danse-moi dans la panique jusqu’au repos de mon âme,
Touche-moi avec ta main nue, ou gantée de velours,
Danse-moi vers la fin de l’amour,
Danse-moi vers la fin de l’amour.

Danse-moi vers la fin de l’amour

 

SOYONS LIBRES AVEC LE BEL OISEAU QUI PAVOISE


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SOYONS LIBRES AVEC LE BEL OISEAU QUI PAVOISE

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Le 7-04-2020

SOYONS LIBRES AVEC LE BEL OISEAU QUI PAVOISE

Que de nos révoltes et leurs raisons
Le bel oiseau enivré de silence
Fasse vivre au boisseau : toute distance
Au faisceau de toutes fausses chansons

Son arbre au savoir de sa liberté
Au bruissement avide de ses trilles
Nous renvoie à un beau rêve qui brille
Dont nous trouvons la sève en sa beauté

Nous arborons le drapeau du réel
Dans nos séparations qui nous saisissent
Là – flagellé par le vent – il attise
La nouveau que nous attelons au ciel

Où – comme en partance sillonne Oiseau
Celui du grand air des livres et lyres
Qui résonne en terre comme désir
D’arraisonner guerre avec les ciseaux

De la justice et de la vérité
Pour pactiser avec Savoir qui sonne
Dans tous les pavois de la liberté
Qui – à voir en lice – pour nous rayonne

 

Minod Alain

ECORCE DU POEME


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ECORCE DU POEME

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Écorce du poème à naître
Le galop d’un cheval nombreux,
Les formes du jour à ta fenêtre
Rageusement foudroie le bleu
De ta robe corps de lettres
Parfumées au ciel de tes yeux
Fiévreusement rougeoie la pierre
Fendue comme par un feu violent
Sur les murs de ma prison de lierre
Déploie comme par un cri dolent
Sur le vélin diapré du soleil
Choit le rêve sans fin des vacances
Au cœur qui vibre, la cordelette
De ta robe sur l’escarpolette.

Extrait de:

Résilences

Gilbert Pommier

ENTRE TIEN EMOI 127


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ENTRE TIEN EMOI 127

 

Appuyé à la pierre à écrire et les yeux dans l’épaisseur de l’arbre à soie, le vent chantonnait des paroles sur l’air d’un moment réservé à la visite. Nous avions laissé le cheval en compagnie de l’âne de la concierge du Musée. Sans l’attacher, au pied de la montagne qui dominait la mer. Pas un petit-baigneur, pour nous troubler l’eau, la plage était déserte et elle criait mon nom. Alain. Les raisins prêts à vendanger tant l’été les avait gonflés, on sentait bien qu’on nous disait pas toute la vérité sur l’état du climat. On fait plus que parler que du masque, on isole l’essence-ciel.

C’est alors qu’on sortit en profitant de l’ouverture de la porte de derrière, laissant le guide mentir l’histoire aux touristes. Des anglais qui avaient du bien d’être en France, étaient parmi eux, en fait je crois que la guerre de Cent ans n’a jamais fini.

Vînt à se poser à Mornac, source de la Charente, une trentaine de cigognes remontant sur l’Alsace avant qu’on  la reconfine

Je te regardai entre cet espace privilégié

Sans une parole, tu me tiras par la main dans un désir d’enfant pas caché…

Niala-Loisobleu – 17 Août 2020

A L’IMAGE DE SON CRI


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A L’IMAGE DE SON CRI

 

L’oeil en voix

ce cri me traverse sans avoir vieilli

réanimé m’aime

par un peint saut

Les cinq versions symphoniques  maintiennent la crise existentielle

au Cercle Polaire en voie de disparaître

Chalom

Sale homme

nitrate en baie des routes

Je me masque pileusement au centre de cet estuaire hurlant par lequel je traverse à cheval Graal à la rencontre de Guenièvre.

 

Niala-Loisobleu – 17 Août 2020

J’AI SOIF…


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J’AI SOIF…

 

 

Du vers pas en corps vide

du décolleté de la nuit

arrive de quoi le reremplir

Eclair de lumière

le sax baisse la garde et décroise les jambes

Reverse-moi ce mouvement du torse comme quand tu t’arques pour un rin

J’ai soif…

 

Niala-Loisobleu – 17 Août 2020

 

ENTRE SOIE


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ENTRE SOIE

 

Intérieure atmosphère

les raisins sur la table ne rentrent pas dans une médaille d’or de comice à piquette

pas plus que le régime ne m’oblige à me relever la banane d’un Presley

si la table est ronde ne mettez pas ça sur le compte du hasard

surtout qu’à volets clos

le Je Nous et Irène vont pas ensemble

Le tout demeure entre soie

 

Niala-Loisobleu – 17 Août 2020