LE BÂILLON SUR LA TABLE


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LE BÂILLON SUR LA TABLE

Ancien acteur qui joue des pièces d’eau

De vieilles misères bien transparentes

Le doux fer rouge de l’aurore

Rend la vue aux aveugles

J’assiste au lever des murs

A la lutte entre la faiblesse et la fatigue

A l’hiver sans phrases.

Les images passées à leur manière sont fidèles

Elles imaginent la fièvre et le délire

Tout un dédale où ma main compliquée s’égare

J’ai été en proie il y a longtemps

A des hallucinations de vertus

Je me suis vu pendu à l’arbre de la morale

J’ai battu le tambour de la bonté

J’ai modelé la tendresse

J’ai caressé ma mère

J’ai dormi toute la nuit
J’ai perdu le silence

Voici les voix qui ne savent plus que ce qu’elles taisent

Et voici que je parle

Assourdi j’entends pourtant ce que je dis

En m’écoutant j’instruis.

 

Paul Eluard

L’ESCALIER


L’ESCALIER

Juste avant d’fermer la porte
J’me d’mandais c’que j’oubliais
J’ai touché à toutes mes poches
Pour comprendre que c’qui m’manquait
C’était ni ma guitare
Ni un quelconque médicament
Pour soulager quelques souffrances
Ou pour faire passer le temps
Pis tout au long de l’escalier
Que j’ai descendu lentement
Parce que sans raison j’aurais r’monté
Parce que sans raison j’allais devant
J’étais tout à l’envers
Parce que c’qui m’manquait
C’t’ait par en-dedans
J’me sentais seul comme une rivière
Abandonnée par des enfants

Et pis le temps prenait son temps
Prenait le mien sur son chemin
Sans s’arrêter, sans m’oublier
Sans oublier de m’essouffler
Y a pas longtemps j’étais petit
Me voilà jeune mais plutôt grand
Assez pour voir que l’on vieillit
Même en amour, même au printemps
Alors voilà je me décris
Dans une drôle de position
Les yeux pochés et le bedon
La bière s’ra pas la solution
J’aimerais plutôt que cette chanson
Puisque c’est de ma vie qu’il est question
Finisse un soir dans ma maison
Sur un bel air d’accordéon

Pis les enfants c’est pas vraiment, vraiment méchants
Ça peut mal faire ou faire mal de temps en temps
Ça peut cracher, ça peut mentir, ça peut voler
Au fond, ça peut faire tout c’qu’on leur apprend
Mais une belle fin à cette chanson
M’impose de dire c’que j’aurais dit
Si j’avais pas changé d’avis
Sur le pourquoi de mes ennuis
Ben oui, j’allais pour me sauver
Vous dire comment faut être indépendant
Des sentiments de ceux qu’on aime
Pour sauver l’monde et ses problèmes
Qu’il fallait surtout pas pleurer
Qu’à l’autre chanson j’m’étais trompé
Comme si l’amour pouvait m’empêcher
De donner mon temps aux pauvres gens
Mais les héros c’est pas gratis
Ça s’trompe jamais, c’t’indépendant
La gloire paye pour les sacrifices
Le pouvoir soulage leurs tourments

Mais oui, c’est vous qui auriez pleuré
Avec c’que j’aurais composé
C’est une manière de s’faire aimer
Quand ceux qu’on aime veulent pas marcher
J’les ai boudés, y ont pas mordu
J’les ai quittés, y ont pas bougé
J’me sus fait peur, j’me sus tordu
Quand j’ai compris chu r’venu

J’les ai boudés, y ont pas mordu
J’les ai quittés, y ont pas bougé
J’me sus fait peur, j’me sus tordu
Quand j’ai compris chu r’venu
Quand j’ai compris que j’faisais
Un très très grand détour
Pour aboutir seul dans un escalier
J’vous apprends rien quand j’dis
Qu’on est rien sans amour
Pour aider l’monde faut savoir être aimé
J’vous apprends rien quand j’dis
Qu’on est rien sans amour
Pour aider l’monde faut savoir être aimé

Paul Piché

 

EVOCATION


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EVOCATION

Mâché des deux mains avant qu’il plonge

patte à papier

une fraise au mortier

l’erre enfin penchée  se fixe au Centre

comme le fruit étire son poids

au fil de la longue couture des jours

le sein tambourin approfondit la résonance échappée

d’un oiseau

l’air pesant se déleste des maux

sans se laisser reluquer

la virginité renaît hennit toute concupiscence

Niala-Loisobleu – 20 Juillet 2020

VERDE – ANA BELEN Y MANZANITA


Verde
Verde, que te quiero verde,
verde viento, verdes ramas
el barco sobre la mar,
el caballo en la montaña
verde, que yo te quiero verde

Con la sombra en la cintura
ella sueña en su baranda
verde carne, pelo verde
con ojos de fría plata,
verde, que yo te quiero verde

Compadre quiero cambiar
mi caballo por tu casa
mi montura por tu espejo
mi cuchillo por tu manta,
verde, que yo te quiero verde

Compadre vengo sangrando
desde los puertos de Cabra
y si yo fuera, mocito,
este trato lo cerraba,
verde, que yo te quiero verde

Pero yo ya no soy yo,
ni mi casa es ya mi casa
Dejadme subir al menos
hasta las altas barandas
verde, que yo te quiero verde

Compadre quiero morir
decentemente en mi cama
de acero si puede ser
con las sabanas de holanda
verde, que yo te quiero verde

Compadre, donde está dime,
donde está esa niña amarga
cuantas veces la esperé
cuantas veces la esperaba
verde, que yo te quiero verde

Verde, que te quiero verde,
verde viento, verdes ramas
el barco sobre la mar,
el caballo en la montaña
verde, que yo te quiero verde

 

vert
Vert je te veux vert,
vent vert, branches vertes
Le bateau sur la mer,
le cheval sur la montagne
vert, je te veux vert

Avec l’ombre à la taille
elle rêve sur sa balustrade
viande verte, cheveux verts
aux yeux d’argent froid,
vert, je te veux vert

Copain, je veux changer
mon cheval pour ta maison
ma monture près de ton miroir
mon couteau pour ta couverture,
vert, je te veux vert

Compadre je viens saigner
des ports de Cabra
et si j’étais, mon garçon,
cet accord l’a clôturé,
vert, je te veux vert

Mais je ne suis plus moi
Même ma maison n’est plus ma maison
Laisse-moi monter au moins
jusqu’aux rampes hautes
vert, je te veux vert

Compadre je veux mourir
décemment dans mon lit
l’acier s’il peut être
avec les draps hollandais
vert, je te veux vert

Compadre, où est-ce me dire,
où est cette fille amère
combien de fois ai-je attendu pour elle
combien de fois ai-je attendu pour elle
vert, je te veux vert

Vert je te veux vert,
vent vert, branches vertes
Le bateau sur la mer,
le cheval sur la montagne
vert, je te veux vert

 

FAIT DE MAINS


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FAIT DE MAINS

 

Bruit de machine

insulte

Là où la fourmi travaille en silence des millions de sans emploi passent et repassent dans un vacarme lucratif

J’ai croisé mes mains comme tu aimes

et t’ai mis mon silence en entonnoir.

 

Niala-Loisobleu – 20 Juillet 2020

FLEUR DE CONQUE


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FLEUR DE CONQUE

 

 

En disant cette chaleur de parking, j’avais les fleurs d’un jardin bien ouvertes dans la tête

Quelque chose de fantastique

de l’Odilon Redon

Arum

comme un fameuse fontaine

 

Niala-Loisobleu – 20 Juillet 2020

BOULEVARD DU DOS


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BOULEVARD DU DOS

Des fenêtres qui se cachent

derrière

des linges, jardinières  ou jalousies

vas savoir

la rue se croit tout permis

je garde les yeux  entre les joints du pavé

d’où sort la musique  de tes pas

les vitrines racolent

je m’isole

assis sur le bord du bassin

colibri au gîte de la voile

fleur à l’oreille

perché sur tes épaules

pour ne dire qu’au coin du cou

sous la nuque

ta colonne de la main gauche

la droite à l’italique de l’hanche.

Niala-Loisobleu – 19 Juillet 2020