
PAR CHEMIN
Dans l’eau plate étendue, un reflet de mégisserie lève l’encre
Parabole
la pâte à papier mâche le billet qui voyagera les pensées figées
Niala-Loisobleu – 4 Juillet 2020

Dans l’eau plate étendue, un reflet de mégisserie lève l’encre
Parabole
la pâte à papier mâche le billet qui voyagera les pensées figées
Niala-Loisobleu – 4 Juillet 2020

C’est le titre de ma chanson
Ça se passe à
Anvers ou à
Hambourg ou à
Dunkerque
Le docker est debout sur le quai sur sa poitrine à la place du cœur un autre cœur est tatoué
C’est le cœur de la fille sans cœur et dessous son histoire est marquée
Son père était cardiaque sa mère était patraque
Un beau jour c’est le jour de la
Saint-Cric-Crac la fille sans cœur est à l’hôpital et le docker arrêté devant la porte a des oranges dans les mains
Mais voilà la fille qui devient morte et le docker ouvre les mains
Roulez oranges roulez dans le ruisseau dans le port vous pourrirez avec les vieux morceaux de liège
Portrait de la fille sans cœur
dans un médaillon en forme de cœur
au fond d’un tiroir vous traînez
et le docker a mal à son cœur
dans un couloir il est tombé
et toutes les filles autour de lui se mettent à pleurer
Dehors
c’est la fête foraine
le nougat la musique
et les balançoires à vapeur
Et tout s’est mis à balancer
des souvenirs sont revenus
Souvenirs
vous grattez le cœur du pauvre docker
et vous le prenez par la main
et vous l’emmenez là où travaillait sa belle
Et devant le lit l’homme est tombé
Dehors
arrive la plainte du manège
Chevaux aux yeux bleus et mal peints
chevaux à la crinière de crin
vous tournez sans jamais être ivres
et jamais vous ne dites rien
Mais déchirante et déchirée
la musique tourne sans arrêt
Chansons de bois pour les chevaux de bois chansons de fer pour les chemins de fer la musique c’est toujours la musique tantôt bonne tantôt mauvaise
Le cœur fait le joli cœur à la recherche d’un autre cœur comme il est sentimental au printemps comme il bat en écoutant la romance
Cœur de docker
C’est le titre de ma chanson.
Jacques Prévert

Autrefois
moi l’effrayé, l’ignorant, vivant à peine,
me couvrant d’images les yeux,
j’ai prétendu guider mourants et morts.
Moi, poète abrité,
épargné, souffrant à peine,
j’osais tracer des routes dans le gouffre.
A présent, lampe soufflée,
main plus errante, tremblante,
je recommence lentement dans l’air.
Raisins et figues
couvés au loin par les montagnes
sous les lents nuages
et la fraîcheur
pourront-ils encore m’aider?
Vient un moment où l’aîné se couche presque sans force.
On voit de jour en jour son pas plus égaré.
Il ne s’agit plus de passer comme l’eau entre les herbes : cela ne se tourne pas.
Quand même le maître sévère
si vite est emmené si loin,
je cherche ce qui peut le suivre :
ni la lanterne des fruits,
ni l’oiseau aventureux,
ni la plus pure des images;
plutôt le linge et l’eau changés, la main qui veille, plutôt le cœur endurant.
Je ne voudrais plus qu’éloigner ce qui nous sépare du clair, laisser seulement la place à la bonté dédaignée.
J’écoute des hommes vieux
qui se sont allié le jour,
j’apprends à leurs pieds la patience :
ils n’ont pas de pire écolier.
Sinon le premier coup, c’est le premier éclat
de la douleur : que soit ainsi jeté bas
le maître, la semence,
que le bon maître soit ainsi châtié,
qu’il semble faible enfançon
dans le lit de nouveau trop grand —
enfant sans le secours des pleurs,
sans secours où qu’il se tourne,
acculé, cloué, vidé.
Il ne pèse presque plus.
La terre qui nous portait tremble.
Ce que je croyais lire en lui, quand j’osais lire, était plus que l’étonnement : une stupeur comme devant un siècle de ténèbres à franchir, une tristesse ! à
voir ces houles de souffrance.
L’innommable enfonçait les barrières de sa vie.
Un gouffre qui assaille.
Et pour défense une tristesse béant comme un gouffre.
Lui qui avait toujours aimé son clos, ses murs, lui qui gardait les clefs de la maison.
Entre la plus lointaine étoile et nous
la distance, inimaginable, reste encore
comme une ligne, un lien, comme un chemin.
S’il est un lieu hors de toute distance,
ce devait être là qu’il se perdait :
non pas plus loin que toute étoile, ni moins loin,
mais déjà presque dans un autre espace,
en dehors, entraîné hors des mesures.
Notre mètre, de lui à nous, n’avait plus cours :
autant, comme une lame, le briser sur le genou.
Muet.
Le lien des mots commence à se défaire
aussi.
Il sort des mots.
Frontière.
Pour un peu de temps
nous le voyons encore.
Il n’entend presque plus.
Hélerons-nous cet étranger s’il a oublié
notre langue? s’il ne s’arrête plus pour écouter?
Il a affaire ailleurs.
Il n’a plus affaire à rien.
Même tourné vers nous,
c’est comme si on ne voyait plus que son dos.
Dos qui se voûte pour passer sous quoi?
«
Qui m’aidera?
Nul ne peut venir’jusqu’ici.
Qui me tiendrait les mains ne tiendrait pas celles
qui tremblent, qui mettrait un écran devant mes yeux ne me
garderait pas de voir, qui serait jour et nuit autour de moi comme un
manteau
ne pourrait rien contre ce feu, contre ce froid.
Nul.n’a de bouclier contre les guerriers qui m’assiègent,
leurs torches sont déjà dans mes rues, tout est trop tard.
Rien ne m’attend désormais que le plus long et le pire. »
Est-ce ainsi qu’il se tait dans l’étroitesse de la nuit?
C’est sur nous maintenant
comme une montagne en surplomb.
Dans son ombre glacée
on est réduit à vénérer et à vomir.
A peine ose-t-on voir.
Quelque chose s’enfonce en lui pour le détruire.
Quelle pitié
quand l’autre monde enfonce dans un corps son coin!
N’attendez pas
que je marie la lumière à ce fer.
Le front contre le mur de la montagne
dans le jour froid
nous sommes pleins d’horreur et de pitié.
Dans le jour hérissé d’oiseaux.
On peut nommer cela horreur, ordure, prononcer même les mots de l’ordure déchiffrés dans le linge des bas-fonds : à quelque singerie que se livre le poète, cela
n’entrera pas dans sa page d’écriture.
Ordure non à dire ni à voir : à dévorer.
En même temps
simple comme de la terre.
Se peut-il que la plus épaisse nuit n’enveloppe cela?
L’illimité accouple ou déchire.
On sent un remugle de vieux dieux.
Misère
comme une montagne sur nous écroulée.
Pour avoir fait pareille déchirure,
ce ne peut être un rêve simplement qui se dissipe.
L’homme, s’il n’était qu’un nœud d’air, faudrait-il, pour le dénouer, fer si tranchant?
Bourrés de larmes, tous, le front contre ce mur, plutôt que son inconsistance, n’est-ce pas la réalité de notre vie qu’on nous apprend?
Instruits au fouet.
Un simple souffle, un nœud léger de l’air, une graine échappée aux herbes folles du’Temps, rien qu’une voix qui volerait chantant à travers l’ombre et la
lumière,
s’effacent-ils, il n’est pas trace de blessure.
La voix tue, on dirait plutôt un instant
l’étendue apaisée, le jour plus pur.
Que sommes-nous, qu’il faille ce fer dans le sang?
On le déchire, on l’arrache,
cette chambre où nous nous serrons est déchirée,
notre fibre crie.
Si c’était le « voile du
Temps » qui se déchire, la « cage du corps » qui se brise, si c’était 1′ « autre naissance »?
On passerait par le chas de la plaie, on entrerait vivant dans l’éternel…
Accoucheuses si calmes, si sévères, avez-vous entendu le cri d’une nouvelle vie?
Moi je n’ai vu que cire qui perdait sa flamme et pas la place entre ces lèvres sèches pour l’envol d’aucun oiseau.
Il y a en nous un si profond silence qu’une comète
en route vers la nuit des filles de nos filles, nous l’entendrions.
Déjà ce n’est plus lui.
Souffle arraché : méconnaissable.
Cadavre.
Un météore nous est moins lointain.
Qu’on emporte cela.
Un homme (ce hasard aérien,
plus grêle sous la foudre qu’insecte de verre et de
tulle, ce rocher de bonté grondeuse et de sourire, ce vase plus lourd à mesure de travaux, de souvenirs), arrachez-lui le souffle : pourriture.
Qui se venge, et de quoi, par ce crachat?
Ah, qu’on nettoie ce lieu.
S’il se pouvait (qui saura jamais rien?)
qu’il ait encore une espèce d’être aujourd’hui,
de conscience même que l’on croirait proche,
serait-ce donc ici qu’il se tiendrait
où il n’a plus que cendres pour ses ruches?
Se pourrait-il qu’il se tienne ici en attente
comme à un rendez-vous donné « près de la pierre »,
qu’il ait besoin de nos pas ou de nos larmes?
Je ne sais pas.
Un jour ou l’autre on voit
ces pierres s’enfoncer dans les herbes éternelles,
tôt ou tard il n’y a plus d’hôtes à convier
au repère à son tour enfoui,
plus même d’ombres dans nulle ombre.
Plutôt, le congé dit, n’ai-je plus eu qu’un seul désir :
m’adosser à ce mur
pour ne plus regarder à l’opposé que le jour,
pour mieux aider les eaux qui prennent source en
ces montagnes à creuser le berceau des herbes, à porter sous les branches basses des figuiers à travers la nuit d’août les barques pleines de soupirs.
Et moi maintenant tout entier dans la cascade céleste
de haut en bas couché dans la chevelure de l’air
ici, l’égal des feuilles les plus lumineuses,
suspendu à peine moins haut que la buse,
regardant,
écoutant
(et lès papillons sont autant de flammes perdues,
les montagnes autant de fumées) —
un instant, d’embrasser le cercle entier du ciel
autour de moi, j’y crois la mort comprise.
Je ne vois presque plus rien que la lumière, les cris d’oiseaux lointains en sont les nœuds,
toute la montagne du jour est allumée,
elle ne me surplombe plus,
elle m’enflamme.
Toi cependant,
ou tout à fait effacé,
et nous laissant moins de cendres
que feu d’un soir au foyer,
ou invisible habitant l’invisible,
ou graine dans la loge de nos cœurs,
quoi qu’il en soit,
demeure en modèle de patience et de sourire
tel le soleil dans notre dos encore
qui éclaire la table, et la page, et les raisins.
Philippe Jaccottet
De la côte californienne à New York
From the California shore to New York City
Le rythme ne s’arrête jamais
The beat don’t never stop
Vous pouvez l’entendre à la radio partout où vous allez
You can hear it on the radio anywhere you go
C’est stable comme le rythme d’une horloge
It’s steady as the rhythm of a clock
Il coupe le bruit de la vie urbaine
It cuts through the noise of the city life
Ça ne va pas disparaître
It won’t seem to go away
C’est le diable déguisé je te dis pas de mensonges
It’s the devil in disguise I tell you no lies
Mes doigts font la marche tous les jours
My fingers do the walking everyday
Yonder vient une jeune fille qu’elle veut prendre un tourbillon
Yonder comes a young girl she wants to take a whirl
Elle pense que tout n’est qu’un rêve
She thinks it’s all a dream
Elle a du rock and roll dans son âme
She got rock and roll way down in her soul
Elle veut savoir où est la limousine
She wants to know where’s the limousine
Lève-toi chérie, laisse ta maman t’asseoir
Get up honey let your mama sit down
Tu es trop jeune quand même
You’re too young anyway
Le diable déguisé lui donne le prix
The devil in disguise give her the prize
Ensuite, vous pouvez l’emporter
Then you can carry her away
Quand la route que je voyage commence à se défaire
When the road I travel starts to unravel
Dans tous les sens
Every which way it goes
Le rythme commence à appuyer sur mon gilet pare-balles
The beat starts to press on my bullet proof vest
Et mon high se révèle être bas
And my high turns out to be low
Donnez-moi ma guitare, je vais aller loin
Give me my guitar I’m going to go far
Laisse moi le voir laisse moi le tenir dans ma main
Let me see it let me hold it in my hand
Je suis le diable déguisé je te dis pas de mensonges
I’m the devil in disguise I tell you no lies
Je joue dans un groupe de rock’n’roll
I’m playing in a rock ‘n roll band

Sous l’arbre fruitier
bouche ouverte
panama ôté
ainsi que le reste
les murs autour en clafoutis
l’oiseau crache des noyaux bleus
Niala-Loisobleu – 2 Juillet 2020
Que les oiseaux vous parlent désormais de notre vie.
Un homme en ferait trop d’histoires
et vous ne verriez plus à travers ses paroles
qu’une chambre de voyageur, une fenêtre
où la buée des larmes voile un bois brisé de pluie…
La nuit se fait.
Vous entendez les voix sous les tilleuls : la voix humaine brille comme au-dessus de la terre
Antarès qui est tantôt rouge et tantôt vert.
N’écoutez plus le bruit de nos soucis,
ne pensez plus à ce qui nous arrive,
oubliez même notre nom. Écoutez-nous parler
avec la voix du jour, et laissez seulement
briller le jour.
Quand nous serons défaits de toute
crainte, quand la mort ne sera pour nous que transparence, quand elle sera claire comme l’air des nuits d’été
et quand nous volerons portés par la légèreté à travers tous ces illusoires murs que le vent pousse, vous n’entendrez plus que le bruit de la rivière qui coule
derrière la forêt; et vous ne verrez plus qu’étinceler des yeux de nuit…
Lorsque nous parlerons avec la voix du rossignol…
Philippe Jaccottet

Au premier coup du coq, la cloche pas encore éteinte, que j’étais déjà à la crête de ta plus hôte vague
Les élingues comme étendoirs à mouettes
des balises de Nicky à grosses rayures de sourires marquant l’entrée du chenal
Le ventre apaisé et fondant comme écume
on s’a dit plus qu’une et c’est la der qui m’enverront les sacs à la bascule
Niala-Loisobleu – 2 Juillet 2020

À perte de vue
Des lacs gelés
Qu’un jour j’ai juré d’enjamber
À perte de vue
Des défilés
Des filles à lever
Des défis à relever
Des prix décernés dans tes yeux
À perte de vue
Dodelinent des grues
Les pieds dans la boue
Qui eût cru
Qu’un jour nos amours
Déborderaient
Fassent oublier aux ajusteurs
La clé
Plus de boulons
Pour réparer la brute épaisse
Ma pute à cœur ouvert
Trop de cuirassés
Pas assez d’écrevisses
Pour une fricassée
Donnez-moi des nouvelles données
Donnez-moi des nouvelles données
Donnez-moi des nouvelles données
Donnez-moi des nouvelles données
Donnez-moi des nouvelles données
Donnez-moi des nouvelles données
À perte de vue
Du déjà vu
Du déjà vécu
Se précipitent
A mes trousses
Qu’en dit le héron
Il en sait long
Qu’en dit l’éolienne
Elle me fait hello
Voie d’eau…

En danseuse
un oiseau
monte
On voit distinctement des maisons accrochées aux arbres
c’est un verger d’humanité qu’il peint
Dans une ancienne mer asséchée on a fait une cour de récréation
pour adultes-décervelés
ils poussent des bateaux en papier-hygiénique en faisant tchout-tchout avec la bouche de leur cul parce qu’ils n’ont plus de nez et encore moins d’yeux – la foi se perd
Le caillou me gratte à chacun de tes sauts au fond de ma poche
surtout quand le plus dur à remonter je prend un sein par le bas, là où j’ai un abri-bus grimpé en cabane
le chien se dresse, flaire et
il court après une courgette sortie d’une ratatouille gouvernementale et mord le prétendu chef
Niala-Loisobleu – 1er Juillet 2020
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