DE L’ÂNE A L’ANALYSTE ET RETOUR


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DE L’ÂNE A L’ANALYSTE ET RETOUR

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Il était une fois

Un roi nommé
Midas

Aux dix doigts coupables

Aux dix doigts capables

Et aurifères

Freud parlant du grand roi mythique dit

Tout ce que je touche devient

Immondices

Aux
Indes on dit que l’avarice

Niche dans l’anus

Or
Midas avait des oreilles d’âne

Ane anus anal

Dans «
Peau d’Ane » de
Perrault

Le héros anal

Le roi amoureux de sa fille

Le pénis fécal

Le sadique au sourire si doux

Possède l’âne qui vivant

Crache de l’or par l’anus

Et qui mort servira de bouclier contre

L’inceste

Jeux de miroirs

De verre et de vair

D’or et d’excréments

D’anneaux et d’anels

Anamorphoses

Dans le casino de l’inconscient

Le pénis paternel

Fait le guide

Voyez ô voyez

La peau de l’âne

La fortune du roi présente et future

Sur le dos de la princesse fait le mort

Ainsi l’or pur devient l’ordure

Tel le phallus scintillant enrobé de foutre gris

La princesse attend pour se dévêtir que le danger de

l’inceste
Passe

Bottom de
Shakespeare fut âne l’espace d’un songe
Ainsi va la nuit et ma petite chanson : âne

anus

anal

analyse

analyste

analogue

Joyce Mansour

N’ENTENDRE ET NE DIRE


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N’ENTENDRE ET NE DIRE

Avant le dérèglement climatique à venir, régler la température du bon jour, la main entière dans le bain d’amour. Profiter de vivre

A choisir

Ce silence des douleurs que tu prononces en pleine injustice

L’éclat de ce jardin vers

sorti de la panne de secteur

lève

au tombé calibré des seins

la verticalité des vertèbres en décollage dominical.

Niala-Loisobleu – 12 Juillet 2020

CE SENTIMENT QUI AGITE


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CE SENTIMENT QUI AGITE

Le vent déplace le transat, allongé il me semble avoir envie de fruit sur sa branche et j’ôte de moi toute idée de conserve et en corps moins de fruit sec

La baie se cache au sein du buisson, des animaux minuscules les déplacent sans se montrer trouble-fête

Tu me dis par préférence

Je te réponds par conviction

Le grand châle de lavande que tu promènes dans ton canyon Lubéron baille au balancement de ce roulis qui franchit les pores au centre du plus reculé de la terre

C’est haut perché ton harmonie architecturale, mais je monterais jusqu’au bout de l’ocre…

Niala-Loisobleu – 11 Juillet 2020

CARESSE DE MER 


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CARESSE DE MER

Dernières pierres de marche

au fond sortis de pinède c’est la mer

qui langue bouche ouverte

Comme une prochaine fête à Marie prenons dans le jardin des fleurs au fil d’un temps non mesuré pour lui mettre en couronne

Les bras levés

flottent tes seins lâchés

j’ai coupé des gerbes de joncs pour faire un radeau

quand l’entre-pont passera l’horizon imagine la silhouette qu’ils apercevront du bord, cela  sans que nous nous posions de questions sur ce qui fait un rassemblement d’oiseaux au-dessus

Fort-Boyard contourné, nous nous sommes coupés d’émission polluante.

Niala-Loisobleu – 11 Juillet 2020

LE JARDIN D’ÉROS


Oscar Wilde

 

LE JARDIN D’ÉROS

 

Nous voici en plein printemps, au cœur de juin ;
pas encore les travailleurs hâlés ne se hâtent sur les
prairies des hauteurs, où l’opulent automne, saison
usurière, ne vient que trop tôt offrir aux arbres l’or
qu’il a mis de côté, trésor qu’il verra disperser par
la folle prodigalité de la brise.

Il est bien tôt, vraiment ! l’asphodèle, enfant
chérie du Printemps, s’attarde pour piquer la jalousie
de la rose ; la campanule, elle aussi, tient
déployé son pavillon d’azur. Et, pareil à un fêtard
égaré, perdu, que ses frères ont laissé là, pour
s’enfuir des bosquets, d’où les a chassés la grive,
messagère de juin,

seul, un pâle narcisse reste là, tout apeuré, tapi
dans un coin d’ombre, où des violettes, presque inquiètes
de leur propre beauté, se refusent à regarder face à face l’or du soleil, par effroi d’une trop forte
splendeur. Ah ! c’est bien là, ce me semble,

— que viendraient se poser les pieds de Perséphoné,
quand elle est lasse des prairies sans fleurs
de Pluton, — là que danseraient les adolescents
arcadiens, là qu’un homme pourrait trouver le mystère
secret de l’éternelle volupté, ce secret que les
Grecs ont connu. Ah ! vous et moi, nous pourrions
le découvrir ici, pour peu que l’Amour et le sommeil
y consentent.

Ce sont là les fleurs qu’Héraklèsen deuiisema sur
la tombe d’Hylas, l’ancolie, avec toutes ses blanches
colombes agitées d’un frisson, quand la brise les a
froissées d’un baiser trop rude, la mignonne chélidoine
qui, dans son jupon jaune, chante le crépuscule
du soir, et le lilas en robe de grande dame, — mais
laissons-les fleurir à l’écart, laissons

là-bas, les spirales de la rose trémière, aux rouges
dentelures, agiter sans bruit leurs clochettes, sans
quoi l’abeille, son petit carillonneur, irait chercher
plus loin quelque autre divertissement ; l’anémone
qui pleure dès l’aube, comme une jolie fillette devant
son galant, et ne laisse, qu’à grand’peine les
papillons ouvrir toutes grandes, auprès d’elle,

leurs ailes bigarrées, laissons-la languir dans la
pâle virginité, La neige hivernale lui plaira mieux
que des lèvres comme les tiennes, dont la brûlure ne saurait que la flétrir. Va-t’en plutôt cueillir cette
fleur amoureuse qui s’épanouit solitaire, et que le
vent, entremetteur, poudre de baisers savoureux
qui ne sont pas de lui.

Les liserons aux fleurs en forme de trompette, et
qu’aiment tant les jeunes filles ; la reine des prés,
à la teinte de crème, plus blanche que la gorge de
Junon, odorante autant que l’Arabie entière ; l’hyacinthe,
que les pieds de Diane chasseresse hésiteraient
à fouler, même à la poursuite du plus beau des
daims tachetés, la marjolaine en bouton, dont un
seul baiser suffirait à embaumer les lèvres de la
déesse de Cythère, et rendre jaloux Adonis, — cela,
c’est pour ton front, — et pour te faire une

ceinture, — voici ce flexible rameau de clématite pourpre,
dont la couleur somptueuse efface de son éclat le
roi de Tyr, — et ces digitales aux corolles
retombantes, — mais pour cet unique narcisse, que
laissa tomber de sa robe la saison printanière, lorsqu’elle
entendit avec effarement, dans les bois où
elle régnait, résonner le chant ardent, orageux de
l’oiseau d’été.

Ah ! qu’il te soit un souvenir subtil de ces jours
charmants de pluie et de soleil, alors qu’avril riait
a travers ses larmes, en voyant la précoce primevère
quitter d’un pied furtif les racines tortueuses des chênes, et envahir la forêt, au point que malgré ses
feuilles jaunies et froissées, elle se couvrait d’un or
étincelant.
Non, lu peux le cueillir aussi. Il n’a pas même
la moitié de ton charme, ô toi l’idole de mon âme,
et quand tes pieds seront las, les anchuses tisseront
leurs tapis les plus brillants ; pour toi, les chèvrefeuilles
oublieront leur orgueil et voileront leur lacis
confus, et tu marcheras sur les pensées bariolées.

Et je couperai un roseau dans le ruisseau de là-bas,
et je rendrai jaloux les dieux des bois ; le vieux
Pan se demandera quel est ce jeune intrus qui
s’enhardit à chanter dans ces retraites plus creuses
où jamais homme ne devrait risquer un pied le
soir, par crainte de surprendre Artémis et sa troupe
aux corps de marbre.

Et je te coulerai pourquoi la jacinthe se revêt
d’une aussi morne parure de gémissements plaintifs ;
pourquoi l’infortuné rossignol s’interdit de
lancer son chant eh plein jour, et préfère pleurer
seul, alors que dort la rapide hirondelle et que les
riches font la fête ; et pourquoi le laurier tremble
en voyant des lueurs d’éclair à l’Orient.

Et je chanterai comment la triste Proserpine fut
mariée à un grave, à un sombre maître et seigneur.
Des prairies infernales semées de lotus j’évoquerai Hélène aux seins d’argent, et aussi tu verras cette
beauté fatale, pour qui deux puissantes armées se
heurtèrent d’un choc terrible, dans l’abîme de la
guerre.

Puis je te chanterai ce conte grec où Cynthia
s’éprend du jeune Endymion, et s’enveloppant d’un
voile gris de brouillards, se bute vers les cimes du
Latmos, dès que le soleil quitte son lit de l’Océan,
pour s’élancer à la poursuite de ces pieds pâles et
légers qui se fondent sous son étreinte.

Et si ma flûte est capable de verser une douce
mélodie, nous pourrons voir face à face celle qui, en
des temps bien lointains, habita parmi les hommes,
près de la mer Égée, et dont la triste demeure au
portique ravagé, au mur dépouillé de sa frise, aux
colonnes croulées, domine les ruines de cette cité
charmante, ceinte de violettes.

Esprit de beauté, reste encore un peu : ils ne sont
pas tous morts, tes adorateurs de jadis ; il en vit
encore un petit nombre, de ceux pour qui le rayonnement
de ton sourire est préférable à des milliers
de victoires, dussent les nobles victimes tombées à
Waterloo se redresser furieuses contre eux ; reste
encore, il en survit quelques-uns,

qui pour toi donneraient leur part d’humanité, et
te consacreraient leur existence. Moi, du moins, j’ai
agi ainsi. J’ai fait de tes lèvres ma nourriture de tous les jours, et dans tes temples j’ai trouvé un
festin somptueux, tel que n’eût pu me le donner ce
siècle affamé, en dépit de ses doctrines toutes
neuves, où tant de scepticisme s’offre sous une
forme si dogmatique.

Là, ne coule aucun Cephise, aucun Ilissus ; là ne
se retrouvent point les bois du blanc Colonos. Jamais
sur nos blêmes collines ne croit l’olivier, jamais
un pâtre simple ne fait gravir à son taureau
mugissant les hautes marches de marbre ; on ne
voit point par la ville les rieuses jeunes filles t’apporter
la robe brodée de crocus.

Pourtant, reste encore. Car l’enfant qui t’aima le
mieux, dont le seul nom devrait être un souvenir
capable de te retenir, dort dans un repos silencieux,
au pied des murs de Rome, et la mélodie
pleure d’avoir perdu sa lyre la plus douce ; nul ne
saurait manier le luth d’Adonais, et le chant est
mort sur ses lèvres.

Non, à la mort de Keats, il restait encore aux
Muses une voix argentine pour chanter sa thrénodie,
mais hélas ! nous la perdîmes trop tôt, en cette nuit
déchirée par la foudre, en cette mer rageuse, Panthéa
vint réclamer comme son bien celui qui l’avait chantée, et fermer la bouche qui l’avait louée;
depuis lors, nous allons dans la solitude, nous
n’avons

plus que ce cœur ardent, cette étoile matinale de
l’Angleterre ressuscitée, dont le clair regard, derrière
notre trône croulant, et les ruines de la guerre,
vit les grandes formes grecques de la jeune Démocratie
surgir dans leur puissance comme Hespérus,
et amener la grande République. À lui du
moins tu as enseigné le chant.

Et il t’a accompagné en Thessalie, et il a vu la
blanche Atalante, aux pieds légers, à la virginité
impassible et sauvage, chasser le sanglier armé de
défenses. Son luth, aussi doux que le miel, a ouvert
la caverne dans la colline creuse, et Vénus rit de
savoir qu’un genou fléchira encore devant elle.

Et il a baisé les lèvres de Proserpine et chanté
le requiem du Galiléen. Ce front meurtri, taché
de sang et de vin, il l’a découronné. Les Dieux de
jadis ont trouvé en lui leur dernier, leur plus ardent
adorateur, et le signe nouveau s’efface et pâlit devant
son vainqueur.

Esprit de Beauté, reste encore avec nous. Elle n’est point encore éteinte, la torche de la poésie.
L’étoile qui surgit par-dessus les hauteurs de
l’Orient défend invinciblement ses armoiries argentées,
contre les ténèbres qui s’épaississent, contre
la fureur des ennemis. Oh ! reste encore avec nous,
car, au cours de la nuit longue et monotone,

Morris, le doux et simple enfant de Chaucer,
l’aimable héritier des pipeaux mélodieux de Spencer,
a souvent charmé par ses tendres airs champêtres
l’âme humaine en ses besoins et ses détresses,
et des champs de glace, lointains et dénudés, a
rapporté assez de belles fleurs pour faire ensemble
un paradis terrestre.

Nous les connaissons tous, Gudrun, la fiancée
des hommes forts, et Aslaug, et Olfason, nous les
connaissons tous, et comment combattait le géant
Grettir, et comment mourut Sigurd, et quel enchantement
tenait le roi captif, quand Brynhild
luttait avec les puissances qui déclarent la guerre à
toute passion. Ah ! que de fois, pendant les heures
d’été,

les longues heures monotones, alors que le midi,
s’amourachant d’une rose de Damas, oublie de reprendre
sa marche vers l’Ouest, si bien que la lune, pâle usurpatrice, élargissant sa tache, change son
mince croissant en un disque d’argent, et réprimande
son char paresseux, — que de fois, dans
l’herbe fraîche et drue,
bien loin du jeu de cricket et des bruyants canotiers,
à Bagley, où les campanules devancent un
peu l’époque de l’accouplement pour les merles et
s’attardent à attendre l’hirondelle, où le bourdonnement
d’innombrables abeilles vibre dans la
feuillée, je suis resté à m’abandonner aux contes
rêveurs que tisse sa fantaisie.

Et à travers leurs infortunes imaginaires, et
leurs douleurs fictives, j’ai pleuré sur moi-même,
puis retrouvé la bonne humeur dans une simple
gaîté, en voyageant sur cette mer aux mille teintes.
Je sentais en moi la force et la splendeur de la
tempête, sans avoir à en subir les désastres, car le
chanteur est divin.

Le petit rire que fait entendre l’eau en tombant,
n’est point aussi musical, et l’or liquide qui s’accumule
en piles serrées dans la mignonne cité de cire
n’a pas tant de douceur. Les vieux roseaux à demi
desséchés qui se balançaient en Arcadie, dès que
ses lèvres les touchent, exhalent une harmonie toute
nouvelle.

Esprit de beauté, attarde-toi encore un peu, bien
que les marchands trompeurs du commerce profanent de leurs routes de fer notre île charmante, et
qu’ils rompent les membres de l’Art sur des
roues tournoyantes, hélas ! bien que les usines
bondées propagent l’ignorance, ver rongeur qui tue
l’âme, oh ! reste encore.

Car il est au moins un homme, — il tire son
nom de Dante et du séraphin Gabriel, et son double
laurier brûle d’une flamme impérissable pour
éclairer ton autel. Celui-là t’aime bien, qui vit le
vieux Merlin se prendre au piège de Viviane, et les
anges aux pieds blancs descendre les marches
d’or.

Il t’aime si bien que l’univers doit se couvrir de
vêtements aux couleurs somptueuses, et le Chagrin
prendre un diadème de pourpre, ou, sans cela, il
cesserait d’être le Chagrin ; et le Désespoir devrait
dorer ses cornes, et la Douleur, pareille à Adon, serait
belle même dans son excès. Tel est l’empire
qu’exercent les Peintres, tel est l’héritage que
possède notre solennel Esprit, car avec toute sa
pitié, son amour, sa lassitude, il est un miroir plus
fidèle de son siècle que ne le sont les Peintres dont
le talent ne peut prétendre à un but plus haut que
la copie des banalités, incapable qu’il est de représenter
l’âme avec ses terribles problèmes.

Mais ils sont en petit nombre, et tout romanesque
s’est dissipé. Les hommes peuvent faire des
prophéties au sujet du soleil, des leçons sur les taches,
enseigner comment les atomes sans âme parcourent
isolément un vide infini, comme de chaque arbre
a fui la nymphe éplorée, pourquoi nulle naïade ne
montre plus sa tête parmi les roseaux d’Angleterre.

À mon gré, ces modernes Actéons se vantent
trop tôt d’avoir surpris les secrets de la Beauté :
faut-il, parce que nous avons analysé l’arc-en-ciel
et dépouillé la lune de son mystère le plus ancien,
le plus chaste, que moi, le dernier Endymion, je
perde tout espoir, parce que des yeux impertinents
ont lorgné ma maîtresse à travers un télescope ?

À quoi nous sert-il que ce siècle scientifique ait
fait irruption par nos portes avec tout son cortège
de miracles modernes ? Peut-il apaiser un amant au
cœur brisé ? Peut-il, en toute sa durée, faire quoi
que ce soit pour rendre une existence plus belle,
la faire plus divine un seul jour ? Mais maintenant
le siècle d’argile

reparaît, ramené par un cycle horrible : la Terre
a engendré une nouvelle et bruyante progéniture
de Titans ignorants, que leur origine impure lance
encore une fois contre l’auguste hiérarchie qui siégeait
sur l’Olympe. Ils ont fait appel à la Poussière,

et c’est de cet arbitre infécond qu’ils doivent attendre
la sentence. Qu’ils tâchent, s’ils en sont capables,
de faire sortir de la lutte naturelle et du hasard
sans raison la nouvelle règle de l’idéal pour
l’homme ! Il me semble que ce n’était point là mon
héritage, car j’avais été nourri d’une façon tout
opposée. Mon âme va des hauteurs suprêmes de
la vie vers un but plus élevé.

Vois, pendant que nous parlions, la Terre a détourné
du Dieu sa face, et la barque d’Hécate a surgi
avec sa charge argentée, jusqu’à ce qu’enfin le jour
jaloux en éteignît toutes les torches. Je n’ai point
remarqué la fuite des heures ; pour les jeunes Endymions,
les doigts paralysés du Temps égrènent en
vain son rosaire de soleils.

Regardez comme l’iris jaune penche languissamment
sa gorge en arrière, pour appeler le baiser de
son page perfide, la libellule, alors que celle-ci,
pareille à une veine bleue sur le poignet blanc d’une
jeune fille, dort sur la primevère neigeuse qui est née
cette nuit et qui commence à s’enflammer du rouge
ardent de la honte, et va mourir en pleine lumière.

Allons-nous-en. Déjà se profilent sur le pâle bouclier
du ciel décoloré les brillantes fleurs de l’amandier.
Le râle des prés, tapi dans l’herbe encore respectée
de la faux, répond à l’appel de sa compagne ; les courlis réveillés en sursaut franchissent d’un vol
irrégulier le ruisseau couvert de brouillards, et
dans son lit de roseaux, l’alouette, joyeuse de voir
poindre le jour,

éparpille dans l’herbe les perles de la rosée, et
toute tremblante d’extase, va saluer le Soleil, qui
bientôt, sous sa complète armure d’or, va sortir de
cette tente couleur orangée, que voici dressée là-bas
vers l’Orient en feu. Vois, la frange rouge apparaît
sur les hauteurs attentives. Voici le Dieu, et
dans son amour pour lui,

la bruyante alouette est déjà hors de vue et
remplit de ses chants cette vallée de silence. Ah !
il y a dans le vol de cet oiseau plus d’une chose
qu’on ne saurait apprendre dans une cornue. Mais
l’air fraîchit. Partons, car bientôt les bûcherons seront
ici. Quelle nuit de juin nous avons vécue !

Oscar Wilde

 

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A TABLE OUVERTE


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A TABLE OUVERTE

Sans répit et à pot-à-sel

grès à la fleur de bleu faite

j’ai posé le vélo avec la cabane

pour préférer la mer et son bain pour tout ton corps

 Un broc qu’hante le ballottement des vagues

des asters

toi pliante

tandis que les roses grimpent au treillis

d’une seule envie…

Niala-Loisobleu – 11 Juillet 2020

LE MOT « VIE »


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LE MOT « VIE »

J’entends la douce pluie d’été dans les cheveux mouillés des saules
Le vent qui fait un bruit d’argent m’endort m’éveille à tour de rôle
Je rêve au cœur de la maison qu’entoure le cri des oiseaux

Je mêle au passé le présent comme à mes bras le linge lourd

Et cette nuit pour moi la mémoire fait patte de velours

Tout prend cette clarté des choses dans la profondeur des eaux

On dirait que de la semaine il n’est resté que les dimanches
Tous les jardins de mon enfance écartent l’été de leurs branches
La mer ouvre son émeraude à ce jeune homme que je fus

Te voilà quelque part au mois d’août par une chaleur torride
Allongé dans l’herbe et tu lis
Gœthe
Iphigénie en
Tauride
Par le temps qu’il fait un verre d’eau ne serait pas de refus

Ailleurs tu marchais le long d’un canal sous des châtaigniers verts
De ce long jour écrasant les bogues sur les chemins déserts
Personne excepté les haleurs qui buvaient du vin d’Algérie

Dans un village perdu les gens à ton passage se taisent Ô l’auberge de farine et de bière où tu mangeas des fraises
Et la toile rêche des draps qui sentaient la buanderie

Cette vie avait-elle un sens
Où t’en vas-tu croquant des guignes
Jamais le soir les filles de
Soliès ne te feront plus signe
Reverras-tu jamais le cheval qui tournait la noria

Il y avait une fois dans le
Wiltshire une dame en jaune
Elle se balança longtemps dans un rocking-chair sur le loan
Et quand tu pris sa main comme une ville une bague y brilla

De temps en temps tu te souviens de la jeune morte d’Auteuil
Pâle sur son oreiller
Son père la regarde assis dans un fauteuil
Et toi tu n’as qu’à sortir de la chambre comme un étranger

Cette vie avait-elle un sens
En a-t-elle un pour les lézards
Et même alors dans le
Salzkammcrgut on jouait du
Mozart
On peut dépayser son cœur mais non pas vraiment le changer

Les
Naturfrcunde t’ont menacé du geste et de la parole
Passant des neiges sans rien voir toi qui traversais le
Tyrol
Le ciel était si déraisonnablement rose à l’horizon

Mais des nuages de corbeaux couvraient l’Autriche des suicides
Un beau jour tu es parti pour
Berlin la poche et le cœur vides
Spittelmarkt tu habites chez un marchand de quatre-saisons

Ah cette ville était une île au cœur même des eaux mortelles
Toutes les îles de la mer leurs merveilles que seraient-elles
Sans le péril qui les entoure et la tempête et les requins

Septembre de
Charîottenbourg les longs soirs assis aux terrasses
Et l’on s’en revenait parlant tard sous les arbres de
Kantstrasse
Vous en souvenez-vous toujours mes frère et sœur américains

Est-ce
Jérusalem à l’heure où sur
Samson le
Temple croule
Devant l’U-Bahnhof
Nollendorf
Platz chaussée et trottoirs la foule

D’une bière amère à pleins murs emplit la coupe des maisons

Et comme un feu dans les fourmis dans le poulailler le renard
Soudain voici qu’en tous les sens la charge des
Schupos démarre
Et ce n’est pas ce coup-ci que l’homme de chair aura raison

Il y a quelque chose de pourri dans cette vie humaine
Quelque chose par quoi l’esprit voit se rétrécir son domaine
L’on ne sait de quel côté se tourner pour chasser ce tourment

Rentrer chez soi
Qu’est-ce que c’est chez soi
Mais il faut bien qu’on parte

Place
Blanche on ira retrouver ses amis jouer aux cartes

Pour se persuader qu’il est avec l’enfer des accommodements

Cette vie avait-elle un sens et de quel côté sont les torts
Ce n’est qu’un décor pour toi
Kurfurstcndamm
Brandenburger
Tor

On y dévaluait d’un même coup le mark et les idées

Paris
On a bouleversé
Paris ses parcs et ses passages

Où donc est la
Cité des
Eaux palissades et fleurs sauvages

Ce sentier secret dans la ville où nous nous sommes attardés

C) femme notre cœur en lambeaux sj quelque chose en doit survivre

Faut-il que cela soit comme une fleur séchée au fond d’un livre
Cette lueur de coupe-gorge aux jardins de
Cagliostro

Vraiment faut-il que de tous les instants cet instant-là demeure
Odeur des acacias descendant vers la
Seine où se meurt

Dans
Grenelle endormi la toux intermittente du métro

Si longtemps entre nous deux un autre homme avait jeté son ombre

Il nous semblait qu’aucune nuit pour nous joindre fût assez sombre
Assez profonde aucune mer sous le rideau des goémons

Trois ans nous nous sommes cherchés mon
Amie éclatante et brune
Aux soirs d’éclipsé elle m’était le soleil ensemble et la lune
Et son parfum m’est demeuré longtemps dans les
Buttes-Chau-mont

À reculons j’ai regardé s’enfuir ma reine blanche et noire
Elle est partie à tout jamais nonchalamment dans le miroir
Et je ne l’ai pas appelée et je ne l’ai pas retenue

C’est étrange un amour qui finit sans même un soupçon de plainte

Ce silence établi soudain quand la musique s’est éteinte

Et ce n’est que beaucoupplus tard quel’onsaurale mal qu’on eut

Cette vie avait-elle un sens ou tout est-il contradictoire
L’expression des gens parfois que l’on croise sur les trottoirs
C’est comme un cinéma permanent quand on entre au beau milieu

Nous avions parlé notre nuit
Je l’ai mené jusqu’à la gare
Paul Éluard quittait
Paris et sa vie un matin hagard
On ne connaîtra jamais du film que la scène des adieux

Adieu tu ne retourneras jamais à
Sarcelles-Saint-Brice
Paul une maison peinte dans
Ithaque attendait-elle
Ulysse
Tandis qu’autour de son esquif la mer se faisait mélopée

À toi de t’en aller par les atolls hantés de la
Sirène

Tu ne monteras plus ici dans les balançoires foraines

Tu ne reverras plus les
Gertrud
Hoffman
Girls croisant l’épée

L’aurore tous les jours se lèvera sans toi rue des
Martyrs
Ne te retourne pas sur cette ville en feu
Tu peux partir
Comme un faucheur derrière lui qui laisse les foins et la faux

Tu m’as dit en dernier je ne veux pour rien au monde qu’on brode
Sur les raisons de mon départ
Va-t’en tranquille aux antipodes
C’est juré
Je rirai de tout
Je t’injurierai s’il le faut

O mes amis tombe à jamais le rideau rouge à la
Cigale
Un à un sur les ponts j’ai vu s’éteindre les feux de
Bengale
Et gémissante vers la mer une péniche au loin fuyait

Desnos c’était un bal dans ce quartier où l’on mange koscher
Qui se souvient des amants dérangés sous la porte cochère
Nous allions parlant de
Nerval un soir de quatorze juillet

Il disait que l’amour est une plaie en travers de la gorge
Et d’Amérique ces jours-là s’en revenait
Yvonne
George
Avec ce chant brisé des oiseaux qui volèrent trop longtemps

Nous passions déjà le seuil tragique d’une nouvelle époque

Le drapeau d’Abd-el-Krim s’était levé déjà sur le
Maroc

On entendait dans l’ombre énorme un énorme cœur palpitant

Cette vie avait-elle un sens ou n’était-elle qu’une danse

Quel est ce chien noir qui me suit
Tout n’est-il que nuit et silence

N’est pas miroir tout ce qui luit ce que j’aime et ce que je suis

Ce monde est comme une
Hollande et peint ses volets de couleurs
Car l’hiver la terre demande à se reposer de ses fleurs
Et je m’efforce à mieux comprendre hier de mes yeux d’aujourd’hui

Je ne récrirai pas ma vie
Elle est devant moi sur la table
Elle est comme un cœur de chair arraché pantelant lamentable
Un macchabée aux carabins jeté pour la dissection
Pourquoi refaire au jour le jour le chemin des illusions
Filles des vents de la soif et des sables

La lumière de la mémoire hésite devant les plaies
Soulevant comme une noire draperie au seuil des palais
Le farouche et bruyant essaim que font toutes sortes de mouches
Ah sans doute les souvenirs ne sortent pas tous de la bouche
Il en est qu’une main d’ombre balaie

Le monde qu’on se fait de tout
Les perpétuelles blessures
Propos surpris
Rires des gens
Baisser les yeux sur ses chaussures
Se sentir une marchandise en solde une fin de série
Comme un interminable dimanche aux environs de
Paris
Dans ces chemins sans fin bordés de murs

Il y a des sentiments d’enfance ainsi qui se perpétuent
La honte d’un costume ou d’un mot de travers
T’en souviens-tu
Les autres demeuraient entre eux Ça te faisait tout misérable
Et tu comprenais bien que pour eux tu n’étais guère montrable
Même aujourd’hui d’y penser ça me tue

J’allais toujours à ce qui brille à ce qui fait que c’est la fête
Je préférais ne prendre rien à prendre une chose imparfaite
C’est très joli mais l’existence en attendant ne t’attend pas
C’est très joli mais l’existence en attendant te met au pas
Ton histoire est celle de tes défaites

Avec ça tu sais bien que tu avais l’amour-propre mal placé
Tu ne serais pas revenu sur une phrase prononcée
Tu t’embarquais dans
Dieu sait quoi pour camoufler tes ignorances

Tu te faisais couper en quatre pour sauver les apparences
Tu haletais comme un gibier forcé

Probablement qu’il y a dans toi quelque chose du sauvage
Peut-être confusément crains-tu d’être réduit au servage
Peut-être étais-tu fait pour guetter seul au travers des roseaux
Le flamant rose et lent qu’on voit posément sur les eaux
Dans le soir avancer du fond des âges

Peut-être étais-tu fait pour lutter contre les autres éléments
Non pas contre l’homme et la femme avec qui l’on ruse et l’on ment

Mais les volcans pour leur voler le feu premier qu’ils allumèrent
Et nager comme on dort les yeux au ciel sur le dos de la mer
Lourde de sel et de chuchotements

Tu n’as pas eu le choix entre l’âge d’or et l’âge de pierre
Tu habitais au quatrième étage à
Neuilly rue
Saint-Pierre
De temps en temps sur le
Grand
Lac tu faisais un peu de canot
Tu prenais le tramway jaune pour aller au
Lycée
Carnot
Plus tard
Beaujon
Broussais
Lariboisière

Laisse-moi rire un peu de toi mon pauvre double mon sosie
Tu n’as pas le coffre crois-moi qu’il faut à ta
Polynésie

Mais regarde-toi donc
N’importe quel miroir ferait l’affaire
Ce chapeau mou ce pardessus dont c’est bien le troisième hiver Ça va comme un gant à ta poésie

Il y a les choses qu’on fait parce qu’il faut pourtant qu’on mange
Et les soleils qu’on porte en soi comme une charrette d’oranges
Il ne faut pas trop en parler c’est très mal vu dans le quartier
Après tout je vous le concède il y a métier et métier
La littérature en est un d’étrange

Ma mère a pleuré d’abord et trouvé cela bien affligeant
Comprends mon petit quand on écrit pour eux on dépend des gens

Tant que ce n’est pas sérieux tu peux en agir à ta guise

Mais il faut songer à l’avenir que veux-tu que je te dise

Tiens moi j’en frémis rien qu’en y songeant

Chacun se bâtit un destin comme un tombeau sur la colline
Il n’est plus de chemin privé si l’histoire un jour y chemine
Et dans la rumeur de l’exode où sont nos calculs hasardeux
Maman la chambre d’hôpital à
Cahors en quarante-deux
Comment se peut-il qu’on se l’imagine

Même au-dessus du cimetière il y a toujours les cieux À celui qui vit assez longtemps pour cela devant ses yeux
Il n’y a pas de malheur si grand qu’au bout du compte il n’arrive
Ce serait vivre pour bien peu s’il fallait pour soi que l’on vive
Et même pour ceux qu’on aime le mieux

Où donc se sont évanouis tous les gens de ma connaissance
La famille il n’y en a plus
C’est vrai j’en avais peu le sens
Et les amis n’en parlons pas
Ce sont chansons d’une saison
Pour nous séparer comme un fruit il ne manquait pas de raisons
Un amour d’un jour creuse pire absence

Au-dessus d’un monde mort il continue à traîner des cerfs-volants
Poignées de main de
Castelnaudary
Bons baisers du
Mont
Blanc
Un bonjour de
Saint-Jean-de-Luz
Salutations de
La
Baule
Je suis depuis trois jours ici
C’est plein de
Parisiens très drôles
Nous avons fait un voyage excellent

Ô la nostalgie à retrouver de vieilles cartes-postales
Où le ciel est toujours bleu l’arbre toujours vert la mer étale
Sans doute on ne les met dans l’album que pour les photographies
Je suis seul à savoir ce que l’écriture au dos signifie
Les diminutifs les phrases banales

Je me souviens de nuits qui n’ont été rien d’autre que des nuits
Je me souviens de jours où rien d’important ne s’était produit
Un café dans le bois près de la gare à
Saint-Nom-la-Bretèche
Le bonheur extraordinaire en été d’un verre d’eau fraîche
Les
Champs-Elysées un soir sous la pluie

 

Louis Aragon

L’EPOQUE 2020/27: LE CHANT DE LA MUE 2


Après les Époques 2018 et 2019, voici le vingt-septième de cette nouvelle Époque 2020 avec BARBARA AUZOU : LE CHANT DE LA MUE 2 Merci de considérer que le poème est indissociable du tableau et vice-versa…

L’EPOQUE 2020/27 « Chant de la Mue 2 » Niala Acrylique s/toile 61×50

Laissons nos valises depuis longtemps éventrées

Danser avec les poissons semant partout leur frai

Et nos gestes amples de leurs marges d’eaux

Connaître l’euphorie des allaités  la racine soudaine

La surprenante balise où s’arrime encore l’oiseau

À bascule de tes berges  les purs propos

De la mer musicalisent déjà l’aube de tes yeux

Ivres d’un festin joyeux rompus par les ans

Au maritime et exigeant exercice de vivre

Violon écueil le fond qui chante la forme qui rit

Dans l’abondance de l’eau vive je te cueille

Et te rassemble au plus près de te perdre

Barbara Auzou.