LE BOIS DE L’EPTE


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LE BOIS DE L’EPTE

Je n’étais ce jour-là que deux jambes qui marchent.
Aussi, le regard sec, le nul au centre du visage,
Je me mis à suivre le ruisseau du vallon.
Bas coureur, ce fade ermite ne s’immisçait pas
Dans l’informe où je m’étendais toujours plus avant.

Venus du mur d’angle d’une ruine laissée jadis par l’incendie,

Plongèrent soudain dans l’eau grise

Deux rosiers sauvages pleins d’une douce et inflexible volonté.

Il s’y devinait comme un commerce d’êtres disparus, à la veille de s’annoncer encore.

Le rauque incarnat d’une rose, en frappant l’eau,
Rétablit la face première du ciel avec l’ivresse des questions, Éveilla au milieu des paroles amoureuses la terre,
Me poussa dans l’avenir comme un outil affamé et fiévreux.

Le bois de l’Epte commençait un tournant plus loin.

Mais je n’eus pas à le traverser, le cher grainetier du relèvement!

Je humai, sur le talon du demi-tour, le remugle des prairies où fondait une bête.

J’entendis glisser la peureuse couleuvre;

De chacun – ne me traitez pas durement -j’accomplissais, je le sus, les souhaits.

 

René Char

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