LE BOIS DE L’EPTE


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LE BOIS DE L’EPTE

Je n’étais ce jour-là que deux jambes qui marchent.
Aussi, le regard sec, le nul au centre du visage,
Je me mis à suivre le ruisseau du vallon.
Bas coureur, ce fade ermite ne s’immisçait pas
Dans l’informe où je m’étendais toujours plus avant.

Venus du mur d’angle d’une ruine laissée jadis par l’incendie,

Plongèrent soudain dans l’eau grise

Deux rosiers sauvages pleins d’une douce et inflexible volonté.

Il s’y devinait comme un commerce d’êtres disparus, à la veille de s’annoncer encore.

Le rauque incarnat d’une rose, en frappant l’eau,
Rétablit la face première du ciel avec l’ivresse des questions, Éveilla au milieu des paroles amoureuses la terre,
Me poussa dans l’avenir comme un outil affamé et fiévreux.

Le bois de l’Epte commençait un tournant plus loin.

Mais je n’eus pas à le traverser, le cher grainetier du relèvement!

Je humai, sur le talon du demi-tour, le remugle des prairies où fondait une bête.

J’entendis glisser la peureuse couleuvre;

De chacun – ne me traitez pas durement -j’accomplissais, je le sus, les souhaits.

 

René Char

ROUGE HEUR


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ROUGE HEUR

Pas plus tard que tout à l’heure après avoir tendu la toile je lui fis le fond rouge tout en me disant que si le temps est peu propice à la lumière je continue à bronzer sous un certain soleil

Il faut dire

et n’ai que peindre pour ce faire

Briser le manque, enlever l’inquiétude au chevalet, rattraper la joie comme au bilboquet, t’étaler dans le bleu par le manche à palette à bord de rouge sang volant

Allumer le plafond-bas d’un plié des reins en suivant les lames du parquet à travers la dentelle de ton jupon et la transparence de tes seins

S’il pleut tiens ton chapeau à fleurs entre les Je Nous

Je viendrai à tes jarretières par le souffle de l’orgue éclairé a même les dalles remuants jamais vus de mémoire de gisants

Niala-Loisobleu – 4 Mars 2020

SURGI DE MA FENÊTRE, PRECEDANT ET SUIVANT


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SURGI DE MA FENÊTRE, PRECEDANT ET SUIVANT

Ecrire à partir de cette musique viscérale pose la question de savoir si avant de lire les mots il ne vaudrait pas mieux en écouter la sonorité

Sans doute trouveras-tu le petit port de Normandie qui te conduira dans une vaste plaine d’Argentine où ton taureau rejoindra alors l’immense troupeau, moi dans un coin de barrio vidant les cendriers en rangeant les vers

Astor a su léguer

c’est mon voeu

te laisser en consigne plus que la vie, sa vibration

intense musique où le souffle et le cri sont le seul verbe à tenir pour effacer la mort

J’en ai vu de toutes les formes des racines en rêvant d’une greffe donnant naissance à l’absolu

Intrinsèque expression de la définition de la Poésie au moyen de mon Art

Planter du soleil dans sa marche

je te monte haute-pierre

Instinct animal sous la mère veillant à la sélection naturelle dans un envol de moineaux

Niala-Loisobleu – 4 Mars 2020

PREMIER OEIL


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PREMIER OEIL

Un souffle de lumière

que ton visage éclaire

d’une impression de premier jardin

De l’autre côté de la porte la joie du chien sautille

avant que la route l’emporte je le serre au fond de ma poche…

Niala-Loisobleu – 4 Mars 2020