DANS L’ATTENTE


DANS L’ATTENTE

Frotter les pierres pour un seul jus d’ocre épluché de la peau

J’avais des doigts dans les jambes, un ventre de feu et le mental d’un bleu  de camisole, le poil promis au blanc de tunnel et sans rien,  fis ce que je jugeais tout, c’est à dire peindre mes illusions visionnaires à l’écorché. Moqué du doigt aussi bien dans les lancements de carrière, tous types de danse de salon que dans les repas mondains, courses de couloirs à la médaille et reptations ventrales à la gloire

L’horizon derrière le rideau de fer tient la fin de mon oeil dans son acide à n’y plus rien voir de bon. Bon à teigne, instable, peu recommandable, sale type

Peindre pour peindre et cracher sur  ce qui tombe, dire je t’aime à pleines dents, dur dur dur

J’avais juste la majorité à la première exposition

De me taire ici plus de soixante ans après ça m’a refait crier au bon endroit

ô comme j’ai peint aujourd’hui en me jetant dans mon indécence, toute honte au bon endroit

DANS L’ATTENTE 

de rien d’autre que ce que je suis, aussi mauvais qu’insupportable, mais nu bien après l’âme

et sans rien en faire montrer

gardant aussi pour moi le poème, non de dieu que je l’aime…

Niala-Loisobleu – 18 Février 2020

LE REMPART DE BRINDILLES


 
René Char

LE REMPART DE BRINDILLES

Le dessein de la poésie étant de nous rendre souverains en nous impersonnalisant, nous touchons, grâce au poème, à la plénitude de ce qui n’était
qu’esquissé ou déformé par les vantardises de l’individu.

Les poèmes sont des bouts d’existence incorruptibles que nous lançons à la gueule répugnante de la mort, mais assez haut pour que, ricochant sur elle, ils tombent dans le
monde nominateur de l’unité.

Nous sommes déroutés et sans rêve. Mais il y a toujours une bougie qui danse dans notre main. Ainsi l’ombre où nous entrons est notre sommeil futur sans cesse
raccourci.

Lorsque nous sommes aptes à monter à l’aide de l’échelle naturelle vers quelque sommet initiant, nous laissons en bas les échelons du bas; mais quand nous redescendons, nous
faisons glisser avec nous tous les échelons du sommet. Nous enfouissons ce pinacle dans notre fonds le plus rare et le mieux défendu, au-dessous de l’échelon dernier, mais avec
plus d’acquisitions et de richesses encore que notre aventure n’en avait rapporté de l’extrémité de la tremblante échelle.

Ne cherche pas les limites de la mer. Tu les détiens. Elles te sont offertes au même instant que ta vie évaporée. Le sentiment, comme tu sais, est enfant de la matière;
il est son regard admirablement nuancé.

Jeunes hommes, préférez la rosée des femmes, leur cruauté lunatique, à laquelle votre violence et votre amour pourront riposter, à l’encre inanimée des
meurtriers de plume. Tenez-vous plutôt, rapides poissons musclés, dans la cascade.

Nous vivons collés à la poitrine d’une horloge qui, désemparée, regarde finir et commencer la course du soleil. Mais elle courbera le temps, liera la terre à nous; et
cela est notre succès.

Échapper à la honteuse contrainte du choix entre l’obéissance et la démence, esquiver l’abat de la hache sans cesse revenante du despote contre laquelle nous sommes sans
moyens de protection, quoique étant aux prises sans trêve, voilà notre rôle, notre destination, et notre dandinement justifiés. 11 nous faut franchir la clôture du
pire, faire la course périlleuse, encore chasser au-delà, tailler en pièces l’inique, enfin disparaître sans trop de pacotilles sur soi. Un faible remerciement donné ou
entendu, rien d’autre.

Combien s’imaginent porter la terre et exprimer le mondv, qui trépignent de ne pouvoir s’informer mielleusement de leur destin auprès de la Pythie.

Je crois en Lui : il n’est pas. Je ne m’en rapporte pas à lui : est-Il? Principe de tout avancement, de tout dégagement. Nuit ouverte et glacée! Ah ! fin de la chaîne des
démentis.

(La quête d’un grand Être, n’est-ce qu’une pression de doigt du présent entravé sur l’avenir en liberté? Les lendemains non touchés sont vastes. Et là-bas est
divin où ne retentit pas le choc de notre chaîne.)

Êtres que l’aurore semble laver de leurs tourments, semble doter d’une santé, d’une innocence neuves, et qui se fracassent ou se suppriment deux heures après… Êtres chers
dont je sens la main.

La cheminée du palais de même que Pâtre de la chaumière fument depuis que la tête du roi se trouve sur les chenets, depuis que les semelles du représentant du
peuple se chauffent naïvement à cette bûche excessive qui ne peut pas se consumer malgré son peu de cervelle et l’effroi de ceux pour lesquels elle fut guillotinée.
Entre les illusions qui nous gouvernent, peut-être reverra-t-on celles, dans l’ordre naturel appelées, que quelque aspect du sacré tempère et qui sont au regard averti les
moins cyniquement dissimulées. Mais cette apparition, que les exemples précédents ont disqualifiée, doit attendre encore, car elle est sans énergie et sans bonté
dans des limbes que le poison mouille. La propriété redevenant l’infini impersonnel à l’extérieur de l’homme, la cupidité ne sera plus qu’une fièvre d’étape
que chaque lendemain absorbera. Tout l’embasement néanmoins est à réinventer. La vie bousillée est à ressaisir, avec tout le doré du couchant et la promesse de
l’éveil, successivement. Et honneur à la mélancolie augmentée par l’été d’un seul jour, à midi impétueux, à la mort.

Tour à tour coteau luxuriant, roc désolé, léger abri, tel est l’homme, le bel homme déconcertant.

Disparu, l’élégance de l’ombre lui succède. L’énigme a fini de rougir.

Nota. — Cessons de miroiter. Toute la question sera, un moment, de savoir si la mort met bien le point final à tout. Mais peut-être notre cœur n’est-il formé que de la
réponse qui n’est point donnée?

Et la faculté de fine manoeuvre? Qui sera ton lecteur? Quelqu’un que ta spéculation arme mais que ta plume innocente. Cet oisif, sur ses coudes? Ce criminel encore sans objet? Prends
garde, quand tu peux, aux mots que tu écris, malgré leur ferme distance.

René Char

DANS SON COL HIROND’ELLE


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DANS SON COL HIROND’ELLE

 

Des fleurs brodées en tour de cou, laissant ses rousseurs rejoindre les mouvements aqueux des vaches, je la vois épi

je m’enflamme

manière de brûler l’oeil noir des nuages

Aux cuisses de la colline elle porte les jarretelles d’autre tant

Falbalas blancs

Falbalas noirs

de l’oiseau qui toujours ramène le printemps

 

La cabane tend son ventre de bois

d’où s’échappe des frisons d’églantiers

 

Dans les montées du chemin la parole ne s’éteint, le mollet en restant rond montre un adoucissant aspect des formes

Il ne faut pas lâcher la corde pour prêter le bon vent à la baume

Jaunes vagues d’un blé qui promet portez-nous à nos greniers.

 

Niala-Loisobleu – 17 Février 2020

MARS


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MARS

Tu giboules, giboulée
Et la terre est roucoulée
De cent mille colombées.

Et la terre est en amour.

Tu giboules. giboulée
Et la terre est fleuron née
De cent mille cerisaies.

Et la terre est en amour.

Tu giboules. giboulée
Et la terre est baisoyée
De cent mille rayonnées

Et la terre est festoyée

De cent mille bourgeonnées

Et la terre est chatouillée
De cent mille germinées.

Tu giboules. giboulée
Et la terre est jouvencée
De cent mille chansonnées.

Tambour, coulour et bonjour.
Et la terre est en amour !

 

Géo Norge

COUP BAS NO LIBRE


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COUP BAS NO LIBRE

Je me dis c’est Dimanche , demain jour de lessive

en attendant que le faire chauffe je vais taper du battoir au lavoir

et laisserai la brouette cornée à cette page du kama sutra

Je n’ai pas vu de vache sacrée franchir le portail

Gange je te dirai es-tu prête

on plongera

l’un dans l’autre

c’est mieux que tous les cinémas d’une bataille municipale et l’avènement du coup bas

No libre celui là

Où est le temps où pour battre un candidat on faisait de la vraie politique sans promettre de faux engagements.

Niala-Loisobleu – 16 Février 2020

ASSAUTS A LA GRENADE


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ASSAUTS A LA GRENADE

Au centre de ses lions

gardé

le bassin

centre vulvaire

montre en miroir

le tremblement

du rempart médiéval

Alhambra

dressé sur ses reins

Ecartant le bras mort-mendiant

pour la corne de guitare

fichée

en son Généralife

Les fruits défiant la pesanteur terrestre

dans un lâché aérien

au-dessus de la sierra

jusqu’à l’ivresse des contrées sauvages des océans à naître…

L’Âme d’un corps fait oiseau…

Niala-Loisobleu – 16 Février 2020

COMME NOIR EST BLANC


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COMME NOIR EST BLANC

 

Bord de route

marge du fossé

aux cuisses carrefour

L’évent calme la tension

une veine ? Que nenni, la bonne artère

adduction tournesol cadrée au bon sens

Au timbre de la sonnette le guidon tourne bien et le vélo s’en va à cheval en serrant fort le caillou dans sa paume, de noir ou blanc dessous  c’est du bleu à laper dedans….

 

Niala-Loisobleu – 16Février 2020

 

 

LA BIBLE DANS LE TIROIR


 

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LA BIBLE DANS LE TIROIR

 

Un vélo un caillou dans la poche comme cheval ça coche

Dehors le noir qu’il faisait encore ne laissait pas voir le bleu assis sur le chevalet

quand la porte fût refermée en tous cas il y est resté

J’ai pensé que ramener le chrome en jaune donnerait mieux le sens de ma pensée que des mots prêtant à confusion

Des années au dessous ce qui vaut reste sur le dessus

à preuve mes idées condamnables n’ont jamais cédé à la raison

Sale type

c’est plus à ma portée que béniouiouiste

me rappellerai toujours du sourire angélique du gosse qui crevait les yeux des chats avec du bec d’oiseau trouvé dans la glu dont il avait arrosé l’herbe avant de faire sa prière pour dormir en paix avec sa conscience

Le bras qui manque à la justice doit-être celui qui se lève à la barre pour dire je l’jure

de dire rien que la vérité

 

Niala-Loisobleu – 16 Février 2020

MOTS D’ECHINE


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MOTS D’ECHINE

 

Dans la vague soulevée d’une torsion

la vertèbre trempe à moelle

Au passage les seins rasent le Toi

intensité

violence au sommet de l’autel

le rite s’accomplit

l’encre épaule contre épaule fouille à roc

à retenir le point d’attache du souffle au vivant

Les doigts émettent

le pore se déculotte et châlute son trémail

sous la veille du chien

 

 

Niala-Loisobleu – 15 Février 2020