Je Suis Une Feuille – Renan Luce


Je Suis Une Feuille – Renan Luce

Aurais-je imaginé que je me trouverais là
Une mine de stylo plantée sur ma peau
Les yeux de mon bourreau qui ne me quittent pas
Ma blancheur lui fait peur, je sais qu’il cherche ses mots
Je suis une feuille blanche, je ne demandais rien
Qu’à rester sur mon arbre et attendre la fin
Moi j’aimais le vent se perdant dans les feuilles
Le murmure de la sève qui me donnait la vie
Moi j’aimais la hauteur que j’avais sur les choses
Je n’ai pas vu venir la lame qui m’a trahie
Si au moins je servais de papier officiel
Pour signer des traités et protéger les faibles
Ou être dans les mains d’un poète oublié
Qui me jetterait ses vers comme on cherche un ami
J’aurais pu être pressée sur le coeur d’une enfant

Écoutant dans mes lignes la voix de son amant
Ou être le pliage d’un gamin de huit ans
Et voler dans les airs sous les rires des enfants
Ou être dans les pages d’un livre d’histoire
Qui dit que le chemin est encore tellement long.
Mais voilà que je sens que la plume me frôle
Et les lettres se forment comme l’encre tourbillonne
J’n’ai jamais vu plus lourd que le poids de ces mots
C’est la misère d’un homme que je sens sur mon dos
Il dit « je veux finir d’avec ma vie
Pardonne-moi mon amour mais je m’arrête ici
Ce n’est pas de ta faute si je baisse les bras
Mais j’ai perdu ma chance de gagner ici-bas »
Et moi c’était mon rôle de porter tous ces mots
Et les larmes d’une femme tomberont sur moi bientôt
J’aurais pu être pressée sur le coeur d »une enfant
Écoutant dans mes lignes la voix de son amant
Ou être le pliage d’un gamin de huit ans
Et voler dans les airs sur les rires des enfants
Mais je tourne la page d’une triste histoire
Qui dit que le chemin n’était pas tellement long….
Pas tellement long…

CE QUE DIT L’HOMME DE PEINE


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CE QUE DIT L’HOMME DE PEINE

Un hiver tout en branches et dur comme un cadavre

Un homme sur un banc dans une rue qui fuit la foule

Et que la solitude comble

Place à l’appareil banal du désespoir

A ses miroirs de plomb

A ses bains de cailloux

A ses statues croupissantes

Place à l’oubli du bien

Aux souvenirs en loques de la vérité

Lumière noire vieil incendie

Aux cheveux perdus dans un labyrinthe

Un homme qui s’est trompé d’étage de porte de clé

Pour mieux connaître pour mieux aimer

Où commence le paysage

A quelle heure

Où donc se termine la femme

Le soir se pose sur la ville

Le soir rejoint le promeneur dans son lit

Le promeneur nu

Moins gourmand d’un sein vierge

Que de l’étoile informe qui nourrit la nuit
Il y a des démolitions plus tristes qu’un sou
Indescriptibles et pourtant le soleil s’en évade en

chantant
Pendant que le ciel danse et fait son miel
Il y a des murs déserts où l’idylle fleurit
Où le plâtre qui se découd
Berce des ombres confondues
Un feu rebelle un feu de veines
Sous la vague unique des lèvres
Prenez les mains voyez les yeux
Prenez d’assaut la vue

Derrière les palais derrière les décombres

Derrière les cheminées et les citernes

Devant l’homme

Sur l’esplanade qui déroule un manteau de poussière

Traîne de fièvre

C’est l’invasion des beaux jours

Une plantation d’épées bleues

Sous des paupières écloses dans la foule des feuilles

C’est la récolte grave du plaisir

La fleur de lin brise les masques

Les visages sont lavés

Par la couleur qui connaît l’étendue

Les jours clairs du passé

Leurs lions en barre et leurs aigles d’eau pure

Leur tonnerre d’orgueil gonflant les heures

Du sang des aubes enchaînées

Tout au travers du ciel

Leur diadème crispé sur la masse d’un seul miroir

D’un seul cœur

Mais plus bas maintenant profondément parmi les

routes abolies
Ce chant qui tient la nuit
Ce chant qui fait le sourd l’aveugle
Qui donne le bras à des fantômes
Cet amour négateur
Qui se débat dans les soucis
Avec des larmes bien trempées
Ce rêve déchiré désemparé tordu ridicule
Cette harmonie en friche
Cette peuplade qui mendie

Parce qu’elle n’a voulu que de l’or

Toute sa vie intacte

Et la perfection de l’amour.

 

Paul Eluard

LES ETENDUES VERTES


 

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LES ETENDUES VERTES

 

De la paille couvre le pavé de l’écurie

un fer est accroché

comme à l’étrier où je pose tes deux pieds

haras

d’éperons

contre l’étalon

Les naseaux ont soulevé le couvercle du char d’un hennissement vésuvien

La Chambre des Amants

est restaurée

En corps enfant

j’ai assez d’imaginaire pour te retenir détachée dans l’atelier, le lin tolère que le châssis tendu de désir d’un membre équin cogne au bas-flanc

 

Niala-Loisobleu – 20/02/20

 

 

ELLE SE BALANCE POUR AILES


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ELLE SE BALANCE POUR AILES

 

Le sol sans rebond fait qu’on relève la tête avant qu’il fasse jour

elle a senti qu’il fallait nouer une planche aux cordes pour qu’elle vous propulsent en l’air au lieu de vous attacher au sol

Et tout avant de grandir parce qu’après c’est trop tard

 

Niala-Loisobleu – 20 Février 2020

L’EPOQUE 2020/4: DANS L’ATTENTE


L’EPOQUE 2020/4: DANS L’ATTENTE

 

Après les Époques 2018 et 2019, voici le quatrième de cette nouvelle Époque 2020 avec BARBARA AUZOU: Dans L’ATTENTE . Merci de considérer que le poème est indissociable du tableau et vice-versa…

dans l'attente

L’EPOQUE 2020/4 – « DANS L’ATTENTE »
Niala
Acrylique s/toile 61×50

 

 

De tout ce dont on croit avoir fait le tour

Fleur et sable des joues  Eaux et algues des sexes 

Jours vécus à genoux sur l’expérience expropriée

Elle-même de l’âge Parole incapable de se prononcer

Harcelée par ses détours et les maisons qui l’habitent

D’étage en étage pour en assurer un contour à soi seul

Nulle trace de divinité  Mais ce don cette attente

Feu et fer conjugués Cette joie spirituelle sur le grand genêt

De ton visage L’hérésie tremblante de ton amour

Je veux les toucher de mon aile

Ô toi qui ne sais rien

 

 

 Barbara Auzou.

 

RENCONTRE DU TROISIEME TYPE


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RENCONTRE DU TROISIEME TYPE

 

Mon premier si ordinaire que je l’abandonnai à sa suffisance

Mon deuxième à peine entrée que j’avais plus faim

Mon troisième alors me vacilla

tant se dégageai de lui un naturel à trouver l’imaginaire normal

Un langage, où avant la fin de phrase, t’étais en haleine dans le cou de la page suivante

et si simple que malgré sa taille d’Alexandre Dumas et 150 volumes il paraissait effacé dans le kiosque du boulevard où toutes ces jeunes personnes penchaient de l’avant-scène chargée d’une littérature à bouleverser le climat

Vous ai-je dit  qu’il avait toujours un petit-vélo dans sa poche et qu’il adorait allumer dessus l’enseigne « Taxi »

Un Monsieur, disait de lui Tardieu

 

Niala-Loisobleu – 19/02/20

 

 

DES MENAGEMENTS


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DES MENAGEMENTS

Sein Valentin passé je n’attends pas l’an prochain pour un cadeau à mon amoureuse, je profite du moment charmant où arrosant ses fleurs elle en exalte le bleu en le transformant en tubéracées

Des aéronefs de balcon n’est-ce pas signe de parenté avec le gonflement de sa poitrine ?

Ah ses mains , je sens leur pouvoir d’apposition, je cours déjà sur l’eau, grimpe à la cave et descends au mont, l’esprit si plein de grâce que je fais le somnambule dans Hamlet et ne réponds pas à la question subsidiaire: Poètes vos papiers

je continue et sans faire coucou, sors sur le balcon secouer la nappe phréatique genre castor, pour faire barrage à la pénurie d’huiles essentielles

je prie comme un mécréant, allumant plus de bougies qu’un camp délabré de vide-grenier

Tant et si bien que je disparais sans avoir plié mon pantalon ni accroché mon veston

Le sourire qu’elle affiche rassurera je l’espère le likeur idiot ne pouvant comprendre faute d’avoir lu avant…

Niala-Loisobleu – 19/02/20

Fruit venu


Fruit venu

 

Sur l’anse du panier

Un enfant se tient debout

Yeux girophares

Mains fronde

Et pieds dans la merde

Moralité il dit ne me prenez pas pour une bille

Mon sac en est plein

Et l’appeau sans besoin d’acné

 

Niala-Loisobleu – 19/02/20

SON PIED


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SON PIED

Ils lui disent les cors puis leurs ampoules que ça leur fait mal qu’il faut qu’elle marche à leur place et par les trous à sa chaussette elle pleure en se flagellant d’être si injuste

Guignol colère

le gendarme est d’une injustice à enfermer l’innocent pour pas se lever le cul de sa chaise

encouragé en cela par une pleureuse qui trouvera toujours normal d’agir à contresens

Guignol dit:

Le problème est là où il se trouve et où il se trouve on est payé pour le gérer

refiler le bébé c’est du macronisme de bas étage du type aimez-vous les uns à la place de la faute des autres

Sors de ta cage et rends la balle au prisonnier

Tes pieds sont aussi propres que tes mains et puisqu’il faut rendre justice demande un laissez-passer pour l’endroit où on veut avoir ton droit en internat

J’aime ton pied et tes g’noux…

Niala-Loisobleu – 19 Février 2020