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LE VIEILLARD ET LES TROIS JEUNES HOMMES

Un octogénaire plantoit. «
Passe encor de bâtir; mais planter à cet âge!
Disoient trois jouvenceaux, enfants du voisinage;

Assurément, il radotoit.

Car, au nom des
Dieux, je vous prie.
Quel fruit de ce labeur pouvez-vous recueillir?
Autant qu’un patriarche il vous faudroit vieillir.

A quoi bon charger votre vie
Des soins d’un avenir qui n’est pas fait pour vous?
Ne songez désormais qu’à vos erreurs passées;
Quittez le long espoir et les vastes pensées;

Tout cela ne convient qu’à nous.


Il ne convient pas â vous-mêmes.
Repartit le
Vieillard.
Tout établissement
Vient tard, et dure peu.
La main des
Parques blêmes
De vos jours et des miens se joue également.
Nos termes sont pareils par leur courte durée.
Qui de nous des clartés de la voûte azurée
Doit jouir le dernier?
Est-il aucun moment
Qui vous puisse assurer d’un second seulement?
Mes arrière-neveux me devront cet ombrage :

Eh bien! défendez-vous au sage
De se donner des soins pour le plaisir d’autrui?
Cela même est un fruit que je goûte aujourd’hui :
J’en puis jouir demain, et quelques jours encore;

Je puis enfin compter l’aurore

Plus d’une fois sur vos tombeaux. »
Le
Vieillard eut raison : l’un des trois jouvenceaux

Se noya dès le port, allant à l’Amérique;
L’autre, afin de monter aux grandes dignités,
Dans les emplois de
Mars servant la
République,
Par un coup imprévu vit ses jours emportes;
Le troisième tomba d’un arbre
Que lui-même il voulut enter;
Et, pleures du
Vieillard, il grava sur leur marbre
Ce que je viens de raconter.

Jules Laforgue

UN SOIR DE MAI – PIA COLOMBO


UN SOIR DE MAI – PIA COLOMBO

(paroles et musique de Maurice Fanon)

Je me souviens
D’un soir de mai
Pas bien longtemps
Que j’avais mis
Mes chaussons dans les tiens
Et ton lit dans le mien
Un soir de mai
Déjà couchés
Fini d’aimer
Et dans tes bras
Comme une herbe mouillée
Je me balançais

Deux messieurs
Sont entrés dans la chambre
Deux messieurs
Le chapeau de travers
Deux messieurs
Sans frapper ils entrèrent
La botte la première
La police et son clerc
Deux messieurs
Je crois qu’ils te frappèrent

Et sur tes lèvres
Le dernier baiser
Que tu m’as fait
Sans m’embrasser
les menottes aux mains
et tes yeux dans les miens
Et dans mon cœur
Ce sourire en pleurs
Que tu avais
Quand ils t’ont emmené
Comme un drapeau mouillé
qui se balançait

Des messieurs
Sont entrés dans la danse
Des messieurs
Le regard de travers
Des messieurs
Le robe et la rapière
La croix et la bannière
La sentence et son clerc
Des messieurs
Je crois qu’ils te tuèrent

Si tu en reviens
Oh ! Je te le promets
Je te ferai
Un très beau soir de mai
Mes chaussons dans les tiens
Et ton lit dans le mien
Un soir de mai
Déjà couchés
Fini d’aimer
Et dans tes bras
Comme une herbe mouillée
Je me balancerai.

QU’ON TENTE


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QU’ON TENTE

Avant internet sa mère avait échappée au trottoir et son père à la guillotine, parce que la misère de la condition humaine faisait de la femme une lapine et de l’homme un esclave industriel

Sa grand-mère lui disait le Chocolat Menier, en l’endormant la main dans les cheveux. Elle lui racontait le paternalisme. On vivait au village de l’usine qui nous employait, logés par le patron à qui on versait loyer, l’épicerie, le coiffeur, le cordonnier, la boutique de mode, le dispensaire, le café-tabac, le jeu de quilles et la baignade puisque l’ensemble se trouvait en bord de Marne, tout était Menier.

Le salaire ne suffisait jamais à tout payer, alors il nous proposait un crédit

Le paradis

Aujourd’hui elle se dit que les choses ont bien changées, elle est propriétaire de ses fesses et pourrait croire que le droit de cuissage et terminé si la promo canapé était pas en corps vivante

Alors elle rechigne

Pas d’accord avec les copines que ça con vient

Elle s’a fait une bande rôle : « NI PUTE, NI SOUMISE » tellement plus grande que sa petite chambre sous les les toits qu’elle la met dans la rue

Internet arrivé, la voilà qui libère, toujours en recherche d’amour d’elle même

Alors elle zape du matin au soir pour nourrir son addiction

Le like a été inventé pour dire je t’aime

Oui mais qui a vu que c’était l’invention de l’intelligence artificielle qui drivait tout un chacun vers la vente de produits en tous genre…

Je crois que sa grand-mère était plus libre en définitive

A l’époque le travail demandait de la main-d’oeuvre

Aujourd’hui le travail cherche que du robot pour augmenter le profit, l’hameçonnage du like s’évertue à le satisfaire. Le nombre de likeurs qui s’adressent vraiment à toi pour te dire qu’ils t’aiment  est insignifiant par rapport à ceux qui cliquent sans rien regarder

C’est inimaginable de voir comme le ricochet du bidule peut te dépersonnaliser définitivement, le choix est banni tu es soumis et sous surveillance jour et nuit où que tu sois et qui que tu sois

Internet est le plus grand lieu d’infractions à la liberté individuelle

J’en suis  tout comme vous…

Mais de grâce ne me louer pas le like comme un moyen d’expression alors que ça réduit à la muselière, fait pute et soumis…

Niala-Loisobleu – 14 Décembre 2019

GUERRE DES GENRES


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GUERRE DES GENRES

Dans le genre « DUPE » je demande le Père Matcho (par défaut) de pouvoir quémander la Mère du fait que ce nom n’a pas de féminin, ce qui, alors que j’étais très jeune, fixa mon attention sur son côté imposteur de cette lutte des genres en matière de pouvoir dans notre civilisation judéo-chrétienne.

Je suis doté d’un sens de l’observation développé et comme pour moi la femme était mon égale naturel, je me suis étonné de ce point grossier de la comédia del arte dans lequel l’humain s’oppose depuis qu’il a commencé à se tenir vertical. A-t-il vraiment cesser de marcher à quatre pattes ou pire de ramper ? J’en doute en voyant qu’en fin de vie je ne peux constater qu’une mauvaise évolution de l’égalité. Car en fait elle triche plus souvent qu’elle est dans la cause, le combat féministe tenant plus à renverser le pouvoir de l’homme pour le prendre, qu’à passer l’impossible crée par la nature pour parvenir à une égalité effective. Il y a eu et il reste des points de droit  d’une injustice aberrante. Le vote, le contrôle du corps pour ne citer que le plus important, le monde du travail restant le secteur défaillant. Mais le comportement lui sort de la ligne de fond et ne tient absolument pas compte d’une évidence qui se poursuit depuis des siècles: la gouvernance de la femme auquel l’homme-roi cède en toutes choses sous couvert de silence où bizarrement les deux camps sont parfaitement d’accord.

Dans le fond c’est exactement pareil qu’au Parlement. Les députés s’insultent, se reprochent, s’attaquent, complotent, calomnient, sauf quand le vote des salaires passe au vote, personne ne conteste.

Ah la politique politicienne…

Niala-Loisobleu – 14/12/19

MON FRERE – POMME


MON FRERE
En la même circonstance l’heure se fait différente
mêmes gènes qui marchent à contresens selon l’apparence
pourtant
mon frère la seule différence
mis à part le genre
est dans la couleur et la teneur du poil
Sous terre je suis davantage que toi qui est partout dans le ciel
réceptif à chaque étoile
Le vent de la parole me scotche
pendant que toi tu voles de toute ton âme
dans l’éternité du silence
La porte qui nous sépare est si ouverte
que je vis  sur ton seuil
Lunaire sol sol air solaire
Animal conte Biquette/P’tit-Loup
Niala-Loisobleu – 14 Décembre 2019

 

MON FRERE – POMME

 

Tu rêves
Encore
Mon frère
D’un feu
Qui dort
Sous terre
Je sais te lire
À présent
On peut s’enfuir
Défier le temps
Tu rêves
Encore
Mon frère
De lune
Et d’or
Sous terre
Je sais te lire
À présent
On peut mentir
Arrêter le temps
Tu rêves
Encore
Mon frère
Tu rêves
Encore
Mon frère

Jean-Michel Maulpoix


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Jean-Michel Maulpoix

 

Poèmes reproduits avec l’aimable autorisation de l’auteur et de l’éditeur Mercure de France

 

Emma aimait le bleu.

Celui des robes et des rubans que vendent les camelots de passage, ou des stores de soie que l’on tire aux fenêtres des calèches. Celui qui recouvre les livres où l’on parle d’amour.

Celui que laisse dans la tête la musique après que l’on y a dansé.

Elle n’avait pourtant jamais vu la mer.

 

 

(extrait du livre de Jean-Michel Mauploix, Une histoire de bleu, éd. Mercure de France MCMXCIV, 1992, « Dernières nouvelles de l’amour », p.107)

 

 

Ses robes, il faudrait en parler.

 

Cette manière qu’elle a d’en changer. D’en découdre avec la terre, avec le ciel. Ses ourlets blancs qui se déchirent et se rapiècent. Ses défroques d’algues à marée basse sur le sable mouillé. Ses fourrures et ses boléros quand elle s’en va danser au large. Et ce bleu, ce vieux bleu fétiche qui en voit de toutes les couleurs quand elle retrousse ses manches et se met au travail.

Les tentures brodées de myosotis et les miroirs profonds encadrés de faïence avouent quelle nostalgie l’habite. Ici se dissimule une vie recluse de femme, avec ses paquets de lettres noués de rubans violets, ses dentelles mauves, ses coffrets de turquoise, et toute la bijouterie des saphirs, des émeraudes et des perles, la pacotille des verroteries et des pendentifs de nacre, et quantité de fleurs exotiques aux tons indescriptibles piquées dans les vases de porcelaine dont aucune main humaine ne change jamais l’eau.

 

(extrait du livre de Jean-Michel Mauploix, Une histoire de bleu, éd. Mercure de France MCMXCIV, 1992, « Dernières nouvelles de l’amour », p.108)

 

 

 

A Gabrielle Segal « GUERRIERE »


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A Gabrielle Segal  « GUERRIERE »

Cet article paru il y a un jour, avait retenu mon attention par un double-impact: la photo d’abord, de face et percutante , les mots ensuite et l’intention forte de démasquer sa tricherie personnelle.

La réaction des lecteurs marqué par 76 likes et 22 commentaires m’amène à réagir parce qu’à moins de se méfier de moi, pourquoi ne réponds-tu pas, Gabrielle au propos que j’ai mis ? Sans doute aussi, mais ça rejoint la première question, que le doute du vrai et du faux me taraude.

Ce texte qui se veut fort choisit de se tourner vers la faiblesse des propos élogieux. Le paradoxe ne peut être ignoré. C’est un choix. Mais dans ce cas le poème joue un double-rôle, ce pourquoi j’y réponds ici sur mon site étant donné que tu y viens liker dès que j’écris un article.

C’est pourquoi je pense que ce poème d’Alain Jouffroy exprimera limpidement ma pensée, sans griefs et en totale objectivité.

Amicalement, Gabrielle.

LE DOUBLE EN JEU

La lumière est l’aura d’un Narcisse en deuil de lui-même. Coup d’état narcissique, le suicide, auquel me lie la complicité luciférienne, est le moyen le plus
expéditif de renverser le gouvernement de l’Ange.

Me peigner, nouer ma cravate et, surtout, fermer les yeux devant la glace : toilette mortuaire de mon reflet.

Quand je n’y suis pas, mon miroir est vide comme un cercueil (les déménageurs portant une armoire à glace dans la rue, plus sinistres que des croque-morts une bière). Dans
mon enfance, l’armoire à glace — personnage fantomatique dont la tête était constituée par une mappemonde — bougeait selon mes propres mouvements dans le lit.
Aujourd’hui encore, que je supporte le monde suffit à me terroriser moi-même.

Je suis ci-devant Alain Jouffroy. Comme le miroir, je n’ai rien à voir avec moi-même. Et si je joue aussi froidement, c’est que je n’en mettrais plus mes mains au feu : je les
joindrai à ma dernière lettre.

Si J. : le seul mode conditionnel me fait passer au royaume des ombres. D’ailleurs, mon affectation pure et simple implique une sérieuse désaffection. Se faire aux faits, c’est jouer
un jeu par trop fair play. Je préfère la plutôt sombre fête de feu M. Phénix.

Al Capone m’a chaperonné, Messieurs. En tant que forte tête de Turc, j’ai la hautaine nostalgie de Combourg. Pour tuer mon père, François de Chateaubriand, dont ma mère
fut la dernière sylphe, je me suis suicidé en rêve. Au réveil, je suis René.

Mon père ne s’est pas suicidé à vingt ans comme René, son prénom, l’y obligeait. Il a préféré me renier, moi qui, en m’opposant à lui, chargeais ce
prénom de son unique sens. René assume le premier et le dernier rôles qui consistent à passer outre à la fin d’un monde.

Et si je parle de suicide avec tant d’ostentation, c’est sans doute que je suis extrêmement affecté. Affecté par les bruits qui rôdent autour de moi, sur moi. Ma
sensibilité est ombrageuse à ce point que je suis susceptible de ne plus la révéler au grand jour.

Joueur froid — roi des pales de l’hélice du bateau qui passe au large des îles d’Hyères — ô stormglass — le surnom de Thomas Roide que Beyle avait
donné à son ami Théodore Jouffroy vaut pour moi, le plus roide de tous les rois de cartes — le roi de Pique, bien sûr — que j’abats sur la table verte comme
j’abattrai mon double à coups de revolver lors de ce duel que je lui livrerai un soir au fond d’une forêt — de par cette toujours ombrageuse susceptibilité qui fait que je
me bats froid moi-même.

Homme de verre évoluant dans le palais de miroirs sur patins à glace — et point de fuite d’une perspective sociale sans issue — je suis sur le point d’atteindre
l’invisibilité parfaite.

Alain Jouffroy

LA PEAU DU FANTÔME


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LA PEAU DU FANTÔME

Je traîne mon espoir avec mon sac de clous, je traîne mon espoir étranglé à tes pieds, toi qui n’es pas encore, et moi qui ne suis plus.

Je traîne un sac de clous sur la grève de feu

en chantant tous les noms que je te donnerai

et ceux que je n’ai plus.

Dans la baraque, elle pourrit, la loque

où ma vie palpitait jadis ;

toutes les planches furent clouées,

il est pourri sur sa paillasse

avec ses yeux qui ne pouvaient te voir,

ses oreilles sourdes à ta voix,

sa peau trop lourde pour te sentir

quand tu le frôlais,

quand tu passais en vent de maladie.

Et maintenant j’ai dépouillé la pourriture, et tout blanc je viens en toi, ma peau nouvelle de fantôme frissonne déjà dans ton air.

René Daumal

CE  TRAIN QUI EN CACHE UN AUTRE


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CE  TRAIN QUI EN CACHE UN AUTRE

Atmosphère aquatique du squelette terrestre, on en verra bientôt plus que le bassin. Entre vanne et marre lit clapotent les berges. Le chant du merle siffle comme un bruit de lavabo qui se vide. Quel moulin à prières pourrait éponger l’incontinence climatique dans laquelle flottent les esprits. Je compte sur l’éclaircie du jour de grève prochain pour que l’amer à points sèche. L’engagement du sort d’une vie ne vaut-il pas qu’on privilégie la retraite aux ripailles de Noël.

Un jour de réveillon sans glissades d’hiver tient beaucoup plus de chances d’assurances de transports divers pour un avenir sur ses deux jambes…

Niala-Loisobleu – 13/12/19

MARCHEPIED


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MARCHEPIED

 

Au temps qui mouche

entre mes doit d’entrain

fais mon choix sans monter en première

Au loup dressé qui m’appelle

du ventre j’avance

le cri qui lève l’horizon…

Niala-Loisobleu – 13/12/19