OMBRES


ombres

OMBRES

 

Le crayon a roulé jusqu’aux lèvres d’un sol en eau

l’oiseau debout sur la goutte reconstitue les méandres d’un dessin confus

la perpendiculaire  a du glisser en diagonale à un moment ou un autre

la tête n’avait plus toute sa figure

une partie du cou était entrée dans le tunnel

et les pieds n’étaient pas dans la bonne chaussure

on a tout posé par taire

c’était le mieux

le bac pour l’autre rive en plongeant les colonnes au fond du lit avant l’échouage terrestre

a sauver l’idée de notre nativité dans son  dessein…

Niala-Loisobleu – 16/12/19

 

LAMPE FRONTALE


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LAMPE FRONTALE

 

Je m’éclaire dans la zone non recommandable

cet instrument que seul le vent maîtrise

et parvenu au large des miradors

casse l’éolienne des turbulences

 

Niala-Loisobleu – 16:12:19

DÉSESPOIR DU SOLEI


Robert Desnos

DÉSESPOIR DU SOLEIL

 

Quel bruit étrange glissait le long de la rampe d’escalier au bas de laquelle rêvait la pomme transparente.

Les
Vergers étaient clos et le sphinx bien loin de là s’étirait dans le sable craquant de chaleur dans la nuit de tissu fragile.

Ce bruit devait-il durer jusqu’à l’éveil des locataires ou s’évader dans l’ombre du crépuscule matinal?
Le bruit persistait.
Le sphinx aux aguets l’entendait depuis des siècles et désirait l’éprouver.
Aussi ne faut-il pas s’étonner de voir la silhouette souple du sphinx dans les ténèbres de l’escalier.
Le fauve égra-tignait de ses griffes les marches encaustiquées.
Les sonnettes devant chaque porte marquaient de lueurs la cage de l’ascenseur et le bruit persistant sentant venir celui qu’il attendait depuis des millions de ténèbres s’attacha
à la crinière et brusquement l’ombre pâlit.

Cest le poème du matin qui commence tandis que dans son lit tiède avec des cheveux dénoués rabattus sur le visage et les draps plus froissés que ses paupières la
vagabonde attend l’instant où s’ouvrira sur un paysage de résine et d’agate sa porte close encore aux flots du ciel et de la nuit.

C’est le poème du jour où le sphinx se couche dans le lit de la vagabonde et malgré le bruit persistant lui jure un éternel amour digne de foi.

C’est le poème du jour qui commence dans la fumée odorante du chocolat et le monotone tac tac du cireur qui s’étonne de voir sur les marches de l’escalier les traces des griffes
du voyageur de la nuit

C’est le poème du jour qui commence avec des étincelles d’allumettes au grand effroi des pyramides surprises et tristes de ne plus voir leur majestueux compagnon couché à
leurs pieds.

Mais le bruit quel était-il?
Dites-le tandis que le poème du jour commence tandis que la vagabonde et le sphinx bien-aimé rêvent aux bouleversements de paysages.

Ce n’était pas le bruit de la pendule ni celui des pas ni

celui du moulin à café.
Le bruit quel était-il?
Quel était-il?
L’escalier s’enfoncera-t-il toujours plus avant?
Montera-

t-il toujours plus haut?

Rêvons acceptons de rêver c’est le poème du jour qui commence.

 

Robert Desnos

CHANSON


C H A N S O N

 

Mon cheval arrêté sous l’arbre plein de tourterelles, je siffle un sifflement si pur, qu’il n’est promesses à leurs rives que tiennent tous ces fleuves. Feuilles vivantes au matin sont à l’image de la gloire)…

Et ce n’est point qu’un homme ne soit triste, mais se levant avant le jour et se tenant avec prudence dans le commerce d’un vieil arbre,
appuyé du menton à la dernière étoile,
il voit au fond du ciel de grandes choses pures qui tournent au plaisir.

Mon cheval arrêté sous l’arbre qui roucoule, je siffle un sifflement plus pur…
Et paix à ceux qui vont mourir, qui n’ont point vu ce jour.
Mais de mon frère le poète, on a eu des nouvelles. Il a écrit encore une chose très douce. Et quelques-uns en eurent connaissance.

 

Saint-John Perse
Poésie/Gallimard
dessins de Robert Petit-Lorraine

NAUFRAGE INFORMATIQUE


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NAUFRAGE INFORMATIQUE

 

La corde d’ombre prise au gel d’un vers glas

et dans la nudité de connaissance le coeur qui patine

encouragé par une rue qui penche en gargouille au pied du cadran solaire

Passent les heures à écoper en plongée

la machine en naufrage

grand transatlantique aux pieds d’argile

pour relancer l’hélice en surface par le trou de l’éclaircie…

 

Niala-Loisobleu – 15/12/19

 

JOUE ET DORS…


René Char

 

 JOUE ET DORS…

 

Joue et dors, bonne soif, nos oppresseurs ici ne sont pas sévères.
Volontiers ils plaisantent ou nous tiennent le bras
Pour traverser la périlleuse saison.
Sans doute, le poison s’est-il assoupi en eux.
Au point de desserrer leur barbare humeur.
Comme ils nous ont pourtant pourchassés jusqu’ici, ma soif,
Et contraints à vivre dans l’abandon de notre amour réduit à une mortelle providence!
Aromates, est-ce pour vous?
Ou toutes plantes qui luttez sous un mur de sécheresse, est-ce pour vous?
Ou nuages au grand large, prenant congé de la colonne?
Dans l’immense, comment deviner?Qu’entreprendre pour fausser compagnie à ces tyrans, ô mon amie?
Joue et dors, que je mesure bien nos chances.
Mais, si tu me viens en aide, je devrais t’entraîner avec moi, et je ne veux pas t’exposer.
Alors, restons encore…
Et qui pourrait nous dire lâches?

René Char

NOTRE DEMEURE


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NOTRE DEMEURE

Dame de près l’ombre chat sous ta main de peintre

joue
Tandis que l’âge crible la mienne drainant le derme

(et mince taie sur la pupille)
La paume de la nuit en sueur scintille sur la nuit

Une meule d’étoiles se rentre à l’horizon urbain
La lune fardée comme une
Japonaise
Approvisionne là l’immeuble de la nuit
Les feux du stade bordent notre alcôve

Une demande précautionneuse

Cherche ta voix
Que ta diction lente et courtoise exauce

Michel Deguy

PARADISO


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PARADISO

 

Dans les bouts d’aurore accrochés à la nudité des branches

les cris des gibbons arrivent au dernier souffle des chevaux de la rue de Vaugirard

Sur la mer du Nord le hareng sort du vomi

de bière, les marins du chalutier de Bonne Espérance tiennent difficilement le cap sur leur jambes. Les filles avec lesquelles ils ont dégorgés sentaient la saumure dans laquelle ils embarquent leurs rêves en campagne

La patronne a du noir dans l’oeil, j’ai ouvert le hublot pour tirer un saut de bleu  dans la  ligne d’horizon

Des guirlandes de rues que les sapins tiennent, l’harmonium s’est tu en même temps que le ronflement du projecteur du cinéma Paradiso. L’enfant et le vieillard marchent entouré d’oiseaux. De la douleur qui sort sur le trottoir devant la vitrine du traiteur, les cartons du trottoir libèrent le chien qui sert de couverture à Ulysse, le SDF échoué là. Il montre à tout le monde la photo jaunie d’une femme sortie de son portefeuille vide, en disant elle s’appelait Pénélope. Avant pendant qu’elle tricotait, j’allais à la pêche au Graal

Les bouées de Niki de Saint-Phalle arc-en-cielent de leur gros ventre le glauque du jour, le long du chenal

tour à tour, les oiseaux de mer que l’enfant promène à quai, nettoient leurs yeux. Il les conduira dans la salle et les fera s’asseoir pour leur passer le film d’une histoire autre qu’un conte de Noël où un âne promène des sauts d’ô sur un vieux manège…

 

Niala-Loisobleu – 15 Décembre 2019

CHANT CHORAL


Le caillou que l’amer roule

La pluie de trop

Cette méprise d’un orgueil non concerné

Tout un savoir évident de la nécessité vitale de la forêt et l’expansion des tronçonneuses

Le reproche jeté à la face qui n’appartient qu’à l’accusateur

En fait la pendule qui n’indique que le choix de son clocher met la lune en place du soleil et trompe l’estran dans sa fonction

L’homme ne gére que ses fausse notes pas la nature

Etre con au point d’aimer la vie prouve une intelligence contestée…

Niala-Loisobleu – 14/12/19