Mois : décembre 2019
À LA FONTAINE DE JOUVENCE

À LA FONTAINE DE JOUVENCE
Les nymphes sont installées sur le rebord de la vasque de la fontaine.
Les unes rajustent leur chevelure sur le miroir d’eau, les autres folâtrent et se jettent des poignées d’eau sur la frimousse et les seins.
Plus loin, les gouttes d’eau anthropomorphes se couchent dans le lit de la rivière.
Solitaires ou par couples, les jeunes amoureux sommeillent éparpillés autour de la fontaine.
LA
NYMPHE
DE
LA
MER
BALTIQUE
que peigne la Vénus Hottententote.
Les jeunes amoureux qui écrivent sur l’eau
Font dodo à la belle étoile
Ou à l’enseigne de la lune
Ou à l’hôtel des quatre vents
Ou à l’auberge du bon
Dieu.
Non que le long des francs bords des cours d’eau
Les lieux couverts où pernocter fassent défaut !
VÉNUS
HOTTENTOTE
Il y a les bateaux-lavoirs
Et les moulins à l’abandon.
YAMUBA-PIED-MENU
Les arcades des aqueducs
Et les chalands mis au rancart.
ÉGÉRIE
TOMAHAWK
Sans oublier les gabions de chasseurs
Les grottes des temps primitifs
Ni surtout la maison de
Jeanne.
LA
NYMPHE
DE
LA
MER
BALTIQUE
Seulement quand le cœur s’embrase
Entre les draps soyeux de la reine des nuits
Et que sur les épaules de la bien-aimée
Coule une ardente chevelure de comète
La volupté a des manières scrupuleuses
Et les caresses qu’on échange se vouvoient…
Un unique inconvénient
Dans ce genre de résidence :
L’abaissement du thermomètre.
Les jeunes amoureux qui écrivent sur l’eau
Y obvient avec une aisance remarquable,
Ils sautent carrément les mois
Les mois lâches et imbéciles
Qui chaque année donnent asile
Au froid…
Quelques pas d’élan et hop là
De septembre on passe en avril
Du dernier ramoneur gesticulant en noir
A la première primevère
«
Je n’ai jamais aimé que vous »
Ils se reprochent ce faisant
D’escamoter du coup de gui l’an neuf,
Les grandes orgues de
Noël
Et le vieillard munificent à barbe blanche
Mais les enfants dont s’amourachent
Les jeunes amoureux qui écrivent sur l’eau
Ne reçoivent point de cadeaux
Faute d’être assidûment sages
Et leur bonheur ne se tient pas dans ces parages.
Deux chats,
Maître
Mitis et
Grippeminaud, entrent encore tout engourdis de sommeil.
Ils finissent de se chausser.
MAÎTRE
MITIS
Moi je suis le potron
Minet
Foin de jour sans potron
Minet !
GRIPPEMINAUD
Moi je suis le patron
Jacquet
Foin de jour sans patron
Jacquet !
MAÎTRE
MITIS
Potron !
GRIPPEMINAUD
Patron !
MAÎTRE
MITIS
Minette !
GRIPPEMINAUD
Jacquette !
MAÎTRE
MITIS
Moi je rime avec baronnet
Avec jeunet, avec finet !
GRIPPEMINAUD
Et moi je rime avec coquet
Avec muguet, avec bouquet.
maître mitis aux nymphes.
Il oublie que patron
Jacquet
Rime aussi avec foutriquet.
grippeminaud aux nymphes.
Il oublie que potron
Minet
Rime aussi avec sansonnet.
LA
NYMPHE
DE
LA
MER
BALTIQUE
Les matous sortent de leurs gonds.
VÉNUS
HOTTENTOTE
Leurs regards jettent feu et flammes.
YAMUBA-PIED-MENU
Maître
Mitis fait le gros dos.
ÉGÉRIE
TOMAHAWK
Et
Grippeminaud se hérisse.
Les matous sont près de bondir l’un sur l’autre et de régler leur différend à coups de pattes et de dents.
LA
NYMPHE
DE
LA
MER
BALTIQUE
Il faut à tout prix éviter la rixe.
Elle pose l’index sur le front en signe de réflexion.
Communiquons à chacun d’eux
L’adresse d’une famille de rats.
Maître
Mitis,
Maître
Mitis !
Le chat s’approche d’elle.
Elle lui parle à l’oreille.
Au pied du quatrième arbre en aval.
Le chai s’éloigne à toute allure.
Grippeminaud,
Grippeminaud !
Même manège.
Au pied du quatrième arbre en amont.
Le chat s’en va du côté opposé.
La nymphe souriant aux trois autres :
Les adresses sont fausses naturellement…
Une alouette huppée entre en tirelirant.
L’ALOUETTE
Tire lire tire lire lire
Tire lire tire lire
Ion.
Foin de matin sans tirelire.
Elle se penche sur la vasque et buvotte.
LE
CHŒUR
DES
NYMPHES
Huppée,
Parlouse ou
Locustelle
Ou
Cochevis ou
Rousseline
Ou bien
Pipele, ou bien
Lulu,
Alouette gentille alouette,
Alouette nous t’attraperons !
L’ALOUETTE
Tire lire, tire lire lire
Gentes nymphes que me ferez-vous ?
LA
NYMPHE
DE
LA
MER
BALTIQUE
Moi je t’arracherai les ailes
Pour grimper au septième ciel !
VÉNUS
HOTTENTOTE
Moi je t’arracherai les pattes
Pour en fabriquer des grigris.
YAMUBA-PIED-MENU
Moi je t’arracherai les plumes
Pour peindre des kakémonos.
ÉGÉRIE
TOMAHAWK
Et pour gratter mon calumet
Moi je t’arracherai le bec.
Elles se précipitent vers l’oiseau qui se juche sur un mascaron de la fontaine.
L’ALOUETTE
Pas avant que le ciel ne tombe
Pas avant que le ciel ne tombe
Elle tirelire deux ou trois fois encore et tire un trait jusqu’au zénith.
LE
CHŒUR
DES
NYMPHES
La mauviette, c’était pour rire…
Perché sur la dernière corne de la lune le coq
Brahmapoutre picore
Us premiers grains de lumière.
LE
COQ
BRAHMAPOUTRE
Cocorico, cocorico,
Le coq
Brahmapoutre c’est moi.
Foin de jour sans coq
Brahmapoutre.
Cocorico, cocorico,
Quoi qu’on en dise je préfère
La perle au moindre grain de mil.
Je me plais à rendre service.
Souvent, je m’arrache la crête
Pour l’offrir à des communiantes
En quête de coquelicots.
S’adressant aux nymphes :
Des communiantes ou des nymphes…
La nymphe de la mer
Baltique,
Par quatre fois il s’arrache la crête et la lance aux quatre nymphes.
La
Vénus
Hottentote,
Yamuba-Pied-Menu,
Egérie
Tomahawk.
LE
CHŒUR
DES
NYMPHES
Mille mercis coq adroit et matois
Et
Brahmapoutre en outre.
LE
COQ
BRAHMAPOUTRE
Cocorico, cocorico.
Tous les cocoricos des alentours
Sont nés de ma gorge tonnante
Tous les coquelicots de ma crête incarnat.
Chaque fois que le vieux de la montagne
S’approprie le coq de l’église
Je me mets à la disposition du curé
Et j’accepte d’être vissé
Sur le clocher en attendant qu’on ait
Coulé le nouveau coq de bronze
Que le vieux accaparera.
Mon désir de me rendre utile
Ne va néanmoins pas jusqu’à me faire agir
Dans le sens du petit lapin oriental
Qui se faisait cuire lui-même.
On a beau me chercher partout
Quand il est question de sacrifier
Un coq à
Esculape et nul ne me verra
Jamais spontanément me mettre
Dans la cocotte d’Henri quatre
Le tenant de la poule au pot.
Du temps que j’attachais de l’importance
Aux vaines fumées de la gloire
J’ai livré maints combats de coqs
Et terrassé maints crève-cœur
Nègres soie et coucous de
Rennes
Cocorico, cocorico
Ceci soit dit sans vanité.
Les nymphes déambulent au milieu des jeunes amoureux endormis.
Au loin sonne le premier coup des matines.
LE
CHŒUR
DES
NYMPHES
Frère
Jacques
Frère
Jacques
Dormez-vous
Dormez-vous
Sonnez les matines
Sonnez les matines
Ding, ding, dong
Ding, ding, dong.
Entre en voltigeant le spectre de
Corne d’Aurochs grimé en musicien de la
Samaritaine.
Il tire de son chalumeau rustique les plus déplorables flonflons qui aient jamais écorché des oreilles.
Il joue ensuite le réveil militaire et le chante.
LE
SPECTRE
DE
CORNE
D’AUROCHS
Soldat lève-toi (ter)
Bien vite
Soldat lève-toi (ter)
Bientôt.
Les jeunes amoureux qui écrivent sur l’eau sortenl un à un du sommeil, qui bâillant, qui s’étirant, qui faisant le gros dos, qui se frottant les yeux.
Ils conspuent le spectre, l’injurient, le sifflent.
Ils lui lancent des épluchures à la tête.
DES
VOIX
Sortez-le
Chassez-le
Noyez-le
Pendez-le
Confisquez-lui son chalumeau rustique,
Envoyez-le à la caserne.
Haro.
LE
SPECTRE
DE
CORNE
D’AUROCHS
C’est bien je regagne mon tertre funéraire
Les vivants ne savent plus goûter l’ironie.
Il s’enfuit en voltigeant sous l’averse de jurons et d’épluchures.
LA
NYMPHE
DE
LA
MER
BALTIQUE les yeux au ciel.
L’aube, l’aube, le soleil.
VÉNUS
HOTTENTOTE
Il enjambe la colline.
YAMUBA-PIED-MENU
Il plonge dans la ravine.
EGÉRIE
TOMAHAWK
Il inonde la vallée.
Les nymphes flagellent à coups de fleurs les jeunes amoureux qui tardent à se lever.
LE
CHŒUR
DES
NYMPHES
Point de lard engeance apathique.
Les êtres qui se lèvent tard sentent le rance.
A la rivière à toutes jambes
A la rivière, au bain, au bain.
Les jeunes amoureux se prêtent volontiers aux exigences des nymphes et vont faire leurs ablutions sur un petit morceau de plage pompeusement nommé
Deauville à cause d’une ou deux pincées de sable.
La nymphe de la mer
Baltique parodiant la coutume militaire fait l’appel.
Elle lit les noms inscrits sur une feuille de lierre géante.
LA
NYMPHE
DE
LA
MER
BALTIQUE
Huon-de-la-Saône.
LA
NYMPHE
DE
LA
MER
BALTIQUE
Le vieux prophète de
Cormeilles.
UNE
VODC
Présent !
LA
NYMPHE
DE
LA
MER
BALTIQUE
Le factotum
Jean-Pierre !
une vorx
Présent!
LA
NYMPHE
DE
LA
MER
BALTIQUE
Le charmant disciple d’Apelle,
Mademoiselle
Trois-Etoiles.
une vont
Absents ils accourront guilleret, guillerette
Quand ils auront fini de se conter fleurette.
LA
NYMPHE
DE
LA
MER
BALTIQUE
Robin-pëche-en-eau-de-boudin.
une voix
Présent !
LA
NYMPHE
DE
LA
MER
BALTIQUE
Je vois le nain
Onguent-Miton-Mitaine
Je vois la fille du passeur d’Adam
Je vois
Fanchon, je vois
Aline
Je vois…
Tandis que la nymphe continue son appel et que les
appelés vont se jeter à la rivière, entrent les gouttes d’eau anthropomorphes.
LES
GOUTTES
Un’, deux, trois
Quatre gouttes
Quat’, cinq, six,
Le ruisseau…
Six, sept, huit,
La rivière
Huit, neuf, dix,
L’océan
Dix, onz’, douze,
Le nuage.
Un’, deux, trois,
Quatre gouttes.
Les jeunes amoureux font leurs ablutions sous le regard attendri des nymphes.
Quelques jeunes amoureuses sèchent assises dans des nénuphars.
LA
NYMPHE
DE
LA
MER
BALTIQUE
O cette gouttelette bleue
Sur le nez d’une bien-aimée
Assise dans un nénuphar.
un jeune amoureux à sa bien-aimée.
Les baisers appris avec toi
Je les sais sur le bout de l’ongle
Les baisers appris avec toi
Je les sais sur le bout du doigt.
LE
CHŒUR
DES
JEUNES
AMOUREUX
Les baisers appris avec toi
Je les sais sur le bout de l’ongle
Les baisers appris avec toi
Je les sais sur le bout du doigt.
LA
NYMPHE
DE
LA
MER
BALTIQUE
Un pinceau à travers la bouche,
Un pinceau à travers le cœur
Et suivi de
Mademoiselle
Trois-Etoiles
Arrive à l’impourvu
Renot
Le charmant disciple d’Apelle…
Le voici qui de but en blanc
Plante son chevalet sur l’eau.
—
Cher homme, il s’inquiète si peu des convenances
Et traduit l’ombre d’un baiser dans son langage,
Image hors ligne et hors commerce il va sans dire.
Les jeunes amoureux s’ébattent à tel point que la plupart des plantes et des animaux aquatiques projettent de s’expatrier.
Les nymphes courent après les cygnes, les canards, les libellules, les poissons et les moucherons qui s’enfuient et les ramènent à leur place.
LA
NYMPHE
DE
LA
MER
BALTIQUE
aux animaux.
Ne craignez rien, fragiles bêtes
Que leur turbulence effarouche
Ils sont parfaitement honnêtes,
Ils ne sauraient faire de mal à une mouche.
S’il arrive par aventure
Qu’une
Aline ou qu’une
Fanchon
S’établisse à cheval sur une libellule
En partance pour le point culminant des joncs
Ne criez pas à la crapule,
Ce n’est jamais sans le gré de l’insecte…
A peine si ces frêles sylphides au reste
Pèsent quatre grains de scrupule ;
A l’égard de la densité
Elles ont tant de parenté
Avec la gaze et l’amadou
Que les bonnes mamans
Des vilains garnements
Qui se blessent à tout
Bout de champ les genoux
Dans leurs ébats
Acroba-
Tiques
Envisagent parfois de les accommoder
Au pansage des
Ecorchures.
En l’occurrence, je vous jure
Leur vie ne tient plus qu’à un fil
On a du mal à les arracher au péril
Les empêcher de finir en charpie
Sous les griffes de ces harpies.
LES
VILAINS
GARNEMENTS
Bonnes mamans on est blessé
Bonnes mamans on est tombé
Sur un tesson de bouteille.
LES
BONNES
MAMANS
Ah mon
Dieu !
LES
VILAINS
GARNEMENTS
On va mourir bonnes mamans
Conservez vos petits enfants.
LES
BONNES
MAMANS
Par les dents gâtées qui nous restent
Et par le sang de
Jésus-Christ
Il nous faut arracher ces enfants à la mort.
Elles viennent d’apercevoir
Aline et
Fanchon qui s’avancent légères.
Voici venir de la gaze qui marche.
Elles se ruent sur les deux jeunes amoureuses, leur passent des crocs-en-jambe, les jettent à terre et entreprennent de les réduire en charpie.
ALINE
ET
FANCHON
se débattant désespérément.
Ohé ohé les jeunes amoureux
Venez nombreux, venez bien vite
Sauver
Fanchon
Sauver
Aline
Leur vie ne tient plus qu’à un fil
Atropos ouvre ses ciseaux
Ohé, ohé les jeunes amoureux
Venez nombreux, venez bien vite
Sauver
Fanchon
Sauver
Aline,
Leur éviter de finir en charpie
Sous les griffes de ces harpies.
Les bonnes mamans s’acharnent sur leurs victimes.
LA
NYMPHE
DE
LA
MER
BALTIQUE
Du pied du col de la
Furka jusqu’en
Camargue,
Des
Pyrénées espagnoles jusqu’à
Royan,
De
Saint-Germain source
Seine jusqu’à
Honfleur
Et du mont
Gerbier-de-Jonc jusqu’à
Saint-Nazaire,
Ainsi que de n’importe où jusqu’à n’importe où
La nouvelle s’élance comme un ricochet,
Le vent l’emporte sur ses ailes
Et la passe à un marinier.
VÉNUS
HOTTENTOTE
Le marinier la prend dans sa péniche
Et la passe à un éclusier.
«
Aline et
Fanchon tirent à leur fin. »
YAMUBA-PIED-MENU
L’éclusier la passe au meunier «
Aline et
Fanchon tirent à leur fin. »
ÉGÉRIE
TOMAHAWK
Le meunier la passe aux oiseaux
Qui séjournent sur son beffroi
«
Aline et
Fanchon tirent à leur fin. »
LA
NYMPHE
DE
LA
MER
BALTIQUE
Et les oiseaux s’en vont à tire-d’aile
Porter partout la terrible nouvelle.
Les nymphes imitent le vol et le cri des habitants du ciel.
LE
CHCEUR
DES
NYMPHES «
Aline et
Fanchon tirent à leur fin
Aline et
Fanchon tirent à leur fin. »
LA
NYMPHE
DE
LA
MER
BALTIQUE
S’arrêtant de danser dans l’eau
Ou de faire des ricochets
Ou encore de chevaucher des demoiselles,
Les jeunes amoureux qui écrivent sur l’eau
A pied, à cheval, en péniche ou à la nage
Convergent sans retard vers le champ de carnage,
Apportent le salut aux agnelles pascales,
Les cajolent, leur font cadeau
Des meilleures pointes d’asperges
Et les ayant assises dans des nénuphars
Ils font des ricochets pour leur être agréables.
Alors corrompu à prix d’or
Par les zoomanes séniles
De la
Société protectrice des animaux,
Le mercenaire à tant le mot
De la gazette des scandales
Glisse dans la cervelle atone
Des fidèles de ses colonnes
Une calomnie de nature
A jeter la défaveur sur
Les jeunes amoureux qui écrivent sur l’eau
Sans fiel au demeurant envers les bêtes
Sans en ôter un iota,
Voici l’archétype des contes
De ma mère l’oie que le scribe
Verse à torrents sur ses pratiques.
La nymphe déplie la feuille publique et lit à haute voix : «
Les fléaux du genre équidé. »
Elle s’adresse aux jeunes amoureux :
C’est vous mes petits « les fléaux ».
Elle lit :
«
Les fléaux du genre équidé »
Soit notoire à chacun que ces jeunes barbares
En rupture de préhistoire
Ces jeunes amoureux qui écrivent sur l’eau
Sous l’ombre de l’hydrographie (sic)
Sous le couvert du ricochet
Déciment nos chevaux des chemins de halage.
LA
NYMPHE
abaissant le journal.
Notons qu’à ses repas le scribe est hippophage.
Elle lit :
On ramasse une pierre plate,
—
Une de ces pierres qu’à l’âge
Paléolithique on taillait
En vue de fabriquer des haches —
On prend un œil d’agneau sans tache,
On fait semblant de viser la surface
De la rivière… et le coup part
Et comme par hasard,
Comme par
Maladresse, le projectile
Va traverser de part en part
Le flanc d’un mammifère périssodactyle
—
Faut-il pas mériter les sommes rondelettes
Venant de la boite à
Perette
Le trust des marchands de péniches
Automobiles
LA
NYMPHE
DE
LA
MER
BALTIQUE
brandissant la gazette :
Et d’étayer avec sang-froid
Ce procès-verbal inexact
De documents photographiques
Où le prétendu point d’impact
Est signalé par une croix
Elle jette la gazette.
Et d’interviewer pour la frime
Quelqu’une de ces prétendues victimes
Séduites l’on s’en doute
A coup de
Picotin,
A coups d’ignobles dithyrambes
Par exemple : «
Votre crottin
Même en jouant dessous la jambe
Fait du meilleur engrais que celui du voisin
Le cheval de l’Apocalypse. »
Les balourds
Les individus faits à la diable,
Les figurants,
Les pupazzi,
Les « regardez-moi quand je passe »
Les pleins d’eux-mêmes à leur place
Se dresseraient sur leurs ergots
Et députeraient tout de go
Leurs témoins au sale
Jacquot
Colporteur d’échos
Apocryphes,
Dispensateur de coups de griffes
Ternisseur de réputation…
Les jeunes amoureux qui écrivent sur l’eau
Ne prêtent aucune espèce d’attention
Aux cris publics, aux riens sonores eux
La bouillie pour les chats leur est inférieure
On ne s’amuse pas à mettre
Flamberge au vent devant un gendelettre
Quand on a les grandes eaux de
Versailles
Dans la tête.
Remue-ménage, tohu-bohu, clameurs parmi les jeunes amoureux.
Visant à méduser les jeunes amoureuses
Qui écrivent sur l’eau, les jeunes amoureux
Qui écrivent sur l’eau font quelquefois semblant
D’être de méchants cachalots
Venus des lointains océans
Décimer la gent des sirènes.
VÉNUS
HOTTENTOTE
Après s’être plongés au fond
Ils remontent à la surface
Avec un bout de goémon
Collé à la hâte à la face
En manière de moustache de cétacé
—
Ces monstres n’ont pas de moustache et on le sait.
YAMUBA-PIED-MENU
Lors fendant l’eau jusqu’à la grève
A grand renfort de grimaces horribles
De singuliers reniflements,
Ces cachalots nageant l’over arm stroke
Et la nage de la grenouille
Et celle du simple toutou
Vont dévorer voracement
Les pieds menus des filles d’Eve
Assises dans des nénuphars
Et leurs ébats provoquent des raz de marée.
ÉGÉRIE
TOMAHAWK
Du fait les pécheurs orthodoxes
Les considèrent comme des salops
Ou, pour être plus véridiques : des cochons
D’abord parce que ça rime riche avec bouchons
Et puis à cause des difficultés sans nombre
Qu’ils trouvent à s’accommoder
Sur l’orthographe du vocable
A double forme qu’est « salaud ».
LA
NYMPHE
DE
LA
MER
BALTIQUE
Les uns penchent pour « op »
Et les autres pour « aud ».
VÉNUS
HOTTENTOTE
Certains mêmes, des patapoufs
Qui décidément penchent trop
YAMUBA-PIED-MENU
Finissent par tomber dans l’onde en faisant « plouf ».
ÉGÉRIE
TOMAHAWK
La fille du passeur d’Adam, le lendemain
Ramène leur cadavre au bout de son harpin.
les pêcheurs penchant pour « op ».
C’est à cause du féminin ;
Tandis que salaud fait salaude
Salop faisant salope est plus péjoratif.
les pêcheurs penchant pour « aud ».
Plus péjoratif, c’est hors de conteste,
Mais infiniment plus agreste.
les pêcheurs penchant décidément trop.
Glou glou glou glou glou glou
Glou glou glou glou glou glou !
LA
NYMPHE
DE
LA
MER
BALTIQUE
En marge des fanatiques
Du plaisir halieutique
Il se trouve un galopin
Qui se nomme
Armand
Robin.
Suivies des jeunes amoureux les nymphes approchent à pas de velours de
Robin-pêche-en-eau-de~boudin, lequel guette son bouchon dans le bief du moulin.
Il leur fait un signe qui peut se traduire par : «
N’amortissez pas le bruit de vos pieds; au contraire… »
LA
NYMPHE
DE
LA
MER
BALTIQUE
Il se trouve un galopin
Qui se nomme
Armand
Robin
Qui pêche pour rien, qui pêche
Pour rire et n’est pas de mèche
Avec les vieux polissons
Qui s’en prennent aux poissons.
VÉNUS
HOTTENTOTE
Plongeant dans l’onde sa ligne
Avec une joie maligne
II pêche, mais chut, motus
Tout un tas de détritus.
YAMUBA-PIED-MENU
Les bouts de bois, les savates
Les seaux
ÉGÉRIE
TOMAHAWK
les vieilles cravates
VÉNUS
HOTTENTOTE
Les pneus
YAMUBA-PIED-MENU
les cerceaux rouilles
LA
PILLE
DU
PASSEUR
D’ADAM avec une pointe de jalousie.
Les cadavres de noyés.
HUON-DE-LA-SAÔNE,
LE
VIEUX
PROPHÈTE
DE
CORMEILLES,
LE
FACTOTUM,
LE
CHARMANT
DISCIPLE
D’APELLE
Ils scandent leurs paroles.
Un-jour-il-ra-mè-ne-in-tacte
La-co-pie-con-for-me-à-1’ac-te
Qui-pro-cla-me-er-d’en-bâ-ton
Dab-bonne-ne-An-dré-Bre-ton
Mern-bre-sous-ca-pe-à-l’an-glai-se
De-l’A-ca-dé-mie-Fran-çai-se.
JEANNE
DE
BRETAGNE
Quelquefois, pour se distraire
Le hasard type arbitraire
Accroche à son hameçon
Une sorte de poisson.
MADEMOISELLE
TROIS-ETOILES
Lors, ce galopin décroche
La pauvre petite
Loche
LE
CHARMANT
DISCIPLE
D’APELLE
Si c’en est une, bien sûr !
MADEMOISELLE
TROIS-ÉTOILES
Et la replonge en ses murs.
LE
CHŒUR
DES
NYMPHES
ET
DES
JEUNES
AMOUREUX
Afin de prouver qu’il pêche
Pour rire et n’est pas de mèche
Avec les vieux polissons
Qui s’en prennent aux poissons.
Les jeunes amoureux qui écrivent sur l’eau acclament chaleureusement
Robin-pêche-en-eau-de-boudin et le portent en triomphe.
Ils lancent des épluchures à la tête des pêcheurs orthodoxes se sauvant sous l’averse et vont participer à la ronde des gouttes d’eau anthropomorphes qui chantent
toujours la même antienne, les quatre nymphes à cheval sur leurs épaules.
LES
GOUTTES
Un’, deux, trois,
Quatre gouttes,
Quat’, cinq, six,
Le ruisseau,
Six, sept, huit,
La rivière,
Huit, neuf, dix,
L’océan,
Dix, onz’, douze,
Le nuage,
Un’, deux, trois,
Quatre gouttes,
Quat’, cinq, six,
Georges Brassens
‘’Le Grand Combat’’ (1927) Henri Michaux
‘’Le Grand Combat’’
(1927) Henri Michaux
‘’Le Grand Combat»
«Il l’emparouille et l’endosque contre terre ;
Il le rague et le roupète jusqu’à son drâle ;
Il le pratèle et le libucque et lui barufle les ouillais ;
Il le tocarde et le marmine,
Le manage rape à ri et ripe à ra.
Enfin il l’écorcobalisse.
L’autre hésite, s’espudrine, se défaisse, se torse et se ruine.
C’en sera bientôt fini de lui ;
Il se reprise et s’emmargine… mais en vain.
Le cerceau tombe qui a tant roulé.
Abrah ! Abrah ! Abrah !
Le pied a failli !
Le bras a cassé !
Le sang a coulé !
Fouille, fouille, fouille,
Dans la marmite de son ventre est un grand secret
Mégères alentour qui pleurez dans vos mouchoirs ;
On s’étonne, on s’étonne, on s’étonne
Et vous regarde,
On cherche aussi, nous autres, le Grand Secret.»
Analyse
Ce poème, en vers libres mais ponctués, est le récit, bien annoncé par le titre, parfaitement explicite
et bien organisé selon l’ordre chronologique, en suivant une trajectoire très nette, d’un violent corps à
corps entre deux personnes, puis de la recherche d’un «secret», qui rassemble un public, mais qui
est finalement éludé.
Si le poème exprime la vision du monde que se faisait Michaux, un monde de souffrance où il n’y a
que des vainqueurs et des vaincus, il étonne d’abord par les mots inconnus qu’il présente, car le
poète, voulant dépasser la langue commune, pratiquait une alchimie du verbe pour exprimer une
agressivité dont l’objet, la nature du «Grand Combat» et du «Grand Secret», demeure finalement
énigmatique.
Au premier vers, nous sommes jetés dans ce combat dont les acteurs demeurent mystérieux. Avec
cette absence complète de référents que se permet la poésie, ils ne sont désignés que par deux
pronoms personnels : «Il», le sujet, et «le», l’objet.
Le «il» est une force à l’identité inconnue et aux contours imprécis dont l’aspect physique est tu. Son
action est exprimée, selon une syntaxe correcte, par l’accumulation de onze verbes pour six vers qui
sont des inventions lexicales, des néologismes hybrides. Très proches des onomatopées, ils frappent
d’abord par leurs sonorités suggestives qui créent un effet de violence burlesque, presque
rabelaisienne, leur caractère insolite évoquant des combats barbares d’un autre temps, d’incongrues,
répétées et cruelles atteintes au corps d’un adversaire. Puis le lecteur cherche à rapprocher de
manière logique le signifiant (brutalité des sonorités, articulations fortes, longueur des termes) du
signifié (action violente suggérée par l’apparence sonore du mot). En tentant de décrypter le signe, on
lui fait perdre son caractère arbitraire. Peu à peu, des significations se créent, des relations
surprenantes s’établissent, et, de proche en proche, se tisse un réseau de sens possibles. En fait, il
n’y a pas, parmi ces inventions lexicales, que des verbes, mais aussi des substantifs et même une
locution adverbiale.
Étonnent d’abord «emparouille» et «endosque», dont la sonorité, cependant, est proche de celles de
verbes familiers, «emparer» et «écrabouiller», «endosser» et «esquinter». Ainsi, «emparouille» et
«endosque» seraient des sortes de mots-valises, et ne laissent aucun doute sur la violence de
l’action en cours, car ils connotent l’agression, la brutalité, l’écrasement. D’ailleurs, ces deux verbes
anarchiques ont-ils à peine été proférés qu’on se retrouve en terrain (c’est le cas de le dire !) connu
avec les mots «contre terre», l’allitération en «k» marquant la dureté de la chute. Ce complément de
lieu indique, dès la fin du premier vers, le point atteint dans le déroulement du combat. D’emblée, l’un
des adversaires est donc déjà vainqueur puisque l’autre est terrassé : il a le dos «contre terre», il ne
restera donc plus qu’à le réduire, le tourmenter, l’achever.
Au deuxième vers, les verbes «rague» (créé sur «draguer»? sur l’anglais «rag», la victime serait alors
brutalisée comme si elle était une pièce de tissu?) et «roupète» (créé sur «rouer», «rouer de
coups»?), par leur juxtaposition et par le retour du «r» initial, suggèrent la répétition d’actions qui vont
de part en part du corps écrasé, et le nom «drâle» laisse sous-entendre «râle», bruit rauque de la
respiration chez certains moribonds, d’autant plus qu’on peut y voir une contraction de l’expression
courante «dernier râle».
Au vers 3, l’accumulation et la répétition sont bien marquées par l‘utilisation redondante de «et» pour
marquer l’énergie. Et l’accumulation est bien traduite par la longueur du vers qui, selon les règles
implicites du vers libre (chaque vers bénéficie d’un souffle égal, ce qui fait que le vers court est dit
plus lentement, le vers long plus rapidement), doit être dit avec vélocité. En «pratèle», on peut
entendre «râtelle», qui ferait du corps du vaincu une chose impuissante qu’on peut, tout à son aise,
parcourir de pointes aiguës ; ou «martèle». Cette impuissance permet même de lui imposer des
sortes de baisers méprisants, «libucque» faisant penser à une action des lèvres et de la bouche.
«Barufler les ouillais» serait «donner des baffes sur les oreilles», comme on le fait aux enfants qu’on
veut corriger, car, dans «ouillais» on peut retrouver «les ouïes», qui sont, en français familier, les
oreilles qui, quand elles sont frottées, font crier «ouille», onomatopée exprimant la douleur.
3
«Tocarde» connote l’idée de donner des coups, le tocard étant, dans le monde de la boxe, celui qui
n’est plus capable que d’en recevoir. «Marmine» montre la victime si impuissante qu’elle n’est qu’une
sorte de marmite dans laquelle on peut faire tourner les mains dans tous les sens.
Après «manage», qui pourrait être inspiré par l’anglais «to manage» (manoeuvrer, manier, conduire),
apparaît un autre néologisme qui est, cette fois, une locution adverbiale, «rape à ri et ripe à ra»,
paronomase, amusante contrepèterie où, aux verbes «rape» et «ripe», sont adjoints des adverbes
fantaisistes et pourtant évocateurs, comme créés sur le modèle de «de ci, de là», ou de «ric-rac», de
«à hue et à dia», formules utilisées dans la langue parlée.
Dans un vers plus court, et donc prononcé plus lentement, comme il convient pour l’étape la plus
cruciale, est signifiée, au terme d’une gradation nette, la réduction totale de la victime,
«écorcobalisse» pouvant être rapproché d’«écorcher», comme d’«abaisser», étant en coup cas
signifiant par la seule allitération en «k».
Au vers 7, il y a, dans le récit, changement de focalisation. Elle se fait maintenant sur la victime, qui
n’existait que dans le pronom complément «le», mais devient un actant, un sujet désigné plus
nettement par «l’autre». Cependant, n’ayant été toujours que passivité, indécision, faiblesse,
repliement, retraite, elle s’emploie, comme l’induit le pronominal réflexif de «s’espudrine», «se
défaisse», «se torse», «se ruine», dans une autre accumulation significative, à son auto-destruction
qui, le vers étant long, se fait même dans la précipitation. Les néologismes sont de moins en moins
étonnants : «s’espudrine» semble pouvoir se traduire par «tombe en poudre», et les autres sont
évidents.
Toutefois, le poète ménage une péripétie dans le déroulement du drame : après avoir de nouveau, au
vers 8, voué la victime à sa fin, la première partie du vers 9 envisage une réaction ; «il se reprise»
n’est pas un néologisme très étonnant («il reprend de la vigueur») ; «s’emmargine» l’est un peu plus
(«se met en marge», «se dégage», «s’éloigne» de son adversaire). Au-delà des points de
suspension, la condamnation tombe à nouveau.
Le vers 10 est une sorte de sentence qui, semble-t-il, ne porte pas que sur la seule victime du combat
évoqué, mais sur tout être humain dont c’est le vide intrinsèque et la puérilité invétérée qui sont
caricaturées par ce cerceau (l’être humain réduit à son enveloppe) à qui on a donné une impulsion
initiale, qui a roulé (n’a fait que répéter toujours les mêmes gestes pour se retrouver toujours dans la
même posture), c’est-à-dire vécu, et qui, finalement, cesse sa course absurde.
Les cinq vers suivants, courts donc allongés pour insister sur les événements, sont marqués d’un net
dynamisme, provoqué par trois groupes ternaires qui semblent résumer le déroulement du combat.
C’est d’abord l’exclamation censée être guerrière, «Abrah ! Abrah ! Abrah !» (qui pourrait avoir été
faite sur le modèle du «Abraxas» des rituels magiques, qui est devenu «abracadabra» dans la langue
populaire). Puis sont décrites de façon tout à fait claire trois stations du calvaire. Enfin, résonne un
ordre qui est répété sans que soit indiqué qui parle, et à qui ; on peut tout de même supposer qu’on
s’adresse au «il» du début, et l’invitation à fouiller dans la marmite du ventre de la victime semble
bien avoir été annoncée par le «marmine» du vers 4. Cette recherche du «Grand Secret» à l’intérieur
du corps pourrait être un souvenir de cette recherche de l’âme à laquelle se livrèrent les premiers
médecins qui osèrent procéder à des dissections.
Soudain, non sans une ambiguïté (le vers 16 est lié à la fois au vers 15 et au vers 17, ce qui
expliquerait que la ponctuation, pourtant soigneusement appliquée partout ailleurs soit, là,
défaillante), est interpellé un public qui est caricaturalement populaire, comme l’indique le mot
«mégères», vieilles femmes promptes à s’émouvoir, mais badaudes curieuses de découvrir un
(indéfini à remarquer) «grand secret», ce que marque la répétition de «on s’étonne» (autre groupe
ternaire au vers 18) qui pourrait rendre la propagation de plus en plus loin de cet étonnement. Les
trois derniers vers sont donc des paroles dites par les mégères (leur caractère populaire est encore
exprimé par «nous autres» qui vient redoubler «on»), par le public, par l’humanité entière, comme
cela apparaît quand, d’un «grand secret», on passe au «Grand Secret», alors écrit avec des
majuscules, comme l’est «Grand Combat», ce qui établit bien le lien qui unit le premier syntagme
qu’est le titre et le dernier syntagme : il faut mener le «Grand Combat» pour trouver le «Grand
Secret», qui, toutefois, demeure secret !
4
Dans cette parodie d’épopée (le titre solennel et les hyperboles étant contredits par les burlesques
inventions verbales, par la discordance populaire de la fin), le lecteur a été invité à la recherche d’un
sens. Mais la détermination de celui-ci a été d’abord rendue difficile par l’emploi de mots chimériques,
par le recours à ce qu’on appelle justement le «nonsense». Le sens (le secret de la vie et de la mort)
devrait être livré à la fin du texte, mais, et pour cause, ne l’est pas. Le poète semble vouloir, de même
qu’il s’est moqué du langage, se moquer de cette préoccupation métaphysique. Mais il avoua que, ce
secret, «il l’a depuis sa première enfance soupçonné d’exister quelque part», tandis que, dans ‘’Les
ravagés’’ (1976), il allait évoquer ces «Têtes du passé qui savent la nuit de la vie, le secret,
I’Innommable horrible sur quoi l’être s’est appuyé.»
Le poème figura dans le recueil »Qui je fus » (1927).
André Durand
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NOUS PORTONS LE DESTIN DES MOTS
NOUS PORTONS LE DESTIN DES MOTS
Nous portons le destin des mots
du ciel et de l’enfer
Les mots du nord
sont enveloppés de fourrures de
rennes
Les mots du sud
gonflés d’un soleil de plomb
Dans ces hémisphères
Dieu et Lucifer
se sont perdus
l’aube est sans prophètes
Anise Koltz
JAZZ-BAND
JAZZ-BAND
Dans ce
salon
où l’on
danse j’arbore mon rire orchestre
des plantes
des lampes décor flamesque fausses amours gaieté d’emprunt
Un mastodonte auprès d’un colibri trouve le temps moins long
Les guêpes, les guêpes
Pick-pocket opérant à la faveur des jeux olympiques
Le pianiste tripotant et ventripotent
Un officier raconte ses frasques
Un ami me présente sa maîtresse un autre une cigarette
Le nègre saboule son banjo le rythme de mon pouls les cellules de mon cerveau je cherche un équilibre
Le calabrisme ou la cachucha.
Pendant un solo de hautbois un monsieur fait du remue-ménage
C’est un négociant en bois cela se lit sur son visage.
Un souvenir gracieux comme un parasol et l’âme, incane canéphore, frissonne toute en son entéléchie.
Le mur suinte
Les guêpes, les guêpes
Ce que j’ai?
LE
SPLEEN
CLOWN
DU
DANDY
J’ai sommeil
quel intérêt cela a-t-il?
Allons prendre l’air
mon rire claque comme un drapeau mouillé
Paul Neuhuys
VENTS RAPPROCHES 1

VENTS RAPPROCHES 1
Le Château d’If noyé et le masque de faire ignoré je réunis les vents pour obtenir la fumée blanche des cardinaux
Par le début d’un regard tes bretelles glissent
l’air s’en pare
L’esquisse de ton visage empâte et structure le motif du cap pris de toute sa voilure
et la nacre de la peau sans fard, le coquillage pousse sa concrétion calcaire, les premières roses d’hiver s’assemblent aux fragrances fauves d’un soleil tapis dans l’oeil du chien….
Niala-Loisobleu – 20 Décembre 2019
DANS LES RAILS

DANS LES RAILS
Le vent revient plus tard du chemin reconnu
Les mains pendent au bord du livre
Tête nue l’homme traverse l’heure l’éclair le champ perdu
Sur la pointe où le ciel se fixe
L’étoile et son pignon
Quand les raies de couleurs arrêtent l’horizon
Une roue se détourne l’eau s’éveille en sueur
et les berges ruissellent
Une fenêtre glisse un regard imprévu
Entre le coin du mur et la flèche de l’arbre
Une ombre qui remue
Pierre Reverdy
AUX FORGES DE L’ATELIER 1

AUX FORGES DE L’ATELIER 1
Le bruit du pilon au fond du mortier et des fleurs naissent dans les yeux de l’amoureuse
Le bruit du pilon au fond du mortier et se dressent sur la crête des vagues les embruns du ventre
Le bruit du pilon au fond du mortier et de la blancheur des villages la cuisse chaude des guitares talonne
Le bruit du pilon au fond du mortier et dans l’haleine cardée de deux seins fruités s’ouvre la paume du compotier
Le bruit du pilon au fond du mortier et la toile de lin bleuté se tend au châssis du squelette humain recharné
Le bruit du pilon au fond du mortier et l’oiseau retourne peindre de sève d’amour la branche de l’arbre qui mord, naît la Lumière…
Niala-Loisobleu – 19 Décembre 2019
Le Bonheur- Jean Villard Gilles
Le Bonheur- Jean Villard Gilles
Paroles et musique de Jean Villard Gilles (1948)
Quand l’aurore aux accents
D’une flûte champêtre
Saute sur ma fenêtre
Annonçant le beau temps
Quand au sommet du jour
Le soleil, dans sa force
Fier et bombant le torse
Fait rouler son tambour
Ou quand le soir descend
En posant sur la ville
Ses douces mains tranquilles
Dans mon ravissement
Je pense à ce bonheur
Dont nous rêvons sans cesse
Mais la simple sagesse
Me dit avec douceur
Le bonheur est chose légère
Que toujours, notre cœur poursuit
Mais en vain, comme la chimère
On croit le saisir, il s’enfuit
Il n’est rien qu’une ombre fugace
Un instant, un rayon furtif
Un oiseau merveilleux qui passe
Ravissant mais jamais captif
Le bonheur est chose légère
Il est là comme un feu brûlant
Mais peut-on saisir la lumière
Le feu, l’éclair, l’ombre ou le vent
En ce siècle de peur
De misère et de guerre
Il est pourtant sur terre
De très simples bonheurs
Ils sont là sous la main
Faits de très humbles choses
Le parfum d’une rose
Un beau regard humain
C’est le souffle léger
De l’enfant qui sommeille
C’est l’amitié qui veille
Et le pain partagé
Et puis voici qu’un jour
Le bonheur qu’on envie
Entre dans notre vie
Sur l’aile de l’amour
Le bonheur, dans le grand silence
De la nuit, c’est sur le chemin
Le bruit clair de ton pas qui danse
Ta main que je tiens dans ma main
Le bonheur, c’est toi, source vive
De l’amour, dans son vert printemps
Quand la nuit, dans mes bras captive
J’entends ton doux gémissement
Le bonheur, c’est de croire encore
Amants, que nous verrons un jour
Resplendir l’éternelle aurore
Qui sait, d’un immortel amour…
LES PARASITES

LES PARASITES
La Charente en proie à la balade coule à présent à travers le territoire matérialisant la chambre
le lit embarque sur le tapis tous le rêves du chevet
les chevaux de la peau lisse montée avec
on aurait pu croire qu’avant il y avait un buis crucifié au-dessus de la tête du lit
mais ce cauchemar relève d’une autre histoire
celle d’un mec qui fait irruption dans le seoir et plonge tout dans le noir avec l’aide d’une sorcière qui cuisine la vipère…
Niala-Loisobleu – 19 Décembre 2019



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