AQUA TEINTE


1e815818ca09f1c78f77e17820142d3e

AQUA TEINTE

Si jamais j’oublie resèche-moi la mémoire

la pluie manque de toi pour se sentir à l’abri

Le cheval cherche le gai pour passer l’averse horizontale sur un trottoir vertical

englouties dans la terre molle les empreintes en appellent aux lèvres du labour

pour pas que le cri araire rouille

J’ai vu le vol de l’oiseau emporté par le flot entre les jambes couchées de la forêt

Si jamais j’oublie

balance vite la bouée de tes seins

je reconnaîtrai entre toutes la voie de ton soleil.

Niala-Loisobleu – 17/10/19

A CHAQUE VIE D’ÊTRE VECUE


A CHAQUE VIE D’ÊTRE VECUE

 

Au bord de ce qui s’espère, que de pluie déborde, emportant au torrent l’embarcadère

Les plots ignoreraient-ils les cordes qui libèrent par leur pouvoir d’attache ?

Qui n’a pas son chemin de croix au travers de l’oliveraie échappe au sens intrinsèque  de la verticalité d’un simple glissement des yeux

Tellement sûr de son amour qu’elle tend sa joue pour amortir le coup

Devant le rétrécissement de l’air l’oiseau lui-même doit sortir la godille et venir à la fenêtre accrocher le drapeau d’un exemple de vie sans retenir l’esprit dilué d’un système informatique propre à dissoudre

Dans le respect de toute croyance et l’énoncé de ma laïcité je ne retiens du voile que le moyen de locomotion par traversée

Je salue les pierres à écrire bordées des charpentes de ma première ardoise où la craie à musique a posé tes initiales avant de me permettre de te rencontrer

Je fais de toi ma dernière chanson.

 

Niala-Loisobleu – 17 Octobre 2019

 

René Guy Cadou – A chaque vie d’être vécue (1951)

Devant cet arbre immense et calme
Tellement sûr de son amour
Devant cet homme qui regarde
Ses mains voltiger tout autour
De sa maison et de sa femme

Devant la mer et ses calèches
Devant le ciel épaule nue
Devant le mur devant l’affiche
Devant cette tombe encor fraîche

Devant tous ceux qui se réveillent
Devant tous ceux qui vont mourir
Devant la porte grande ouverte
A la lumière et à la peur

Devant Dieu et devant les hommes
A chaque vie d’être vécue.

***

René Guy Cadou (1920-1951) – Hélène ou le règne végétal (1951)

 

SACCADES


7dfe683c021f4d5bd0c7901bb94625d9

SACCADES

Rentre tout de même ta récolte incendiée.

Et va-t’en, les mains ouvertes, le sang dur.

Il reste une enclave inconnue dans ce corps séparé,
Une route dans ma route,

Et la rauque jubilation de l’espace affamé.

La lumière affectionne les torrents taris,
Les lèvres éclatées…

Va-t’en, la maison est en ordre,
L’épieu du vent la traverse.

Dans la vieille ferme éventrée
Ou vint s’abattre leur lanterne,

Lui s’attable et coupe le pain,
Elle, commence à souffrir…

Des parcelles de vérité

Criblent ma voix sans l’ensemencer,

A l’écart pourtant de la mort volubile,
De l’atroce feuillage aimanté.

Langue de pain noir et d’eau pure.
Lorsqu’une bêche te retourne
Le ciel entre en activité.

Nos bras amoureux noircissent,
Nos bras ouvriers se nouent.

Juste la force

De basculer dans le ravin

Notre cadavre successif

Et ma bibliothèque de cailloux.

Ta nuque, plus bas que la pierre,

Ton corps plus nu

Que cette table de granit…

Sans le tonnerre d’un seul de tes cils,
Serais-tu devenue la même
Lisse et insaisissable ennemie
Dans la poussière de la route
Et la mémoire du glacier?

Amours anfractueuses, revenez.
Déehirez le corps clairvoyant.

Longtemps l’angoisse et ses travaux de vannerie,

Soudain cette ombre qui danse au sommet du feu
Comme une flamme plus obscure.

Longtemps les affres et le ploiement

D’un verger soupçonné au défaut de nos fers,

Soudain le furieux sanglot, le dernier rempart,

Et la maison ouverte, inaccessible,
Que le feu construit et maintient.

Frivole agonie tournoyante,
Une femme effrayée de rajeunir
Tombe inanimée pour qu’il neige.

Où es-tu, foudre errante de la forêt

Dont on m’annonce la venue,
Dont on m’épargne la rencontre?

Les invités s’éloignent sous les arbres.

Je suis seul.
Une étoile.
Une seconde étoile.

Plus proche encore et plus obscure,

Et leur complicité dans l’atonie
Pour clouer le cœur.

Reste le seul battement

D’une minuscule agonie désirable

Dans les hauts jardins refermés.

La scansion de l’affreux murmure te dégrade Écourte ta journée, enterre tes outils.

J’adhère à cette plaque de foyer brûlante,
Insensible…

Je rends ton enfant à la vague.
Je tourne le dos à la mer.

Reconquise sur le tumulte et le silence Également hostiles,

La parole mal équarrie mais assaillante
Brusquement se soulève
Et troue l’air assombri par un vol compact
De chimères.

Le tirant d’obscurité du poème
Redresse la route effacée.

L’immobilité devenue

Un voyage pur et tranchant,

Tu attends ta décollation
Par la hache de ténèbres
De ce ciel monotone et fou.

Ah, qu’il jaillisse et retombe,
Ton sang cyclopéen,
Sur les labours harassés,
Et nos lèvres mortes!

Dans l’attente à voix basse

De quelque chose de terrible et de simple
Comme la récolte de la foudre

Ou la descente des gravats…

C’est la proximité du ciel intact

Qui fait la maigreur des troupeaux,

Et cet affleurement de la roche brûlante.

Et le regain d’odeurs de la montagne défleurie…

Sommets de vent et de famine,

Motet insipide, fureur des retours,

Je redoute moins la déchéance qui m’est due

Que cette immunité

Qui m’entrave dans ses rayons.

Terre promise, terre de l’éboulement.
Malgré les colonnes, malgré le tambour.

Mon corps, tu n’occuperas pas la fosse

Que je creuse, que j’approfondis chaque nuit.

Comme un sanglier empêtré dans les basses branches
Tu trépignes, tu te débats.

Le liseron du parapet se souvient-il d’un autre corps
Prostré sur le clavier du gouffre?

Jette tes vêtements et tes vivres,
Sourcier de l’ordinaire éclat.

Le glissement de la colline
Comblera la profondeur fourbe,
L’excavation secrète sous le pas.

Le calme s’insinue avec l’air de la nuit
Par les pierres disjointes et le cœur criblé

A la seconde où tu as disparu
Comme une écharde dans la mer.

Je touche et tes larmes et l’herbe de la nuit-Allégresse mortelle, est-ce toi?

La lumière deviendra-t-elle argile dans mes mains
Pour la modeler à ta ressemblance, 0 mon amour sans visage?

Qui va tresser au pied de la combe
L’osier coupé par ces enfants?

Qui peut mourir encore

Comme une aggravation de la lumière,

Comme un accroissement du calme?

Parole déchiquetée,

Four une seule gorgée d’eau
Retenue par le roc,

Parole déchiquetée,
Fiente du feu perpétuel,

Éclats de la pierre des tables.

 

 

Jacques Dupin

 

 

Rentrons le corps d’élite à l’abri des rayons X

la maison des vents  est visée par le détournement graveleux de la confusion des genres

On furète dans le supermarket d’internet

horizontal  ment sous vocable vertical

Ernesto se garde Roberto pour tuteur

 

Niala-Loisobleu – 17 Octobre 2019

 

TRETEAUX LE SOIR


P1050793

TRETEAUX LE SOIR

Une maison d’oiseau sur sa branche

dans ta veste ma salle de bien

puis dans ma poche le caillou traversier

un pied sur la pédale  et le reste en danseuse

de

Médrano

petite écuyère de Chagall tournant sur ses pointes

Pendant que le do tourné, passe un nuage, le soleil se remet Barbara en platine « Quand reviendras-tu ? » dit la voix off aussitôt abattue par sa plus belle histoire d’amour c’est vous

Sans se recoiffer le triangle des Bermudes remet l’avion dans sa culotte

et le pilote dans le droit chemin du pays bleu

Un rabbin  tire le chandelier à sept-branches du pinceau et l’allume, Marc dit ça Vava

Je sors les seins balles de la veste et m’embauche chez peint d’air pour jouer avec les ours dans la parade à la loyale

Le chien noir montre qu’à son âge on peut en corps avoir du caractère

Niala-Loisobleu – 16/10/19

ENTRE TIEN EMOI 116


cropped-a5ac5ac76d480f42d4dd0e744a5bf8c81

ENTRE TIEN EMOI 116

La banalité de l’époque voudrait paraître qu’elle ne se montrerait pas mieux. D’où la poussée d’un essentiel se passant d’efforts. Ne rien chercher. Laisser venir pour garder l’âme des choses. Et sortir des états creux de situations vides. Les propositions se faisant admiratives ne sont destinées qu’à faire reluire le donateur. Cesser aussi de faire paraître ce qui a vu jour dans un désir d’enfant à deux. Le voyeurisme entaché par son dédain de l’intime. Depuis NOUS en début d’année plus de 60 témoins ont succédé à la barre. Le jardin est riche d’un état d’absolu qui l’appelle au secret afin de n’être pas gaspillé

Tu écris à l’imprimé du tableau, je peux te voir par le déboutonné de la veste

Ta chaise remue, bat des pieds, chauffe du coussin

De mon côté dans ce no man’s land qui précède l’expo le pinceau a la tête à l’envers et le chevalet reste attaché à l’anneau

Pourtant sous l’averse la mer chantonne, on voit les gabiers à quai et les filets qui sont en tas avec les bouées de marquage. La file des curieux fait le tour du phare, on n’y voit rien en plein jour

Je flotte dans la pensée d’un autre voyage, tu t’approches d’un temps d’arrêt attendu. De la musique en cours nous avons éteint Vianney comme une contre-référence

Où est la Bande à Bertin, compagnons de ma jeunesse

Laetitia, l’horreur, fait chaque jour la couverture, l’idole s’est pris entièrement le terrain

A  part tes seins, ce qui tombe rien ne relève la flamme chaude de l’arbre en automne

La pierre pompe de l’eau de quoi tenir les vessies hors des lanternes, ma poète quand au bout des bras j’accrocherais les Eaux-Neuves de cette Epoque, la douleur aux reins me fera sourire comme quand tu me dis de venir à toi

Les labours appellent en corps des boeufs à l’attelage

le cheval auprès de la porte dessine des fleurs pour couper le barreau des cages

J’ai la langue à la mangeoire comme un itinéraire en trace

Un tel désir de vivre nos couleurs.

Niala-Loisobleu – 16 Octobre 2019

 

NOTRE CLOSERIE


79a57ef016d13eb2ecdb2bbce25a9622

NOTRE CLOSERIE

 

La discipline de notre vannerie aidant, la clôture est de tresse morale. Ma, toi tu sais au naturel qu’habiter ensemble  pour raison d’amour ne s’exhibe sous aucun prétexte. Les murs peuvent être la grande toile de tes seins en vol, la végétation luxuriante de ton amazonie fertile, la chute de tes reins sur deux rochers en sable blanc d’un inviolable bord de mer transparent, eaux limpides en caresses d’une innocence permissive dévoilant le cru des laves. Tout comme dans les plongées sous-marines mon périscope monte  à ta vue. L’arbre est soie, la menthe à large feuille , les tomates à chien et le gibbon une des parades de l’aube. Entendez les effusions volatiles  comme le souffle clair d’une respiration sans encombres asthmatiques. La Closerie n’est pas un club échangiste qui ferait vitrine pour sa promotion.

L’âme du poète couvre tout, autour de ses chemins surréalistes sortant des terres incultes, à l’écart des déserts médiocres. Les Citées Enfouies sont à l’inverse des Titanic des lieux vivants et non des épaves à musique et table du commandant vacante.. Il faut aborder la Légende pour sa Traversée. Ses joies comme ses souffrances, puisque l’un dépend complètement de l’autre.

Le Beau ne peut être caché

Cela n’entend pas qu’on puisse le piétiner à loisir avec ses sabots boueux.

 

Où te chercherai-je

Si je n’ai la clef

Des mille serrures ?

Sous la mer qui bat

Comme un cœur dément

Ou bien dans l’écume amère des nuits ?

Comme une racine

Qui surgit des vagues

J’aurai cru parfois

Pouvoir te saisir

Mais le souvenir

De nouveau s’efface

Sous l’eau la plus vide.

Il me restera

De croire au matin

Contre tout espoir

D’être cet enfant

Qui apprend à vivre

Et qui tient sa lampe

Comme une fleur triste

Battue dans le vent.

Hélène Cadou

 

Est-il un matin que l’on a bordé la veille, qui malgré nous, ne peux se tordre le pied en se levant , Non. Chaque existence trouve thérapie dans l’échange. Donner ne doit pas pour autant devenir synonyme de prendre.

Niala-Loisobleu – 16/10/19

 

Celui qui entre par hasard


Celui qui entre par hasard

Celui qui entre par hasard dans la demeure d'un poète
Ne sait pas que les meubles ont pouvoir sur lui
Que chaque nœud du bois renferme davantage
De cris d'oiseaux que tout le cœur de la forêt
II suffit qu'une lampe pose son cou de femme
A la tombée du soir contre un angle verni
Pour délivrer soudain mille peuples d'abeilles
Et l'odeur de pain frais des cerisiers fleuris
Car tel est le bonheur de cette solitude
Qu'une caresse toute plate de la main
Redonne à ces grands meubles noirs et taciturnes
La légèreté d'un arbre dans le matin.

René Guy Cadou

ob_781d93_helene-et-rene-guy-cadou-s

Toi
Dans une tour de soleil
Toi
Dans la terre
Avec mes ongles retournés

Toi
N'en déplaise aux loups
Qui cernent mon sommeil
Toi
Dans la mer
A la pelure fraîche lavée

Avec les mille doigts du bonheur
Avec le fuseau des heures enlacées
Avec les continents à la dérive

Toi
Dans la chambre où je veille
Épaule contre ma joue
Fougère qui parle dans les vitres
Arbre du sang qui me dessine
Toi
A plein coeur à pleine voix
Toi
Dans les souvenirs à venir
Pour l'enfant que nous n'avons pas.

Hélène Cadou

Au regard d’Hélène…


Malene

 

Au regard d’Hélène…

 

L’orage roule à tomber des paquets de mer assez forts pour noyer ce qui reste de grands moments d’amour de ce temps. Hélène et René Guy Cadou sur mon échelle je crois vous voir tout en ô. A l’image de la grandeur qui s’efface vous êtes vivants. Le moins qu’on puisse dire c’est que la vie n’a pas été à la hauteur de votre amour. C’est ça la grandeur. Rien du cinéma Dali, ni de la chanson tournée d’Elsa et de Louis, mais d’une autre manière  avec les douleurs d’Eluard. Bretagne battue au sang, Hélène, le large dans les yeux tu l’as mis en Brocéliande et à longueur de landes votre amour absolu.

Au regard d’Hélène je suis pris d’un sentiment à me transpercer, il y a la pierre bâtie du premier jour au dernier, un Roman au tympan sur ses colonnes qui retourne toujours à sa promesse, comme l’estran que rien n’arrête.

Niala-Loisobleu – 15 Octobre 2019

 

 

 

 

 

Biographie

Les parents d’Hélène Laurent sont instituteurs, comme ceux de René Guy Cadou, qu’ils connaissent.

Elle nait à Mesquer le  ; la famille s’installe à Pornichet en 1925, et à Nantes à partir de 1929. Elle fait ses études secondaires au lycée Gabriel-Guist’hau, puis poursuit des études de lettres et philosophie. La tuberculose, contractée dès 1938, perturbe ses études. Elle s’intéresse à la poésie, lit Brancardiers de l’aube de René Guy Cadou à leur parution en 1937, et participe en 1943 avec un petit groupe d’étudiants à l’édition d’un recueil, Sillages, sous la houlette de Julien Lanoë : elle y écrit sous le pseudonyme de Claire Jordanne3. C’est en allant avec ce petit groupe d’amis rencontrer le jeune poète pour lui demander le parrainage du recueil qu’elle fait la connaissance de René Guy Cadou, le , sur le quai de la gare de ClissonN 1. Dès le lendemain, une correspondance littéraire et amoureuse s’établit entre eux, rapidement suivie de nouvelles rencontres et de longues fiançailles. Elle passe quelques mois de l’hiver 1943-1944 à Bordeaux, où sa sœur Jeanne vient d’être nommée professeur de philosophie. René Guy Cadou vient la voir : on trouve la trace de ces trois jours de ferveur amoureuse dans l’œuvre de Cadou (« Lormont », et « Rue du Sang » in La Vie rêvée). Ils se marient le , alors que René Guy est devenu à la rentrée 1945 instituteur titulaire à Louisfert, près de Châteaubriant. Ils vivent dans la maison d’école du village. L’été, ils font quelques voyages : à Paris chez Michel Manoll, à Orléans chez le peintre Roger Toulouse, à Saint-Benoît-sur-Loire sur la tombe de Max Jacob, dans le Puy de Dôme. Elle participe intensément à la vie d’amitiés et de correspondances poétiques de René Guy Cadou, notamment avec les amis de l’école de Rochefort : Yanette Delétang-TardifMichel ManollJean RousselotJean BouhierLuc BérimontMarcel BéaluLucien Becker, le peintre Pierre Penon, entre autres. Elle écrit peu durant cette période (« Trois poèmes d’Hélène », P.A.B. (Pierre-André Benoit) Alès, 1949, 49 ex. HC).

Après la mort de son époux, le , elle quitte Louisfert pour exercer le métier de bibliothécaire à Orléans jusqu’en 1987, où elle est accueillie par des amis de René Guy Cadou, notamment, le maire, Roger Secrétain, le conservateur de la bibliothèque Georges Bataille et le peintre Roger Toulouse dont elle reprend d’ailleurs l’atelier du quai Saint Laurent pour y résider de 1952 à 1954. Elle travaille avec Georges Bataille jusqu’à la mort de celui-ci en 1962, puis avec François Hauchecorne qui lui succède, et devient conservateur.

Elle développe à Orléans une activité culturelle intense, notamment en tant que présidente du Centre d’action culturelle d’Orléans et du Loiret, puis de la Maison de la culture (MCO – Carré Saint-Vincent) de 1967 à 1975. Elle collabore notamment pour ce projet avec Louis Guilloux. Elle est nommée Chevalier dans l’ordre du Mérite en 1975, et reçoit le Prix Verlaine en 1990.

Elle écrit à Orléans une grande partie de son œuvre poétique : ses deux premiers recueils paraissent chez Seghers en 1956 et 1958, mais c’est à partir de 1977 que paraît l’essentiel de son œuvre, chez Rougerie et chez Jacques Brémond : 23 recueils entre 1977 et 2003. Elle termine les études de philosophie qu’elle avait dû interrompre en 1944 pour des raisons de santé, et soutient pour sa maîtrise un mémoire intitulé « Méditation sur le thème de la mort dans “Poésie la vie entière” de René Guy Cadou ». Elle prend sa retraite en 1987, ce qui lui permet de consacrer beaucoup de temps, outre sa propre écriture, à la popularisation de l’œuvre de René Guy Cadou en intervenant dans de nombreux lieux à travers la France, souvent avec les chanteurs qui ont interprété la poésie de René (Martine CaplanneÉric Hollande). Elle revient habiter Nantes en 1993, pour y créer avec l’aide de la Ville et dans des locaux prêtés par elle dans l’immeuble de la Médiathèque le « Centre René-Guy-Cadou ».

« La Demeure René-Guy-Cadou » à Louisfert photographiée en 2011.

Jusqu’en 2008, elle partage son temps, entre l’école de Louisfert, l’été, et Nantes, l’hiver. L’école de Louisfert est devenue « La Demeure René-Guy-Cadou », musée maison d’écrivain, pour laquelle elle avait entrepris des démarches auprès de la commune de Louisfert jusqu’à obtenir l’accord de la municipalité pour en faire un lieu de mémoire du poète ; elle en a été la conservatrice. La Demeure, propriété de la commune de Louisfert, est gérée par la communauté de communes du Castelbriantais et une association de gestionN 2. À Nantes, le fonds René-Guy-Cadou est géré par la bibliothèque municipale de Nantes. Hélène Cadou a fait don de l’ensemble des manuscrits et correspondances de René Guy Cadou à la ville de Nantes. Ses propres manuscrits y sont aussi déposés.

Elle meurt le 4.

Bibliographie

  • Benoît Auffret, thèse de doctorat « Mort et vie en poésie : l’expérience poétique d’Hélène Cadou »5
  • Benoît Auffret, Hélène Cadou « La Signature d’une herbe : Hélène Cadou poète », l’Harmattan 2001 (texte remanié de la thèse de doctorat)6
  • Un numéro spécial de la revue À contre-silence lui est consacré en 1990, ainsi que le numéro 12-13 de la revue « Signes : René Guy et Hélène Cadou » (éditions du Petit véhicule, Nantes) et « Itinérances (Hélène et René Guy Cadou) » (conseil général de la Loire-Atlantique)
  • Sous le signe d’Hélène Cadou, 2010, éditions du Traict. Ce livre, conçu par Christian Renaut, est placé sous le signe de l’amitié et de la poésie ; il réunit des écrivains, poètes, chanteurs, artistes et amis d’Hélène Cadou, « une des plus belles voix poétiques de notre époque »7
  • Article dans le Dictionnaire des Écrivains Bretons du xxe siècle (direction de Marc Gontard, Presses Universitaires de Rennes, 2002)
  • Cortèges d’anges et de pommiers, article de Bernard Pivot dans Le Journal du dimanche8

Anthologies

  • Zeit zum Leben / Le temps de vivre, 21 poètes de Bretagne (traduction en allemand de Rüdiger Fischer, éditions En forêt, 2010)
  • Traversée d’océans, Voix poétiques de Bretagne et Bahia (traduction en portugais de Dominique Stenesco, éditions Lanore, 2012)
  • Quand on n’a que l’amour (éditions Bruno Doucey, 2015)
  • Bris de vers : les Émeutiers du xxe siècle (éditions Bruno Doucey, 2016)

Publications

  • Trois poèmes, P.A. Benoît, 1949
  • Le bonheur du jour, Seghers, 1956
  • Cantate des nuits intérieuresSeghers, 1958
  • Les pèlerins chercheurs de trèfle, Rougerie, 1977
  • Le jour donne le signal, Les Cahiers du Val Saint-Père, Caen, 1981
  • En ce visage, l’avenir, J. Brémond, 1977 (réédition 1984)
  • Miroirs sans mémoire, Rougerie, 1979
  • « L’Innominéé », Jacques Brémond, 1980, accompagnés de sept encres originales de Jean-Jacques Morvan, réédité en 1983, chez le même éditeur
  • Le jour donne le signal, Le Pavé, 1981
  • Une ville pour le vent qui passe, Rougerie, 1981
  • Longues pluies d’Occident, Rougerie, 1983
  • Poèmes du temps retrouvé, Rougerie, 1985
  • Demeures, Rougerie, 1989
  • Mise à jour, Librairie Bleue, 1989
  • L’instant du givre, R. Bonargent, Châteauroux, 1993
  • Retour à l’été, Maison de Poésie / Éditions Serpenoise / Presses Universitaires de Nancy, 1993
  • La mémoire de l’eau, Rougerie, 1993
  • Le pays blanc d’Hélène Cadou, avec des photographies de Christian Renaut, Jean-Marie Pierre, 1996
  • Le livre perdu, Rougerie, 1997
  • C’était hier et c’est demain, préface de Philippe DelermÉditions du Rocher, 2000
  • De la poussière et de la grâce, Rougerie, 2000
  • Si nous allions vers les plages, Rougerie, 2003
  • Une vie entière : René Guy Cadou, la mort, la poésieéditions du Rocher, 2003
  • Le Prince des lisièresRougerie, 2007
  • Blanc, c’est un pays, poèmes extraits du Prince des lisières, illustrations de Nathalie Fréour, éditions Siloë, Nantes, 2010
  • Le Bonheur du jour, suivi de Cantate des nuits intérieures, réédition de ses premiers recueils, préface de Jean Rouaud. éditions Bruno Doucey, 20129

LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE


ae6b12d7485b0c06bb5aab4cc1cb7dcb

LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE

Passé le genou où la main se creuse

comme une semence qui germe

en soulevant un peu la terre,

je vais vers ton ventre comme vers une ruche endormie.

Plus haut ta peau est si claire

que les jambes en sont nues pour tout le corps

et mon regard s’y use

comme au plus tranchant d’un éclat de soleil.

Au-delà, il y a ta lingerie qui sert à t’offrir

et à colorer mon désir.

Tes cuisses, lisibles de toute leur soie, se desserrent

et je vois la ligne de partage de ta chair.

Géants de la sensation,

mes doigts vont se fermer

sur le seul point du monde

où se carbonisent des hauteurs entières de jour.

Et c’est enfin la pleine rivière que e remonte sans effort, parce que tes seins s y élèvent comme deux cailloux à fleur d’eau.

Dès que tu entres dans ma chambre tu la fais se tourner vers le soleil.
Le front sur toi de la plus faible lueur et c’est tout le ciel qui t’enjambe.

Pour que mes mains puissent te toucher

il faut qu’elles se fraient un passage

à travers les blés dans lesquels tu te tiens,

avec toute une journée de pollen sur la bouche.

Nue, tu te jettes dans ma nudité comme par une fenêtre au-delà de laquelle le monde n’est plus qu’une affiche qui se débat dans le vent.

Tu ne peux pas aller plus loin que mon corps qui est contre toi comme un mur.
Tu fermes les yeux pour mieux suivre les chemins que ma caresse trace sous ta peau.

LE couple que nous formons ne naît bien que dans l’ombre et, nus, nous allons à la conquête des eaux dormantes d’où le désir surgit comme un continent toujours nouveau,
à celle des orages qui tombent en nous, lourds et chauds,

à celle de tous les végétaux dont il nous faut, lèvres à lèvres, briser l’écorce tendue, à celle des fenêtres dans lesquelles ta chair dérive
comme une jetée qui a rompu son point d’attache.

Parce qu’ils sont les yeux de la terre, les carreaux se tournent vers ta gorge qui brille comme un peu de foudre en regagnant les fonds marins de la ville.

Flanc contre flanc, nous descendons tous deux dans les souterrains où l’on perd corps et où les baisers que tu me donnes, que je te donne sont autant de pas que nous faisons l’un dans
l’autre.

Il me faut inventer d’incroyables pièges de chair pour prendre le monde dans un baiser, il me faut abattre les murailles dont tu t’entoures pour que le plaisir puisse te couper en
deux.

C’est alors que l’air est dans ma bouche la racine même de l’espace et des fruits que, pour me laisser passer de ma vie à ta vie, tu te fais arche des épaules aux pieds.

Partout sur les murs, sur les visages

la lumière se dévêt de sa lingerie

et montre son beau ventre de femme

d’où l’ombre tombe comme une fourmilière écrasée.

Car il y a vraiment de quoi vivre sur la terre, mais il faut avoir la force des arbres pour pouvoir repousser le ciel bas que la mort fait peser sur les paupières.

L’espace est pris entre nos regards et nous n’avons que quelques gestes à ébaucher pour qu’il tombe à nos pieds sans faire plus de bruit que la dernière goutte d’eau d’un
orage sur la forêt.

Tu es plus nue sous mes mains que la pluie sur les tuiles, qu’un feuillage dans le matin, que les dents ensoleillant la bouche.

Des insectes s’écrasent en plein vol sous notre peau, mes doigts ne cherchent pas à se protéger de la lumière qui s’élève du fond de tes yeux pour faire se lever
dans les miens un jour insoutenable.

Le reste de notre vie se fige autour de nous en hautes statues qui ne peuvent entrer dans le cercle de silence et de joie qui nous serre aux reins.

Enlacés par l’herbe que l’air fait monter jusqu’à nos lèvres,

nous oublions dans notre chambre les paysages

qui venaient vers nous au pas de la terre,

les beaux paysages qui nous prenaient pour des statues.

Vagues s’en allant à la rencontre l’une de l’autre, nos corps n’ont que la flaque des draps pour apprendre que l’amour est une montagne qui s’élève à chaque coup de
reins.

Nous n’avons que nos bras et nos jambes pour serrer un instant les forêts qu’un éclat de soleil enfonce dans notre chair et fait flamber jusqu’au dernier arbre.

Nos dernières paroles se sont arrêtées loin de nous, enfin coupées de leur tronc de sang.

Nous entrons seuls dans un monde ouvert sur nos visages comme sur son propre noyau.

J e cherche dans ta bouche la source du fleuve souterrain qui te parcourt en rejetant en haut des cuisses son écume de plante fraîchement coupée.

Quand tu écrases ton ventre contre moi,

quand mes doigts aiguisent ta gorge,

tu as des mots doux comme la salive,

des mots qui auraient poussé après un orage.

De ton corps je fais un pont

qui me conduit dans un monde

où nos dents se cognent contre le même verre d’air,

où nos regards à force d’être proches font la nuit entre eux.

Je ne vis plus au jour le jour puisque tes baisers font partie de mon avenir et nous allons jusqu’au bout de la lueur que la foudre trace en remontant nos veines.

Il me suffit de quelques gestes pour retrouver, enfouie sous ta peau, la plante nue que tu es et, vacillant de tout le soleil conquis par les ruisseaux, tu entres dans la nuit avec le jour
devant toi.

Je n’ai qu’à toucher la pointe de tes seins

pour que soient soudain rompues les mille écluses

qui retiennent entre nous un poids d’eau égal à celui de la mer,

pour que toutes les lumières s’allument en nous.

Et quand dans la clarté du drap,

tu n’es plus qu’un éventail de chair,

j’ai hâte de le faire se refermer sur mon corps

par une caresse que je jette en toi comme une pierre.

En te renversant sur le
Ut,

tu donnes à la clarté la forme même de tes seins

et le jour use toute sa lumière

à vouloir ouvrir tes genoux.

Tu prends ta source dans le miroir qui coule du mur, tu as du soleil jusqu’au fond de la gorge, tu es neuve comme une goutte de rosée que personne n’a vue, que personne n’a bue.

Tu as le cou fragile de ces oiseaux

qu’on voit rarement se poser sur la terre

et quand tu es dans la rue le regard des hommes

monte autour de toi comme une marée.

Derrière tes dents, ta chair commence avec ses aubépines de fièvre et de sang.
Tu sais qu’elle est une prison dont mon désir te délivre.

La caresse fait son bruit de poumon en cherchant dans tes cuisses le papillon qui s’y est posé, presque fermé en toi de ses ailes.

Avec l’aveuglement d’une taupe, tu creuses l’air de tes seins.
Autour d’eux mes mains s’élèvent comme une montagne coupée en deux.

Tu m’accueilles dans un pays au centre duquel ton corps se dresse comme un feu de joie, simplement posé sur la fraîcheur de tes lèvres au point où l’espace se jette en
toi.

Tu es l’impasse vers laquelle j’accours

avec la force des marées,

avec la liberté des moissons

qu’un coup de faux sépare du soleil.

Nous ne parlons pas de l’amour qui nous lie

parce qu’il est entre nous comme une bouteille sur une table

et qu’il court de mes doigts à tes doigts

avec la vitesse de l’éclair.

Si je veux t’aimer sans rien perdre de ta clarté,

je suis contraint de m’enfermer avec toi dans les pierres.

Le jour écarte de temps en temps les rideaux,

tache ton épaule et retombe dans la rue.

Le silence même est fait de minéral et prend la forme des chambres qui le contiennent.
Pour qu’il n’y entre point, c’est mille armoires qu’il aurait fallu pousser contre les portes.

Notre nuit est imperméable et nos corps, se suffisant de l’air contenu dans un baiser, descendent jusqu’aux racines de l’arbre qui a nos têtes pour sommet.

En plein front, en plein flanc,

j’entends les pas que mon sang fait

pour s’avancer de sommet en sommet

jusqu’à celui dont il me faut dominer ton corps.

Je lui en veux de me tenir enfermé dans un visage avec lequel je reste si seul lorsque mes épaules n’ont plus le tien à porter et que je te cherche en vain dans les
miroirs.

C’est pourtant par lui que je t’ai reconnue dans la rue

dans un moment qui reste comme une source en pleine mémoire.

C’est lui qui me permet à chaque instant

de reconnaître ma vérité dans tes yeux.

Tu ouvres la nuit la plus pleine

de la pointe de tes seins.

Tu viens vers moi dans le tournoiement d’une ville

qui ne s’éclaire plus qu’à la clarté du désir.

Je ne saurai jamais la distance à parcourir entre la lampe sourde de ton ventre et mon corps.
Je sais que je te rejoins dans un baiser qui ne laisse point passer le jour.

Sous ma main ensablée dans les caresses, il reste les hauteurs de ta gorge, vers lesquelles j’avance, la bouche pleine de soleil.

A force d’avoir mon visage contre ton visage, j’oublie que le monde commence au-delà de ton regard.
A jeter l’un dans l’autre nos plus sûrs filets, nous ramenons tous les poissons de la joie.

.Le soleil se couche dans les flaques pour rester plus longtemps sur la terre.
Tu ne peux plus t’en aller de ma chambre parce que je suis debout sur tes derniers pas.

J’essaie de conquérir

l’insecte que tu respires.

Mais il s’échappe de mes lèvres

pour aller se poser sur mon sang.

Tu ne peux plus sortir du filet que mes mains tendent sur toi, tu es au centre de l’étoile de mes pas, tu es l’unique réponse de ma vie.

A nos regards pris dans la même pierre de présence,

le monde arrive par une fenêtre

où nous nous penchons parfois

de nos corps, hauts comme des promontoires.

La ville est au pied de la chambre où tu te tiens

avec pour horizon celui de tes épaules

et nous touchons jusqu’en son fond

le vivier de feu qui donne sa mesure à l’été.

Tu te refermes sans cesse sur moi

comme deux vagues sur un rocher

et nous n’avons qu’à nous laisser porter par la

qui s’étend très loin autour de nos visages.

Perdus dans un pays de chair et de caresses, nous vivons les quelques miniers d’années dont notre amour a besoin pour que naisse une étreinte de chaque goutte de notre sang.

Je suis prisonnier de ton visage

à la façon dont un mur l’est du miroir.

Pesé par ton regard,

le monde perd son poids de pierres.

Le chant de ton sang sous la peau est aussi doux à entendre que celui des graminées poursuivies par le vent.

Je sais que la mort ne peut rien me faire tant que tu restes entre elle et moi, tant que s’allume dans ta chair le ver luisant du plaisir.

Le couchant tournoie sur chacun de tes ongles

avant d’aller grossir la terre d’une dernière montagne de clarté

….

et je peux voir a ton poignet les pas

que ta vie fait pour venir jusqu’à moi.

Au -delà de mes mains refermées sur toi, au-delà de ce baiser qui nous dénude, au-delà du dernier mot que tu viens de dire, il y a le désir que nous tenons vivant
contre nous.

Il y a la vie des autres qui remonte de la ville sans pouvoir aller plus loin que la porte derrière laquelle les murs écoutent à notre place le bruit que le cœur des hommes
fait dans la rue.

Tu dépasses les herbes

de quelques hauteurs de soleil.

Je te sens à peine bien que je sois sur toi

comme sur la pointe la plus aiguë d’une montagne.

Tu es entière contre chacune de mes mains, tu es entière sous mes paupières,

tu es entière de mes pieds à ma tête, tu es seule entre le monde et moi.

Le soleil reste sur ta bouche à la place où miroite encore un baiser.
Ton visage lui appartient mais il me le rend pour des nuits plus longues que ma vie.

Ton corps pour lequel je m’éveille s’éclaire plus vite que le jour parce que le soleil surgit à toutes les places où il y a des cailloux à pétrir.

Les forêts se dénudent pour lui dans le secret de leurs clairières mais c’est sur ta gorge qu’il fait pousser ses plus beaux fruits.

La terre lui présente une à une

ses vallées les plus riches,

mais c’est sur ton ventre qu’il s’arrête,

simple bouquet de flammes.

Le toit des villages est posé sur la terre et les prés fuient de toutes parts autour des murs blancs qui avancent d’une maison par siècle.

Je pense à l’étonnement de ton ventre qui regarde toujours mon désir pour la première
Je pense aux forêts que nous faisons tomber quand ma chair mûrit dans la tienne.

Je pense à la hauteur de l’été

sur la poussière des routes,

au ruisseau qui s’arrête un instant de couler

pour mieux s’éblouir de la nudité de la lumière.

A rester debout dans ce pays démesuré de clarté, je sens que je n’ai pas asse de poumons pour retenir la vie qui vient vers moi à la façon dont ton corps vient vers le
mien.

Lucien Becker