LA GOMME COULE…


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LA GOMME COULE…

La gomme coule en larmes d’or des cerisiers.
Cette journée, ô ma chérie, est tropicale :
Endors-toi donc dans le parterre où la cigale
Crie aigrement aux cœurs touffus des vieux rosiers.

Dans le salon où l’on causait, hier vous posiez…
Mais aujourd’hui nous sommes seuls —
Rose
Bengale!
Endormez-vous tout doucement dans la percale
De votre robe, endormez-vous sous mes baisers.

Il fait si chaud que l’on n’entend que les abeilles…

Endors-toi donc, petite mouche au tendre cœurl

Cet autre bruit?…
C’est le ruisseau sous les corbeilles

Des coudriers où dorment les martins-pêcheurs…
Endors-toi donc…
Je ne sais plus si c’est ton rire
Ou l’eau qui court sur les cailloux qu’elle fait luire…

II

Ton rêve est doux — si doux qu’il fait bouger tes lèvres
Tout doucement, tout doucement — comme un baiser…
Dis, rêves-tu que sur un roc vont se poser
Parmi des thyms chèvrefeuilles de blanches chèvres ?

Dis, rêves-tu que sur la mousse, en notes mièvres,
La source pure au fond du bois vient à jaser.


Ou qu’un oiseau tout rose et bleu s’en va briser
Les fils de
Vierge et faire au loin s’enfuir les fièvres ?

Rêves-tu que la lune est un hortensia ?…


Ou bien encor que sur le puits l’acacia
Jette des fleurs de neige d’or sentant la myrrhe î


Ou que ta bouche, au fond du seau, si bien se mire,
Que je la prends pour une fleur qu’un coup de vent

A fait tomber, du vieux rosier, dans l’eau d’argent ?

 

Francis Jammes

PASSAGE COUVERT


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PASSAGE COUVERT

 

Les rigoles du toit  au bord des tuiles, le lit flotte sans se presser dans le rêve qui prend tout son temps

Le coq enrhumé s’est trouvé bloqué en gare par la grève sauvage

tu te serres jolie plante dans le pot de taire

Il se glisse entre nos peaux à nous ce frisson qui déglace les pare-bises

Le petit chat est sorti courir dans la rosée pendant que je déboutonne la porte du jour

Bon Jour ma Dame

Cette odeur de peint chaud qui entre dan la voiture c’est pour nos deux mains l’expo en petit-déj d’Epoque.

 

Niala-Loisobleu – – 20 Octobre 2019

 

 

 

Rue De La Grange-aux-belles – Jean-Max Brua


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Rue De La Grange-aux-belles – Jean-Max Brua

Les rêves s’accrochent aux crépis
Quand les murs-tombes sous la pluie
Dégrafent leurs masques de suie
Il pleut, il pleut rue de la Grange-aux-Belles
Où s’achève l’après midi
En cette saison l’heure est brève
A Saint-Nazaire ils sont en grève
Il pleut rue de la Grange-aux-Belles x2Le jour ressemble à peine au jour
Il se fait des soucis de vieux
J’ai des aurores dans tes yeux
Il pleut, il pleut rue de la Grange-aux-Belles
Où les chats tournent dans les cours
Athènes se tait dans ses murs
Le pain de mes frères est bien dur
Il pleut rue de la Grange-aux-Belles x2

Mort je ne bougerai plus de moi
De moi qui reviens du soleil
A travers l’eau de ton sommeil
Il pleut, il pleut rue de la Grange-aux-Belles
A Burgos on a eu si froid
Nos frères sont à Santiago
Ils ont tiré le vin nouveau
Il pleut rue de la Grange-aux-Belles x2

La la la la ……
Soleil, soleil, soleil, soleil
A Saint-Nazaire ils ont gagné
L’homme ne peut plus se renier
Soleil, soleil, soleil, soleil
Athènes se produit dans l’ombre
Burgos est ce bateau qui sombre
Aux mains d’un capitaine fou
A Santiago ils sont debout
A Santiago ils voient le bout
Ils vont faire un monde pour nous
Nous ferons ce monde avec eux
Un monde aussi grand que tes yeux

Jean-Max Brua

QUE D’EAU


QUE D’EAU

Des mots qui battent aux vitres

Leurs lettres zigzaguent, abattus par la violence du vent atlantique

La houle roule la chair à vif

Gonflant les lèvres fourchues d’un désir qui cherche où s’accrocher

Dans la diagonale du creux apparaît et disparaît l’isthme de chair où la réalité se noie.

Niala-Loisobleu – 19/10/19

FAUCHAGE


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FAUCHAGE

 

Un long couloir piqué de portes closes  psalmodie dans la pénombre

sous les pas perdus une moquette aptère tente de s’élever

L’escalier tourne à l’angle du palier où un canapé dévoré par les poux s’enflamme

Tango insufflant au bandonéon de lever le corps meurtri

Le virage écarte le train et la maison blanche disparaît dans le tunnel

Quand le coq tire l’aube, le cheval debout depuis longtemps est déjà en train d’extraire la vision prophétique du vent d’autan

Le sol va saigner

On voit le couteau libérer les eaux de la mer parturiente.

 

Niala-Loisobleu – 19/10/19

VERTITUDE


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VERTITUDE

Seins plantés sur le fond, la proue drague en corps l’horizontal décor pour chasser les ensablements masquant le sédiment marin originel

Limon Bleu

La marche féconde rabote  les ans pour extraire des ensablements la nature primordiale

Le cheval cherche au départ de la virginité

L’écorchure se fait vive

La sensibilité refuse d’être conduite en désuétude

Et boute la déviance hors du trait de sa flèche

A qui s’adresser si ce n’est à sa propre sève ?

On ne remonte pas à partir d’un haut de cartes ou de dominos

Le Tout se tient en racine solidement au bas

Les silences alors ruent à garder que l’eau pure aux caniveaux.

Niala-Loisobleu – 19 Octobre 2019

Couvent des Récollets


 

Couvent des Récollets

Rue d’Angoulème – 16100 COGNAC

Salle Marvaud

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NIALA

« L’EPOQUE 2019 »

Du 21 Octobre au 2 Novembre 2019

(Fermé Vendredi de Toussaint)

Vernissage le Mardi 22 Octobre à partir de 18 heures

Ouvert sans interruption de 9h30 à 19 heures

 

Solitude des latitudes – Gérard Manset


Solitude des latitudes

Solitude des latitudes
Se glisse dans tes draps.
Solitude
Ce soir te quittera.
Solitude,
Solitude.
La nuit semble douce et magique,
Ça ressemble aux Amériques,
Ce qu’on lit quand on est enfant,
Belliou-la-Fumée, Croc blanc.
La nuit semble douce et tranquille
Mais tu trembles, que t’arrive-t-il?
Solitude et feu qui s’éteint,
Coup de feu dans le lointain.
Solitude des latitudes
Se glisse dans tes draps.
Solitude
Ce soir te quittera.
Solitude des longitudes,
Solitude.
La nuit semble douce et tranquille.
Ça ressemble
Gérard Manset

TRAIN D’EN FAIRE 


image1-azaleeTRAIN D’EN FAIRE

 

J’ai voyagé dans ta cage d’escalier en glissant sur la rampe, halluciné par la boule en verre du rez-de-chaussée interdisant toute catatonie. Es-tu Irma, se dit-on au lancement du 7° étage, pour avoir cette envie de lire si profondément en moi ? Tout s’accélère dans la courbe du mi-parcours en un derviche mammaire à perdre l’équilibre. J’ai vu l’aréole en traversant le vignoble bordelais. Il ne m’en reste que l’impression d’avoir vu double. La vitesse approchait du son et le mur avec. Comment ai-je fait pour me retrouver à la place du machiniste, ne me posez plus de questions subalternes, je n’ai d’yeux que pour le tunnel qui grossit à l’orée d’une forêt si touffue que tu te dis si je tamponne ça doit amortir . Aucun lampiste n’agite de lanterne sur la voie, ça va de plus en plus vite. Le phare d’Alexandrie pointe mon bas-ventre faisant surface sans ralentir. De chaque côté de la voie, un panneau clignote Joyce Mansour, tiens j’arrive aux catacombes du Caire me dis-je.

C’est  là que je me suis réveillé, trempé de sueur, dans le lit, la chatte s’était pelotonnée sur mon visage et ronronnait à un rythme de rave partie. Ouvrant les yeux j’ai vu l’oreiller voisin couvert d’un ébouriffement capillaire. L’Atlantique est en période de tempête, sortons doucement, fut la première pensée qui me vint à l’esprit, le train roule en corps et l’air est chargé de projectiles, les averses et les tuiles avec et les branches avec les troncs, ça recommande une conduite attentive. Devant l’établissement scolaire un groupe d’enfants hilares me dit bonjour en se tapant les côtes. Ce n’est que beaucoup plus tard en sortant du cours d’hist-gé que je compris le beau de cette nuit de première fois en découverte du Nil.

Niala-Loisobleu – 18 Octobre 2019

FACE A FACE


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FACE A FACE

J’étais arrivé à la chambre. Par la fissure des volets un soleil étrange repoussait la pluie. Contrevent et marées. Pince la guitare . Ce n’est ton corps que j’aperçus, c’est celui d’une poupée modelée en Vénus au mont chauve. Pourtant quelque chose de précieux me colla une image reliée à ton enfance. J’en compris la signification en découvrant le mouvement évocateur de la fleur respirée. Au sein se forme le tracé de la rencontre dont le regard précise l’endroit sans le nommer. Oui c’est bien le cri de l’oiseau que tu as reconnu, quand le chèvrefeuille  a tremblé, laissant s’envoler son parfum subtil parfaitement reconnaissable dans ce désordre insensé. Tu m’as dit ton enfance préservée par la balançoire. J’ai senti sa présence  restée utile dans les débordements actuels. Alors je suis entré dans cette jarretière comme pour couper un sort au retard. Sans sortir, j’ai tiré ta main pour ouvrir la lumière. Des murs nous vîmes un jardin s’installer à l’est de la maison. Le banc face à la mer se trempait. C’est là à cet endroit que je veux l’Arbre à Soie. Je n’ai plus eu qu’à tirer la nappe par un coin. Le médiocre s’est enfoui en courant, en voyant la robe sur la margelle du puits. L’enfant a eu la parole toute à lui.

Commencer alors sa conversion

jusqu’à le mettre fermement debout

comme un arbre ou un amour en éveil

et changer l’horizon en verticale

en une fine tour

qui nous sauve au moins le regard,

vers le haut, ou vers le bas .

 

Roberto Juarroz

 

La grange était grande ouverte, le cheval y a poussé assez de soleil pour aérer le lit de paille.

Niala-Loisobleu – 17 Octobre 2019