La vérité du drame est dans ce pur espace qui règne entre la stance heureuse et l'abîme qu'elle côtoie : cet inapaisement total, ou cette ambiguïté suprême. Saint-john Perse
J’étais sur le pas de porte à l’aube du jardin. Le coq avait la crête en marche à la verticale du clocher. Durant la nuit nous n’avions pas compter les étoiles. Quant aux bateaux que le rail d’Ouessant avait cheminé nous n’aurions pu en savoir davantage. Les fleurs du tapis quant à elles n’avaient pas finies de faire l’affaire du chat. La carafe posée sur le chevet dont le niveau avait baissé devait porter l’empreinte de nos doigts. En cas d’ouverture d’enquête nous n’aurions pas eu d’alibi pour justifier une présence en un autre lieu. Les orages s’étaient regroupés durant la nuit. Au chai les barils s’en réjouissaient. Mais la route inondée s’en trouvant coupée, nous demeurâmes blottis dans les tâches du lit. Quelque part dans la maison on se sent proches. Les bottes tremblent encore sur la dernière marche du perron. J’avais un rêve dans le coin des yeux pour me sentir vraiment à l’abri. Je le sors et le couche sur le canapé. Une vieille maison forestière dont il ne reste qu’un souvenir remontant au débarquement allié dresse ses pans de murs dans un retrait respectueux. Quelques pierres blanches alignées veillent à tenir une raison de vivre en éveil. La mort dans un contexte métaphysique est un des arguments de maintenance de l’existence. Tu t’es blottie plus fortement, je t’embrasse, ton cou s’incline, la mer remonte sans charrier de sang. Le claquement de drapeau qui entoure l’orée garde une inexplicable conviction. Sans doute le temps d’une leçon en dira-t-il plus aux enfants. S’éloignent derrière le dernier jour le plus long un mélange de tabac de Virginie avec une boite de corned-beef vide qu’un chewing-gum mâche envers et contre tout pour en tirer une rage ce qu’il ne faudrait pas oublier. Allume le chevet que je m’endorme dans la paix de ton souffle régulier. Ma, les arbres ont repoussé des fruits; laisse ce profil dans l’encadrement de la porte que j’attise mon rêve.
Ils n’eurent guère à attendre pour comprendre que le rêve qu’ils venaient de faire concomitamment n’était pas projeté au cinéma du quartier. Au moment où leur coque changea de niveau ils reconnurent les lés de leur couchette, cabine du pont supérieur dans la forêt lacustre. Un rêve comme en vrai chantonnait la maîtresse d’une lointaine école qui leur en apprenait encore des décennies après. Les choses de la vie comme a dit Sautet, c’est comme une roue qui ne cesse jamais de tourner. Il faut plus de temps pour comprendre le fond des choses que pour refroidir le fût du canon. Ainsi on apprend à trier le vrai du faux et à ranger le bon dans les souvenirs et le reste par-dessus bord, c’est périssable donc plus polluant. Quel beau matin. Si soyeux qu’on ne voyait que pétales en marguerite, boutons d’or, clairière imberbe, au centre de cette source miraculeuse. L’école buissonnière et ses caniveaux bordés de façades mystérieuses retenant l’histoire du cri dans la parole donnée. De chaque côté du cheval de garde la mer dressait la mémoire du sel. En petits cônes sur le pavé mosaïque du carreau. Miroir du ciel uniquement dans son bonjour. Un enfant regarde pour devenir grand sans quitter sa boîte de puzzle. La boule percée du bilboquet cogne cotre les murs n dévalant les escaliers. Au jardin la ligne des arbres élève plus qu’elle n’arrête. Son ombre isole pour donner au corps le plaisir d’être nu sans reproches. Allons vite au jardin nous retrouver 100, Ma…
Je suis un château noir parcouru de forêts
De décors de théâtre et d’extases sans nombre
De jacqueries, de viols, où vrillent des forêts
Je suis une voix claire au-dessus des marais
Le cheval du courrier irradié dans sa course
Une voix tressée, je suis dans vos voix, vos sources
Je suis parcouru d’orgueil sombre et de forêts
De vanités d’enfant, de chevreuils et d’œillets
Je suis un mendiant sur la route de Saint-Jacques
Je suis une maladrerie, un lazaret
Je suis le vent sale qui dans l’usine traque
Votre âme pour l’aller noyer dans les marais
Ou lancer dans les cieux profonds avec ma fronde !
Je suis au gué du jour un bac coulé dans l’onde
Et chantant, et qui brille comme un poing fermé
Un hôtel parcouru d’arbres aux troncs brûlés
J’ai connu les hôtels perdus, la solitude
Moniales et putains, leurs mains de mansuétude
Montrent la même clé d’or manquante, et leurs mains
Essuient le visage du même lendemain
J’ai chanté, je suis le chanteur de mes vingt ans
Je chantais, je chevauchais ma sainte jeunesse
Je vous cherchais, j’avais égaré vos adresses
J’ai fait vers vous, ô mes amis, tant de chemin
Toutes vos larmes, toutes vos peurs, tout le chant
Moquez le rôdeur triste ergotant dans le vide
Ricanez sur le monde ! Et moquez le candide
Je suis l’air, je suis le maître des lendemains
La voix qui porte l’aube dans la nuit du monde
Je suis le chant sur la moire bleue des forêts
Je suis la pierre et le jet, la cible et la fronde
Oh, quel désir de chanter bien j’avais, j’avais !
Je suis le chant, je suis l’oiseau blessé qui tombe
Je suis l’homme que tu aimais, je nous aimais
Je suis la solitude à la fois et le nombre
Chantant, je suis la voix massive des forêts
Je suis le château dérivant dans le marais
Je suis l’oiseau blessé qui pleure au bord des tombes
La voix commune du couvent, du claque immonde
Je vous aimais, je vous aimais, je vous aimais
Je suis l’âme de tout le monde et je suis toute
L’âme du monde, la braise qui dans la soute
Chante. J’ai transformé le vieux doute en voilier
Je suis l’oiseau blessé qui ne tombe jamais
Le train lancé vers l’ouest et les plaines avides
La haridelle aveugle et tout son rêve aride
L’homme qui dans ses liens chante l’humanité
Moquez-vous ! L’homme entravé qui chante est évadé
Je suis le peuple – et craignez-le quoiqu’il se taise –
Et je suis la mer soudain transmutée en braise
Quand nous nous décidons à être un peuple enfin
Entendez-vous gronder ce mascaret, au loin ?
J’ai gardé pour vous mes vingt ans et mon enfance
Je suis la marée des pollens et des fragrances
Je suis le Hollandais volant dans les marais
Et le château aphone éructant ses forêts
L’homme qui va mourir au profond des marais
La voix brisée chantant – la maison – j’y mourrai
Je chantais, ah, mais vous ne saviez pas entendre
Ni comprendre ce que le chant seul fait comprendre
C’est quoi ce bruit, c’est quoi ce chant ? C’est l’espérance
Celle qui sert à rien mon vieux ! C’est la mousson
Que ça se taise! Et qu’on meure d’indifférence !
C’est le moutonnement impétueux des moissons
Je suis la vibration commune, l’idéal
Je suis le voyant, muse, et je suis ton féal
Je crois dans le chant et qu’il faut croire dans l’homme
Et qu’il faut le nommer contre tous, l’homme, l’homme
J’étais la gueule noire éructant son charbon
Vous ne comprenez rien : la durée, le pardon
La bonté ! Puis ni comment, au fond, on fait un monde
Je faisais du monde et aujourd’hui vous pleurez !
C’est plus loin, c’est là-bas que nous allons survivre
Notre choix nous portera sur une autre rive
Tout perdre, tout chanter, tout l’homme à inventer
Plus loin, plus loin, plus haut, tout tenter, tout tenter
Je suis, je volerai, mon chant est un cargo
Bourré de forêts, de remugles, un château
Rasant votre tel quel comme un aigle royal
Je suis la vibration commune, l’idéal
Je chante car je suis en pierre du pays
Car je suis le vin de ma cave et de ma vigne
Et je suis à moi-même mon puits , et je vous nomme
Je prends bien la lumière car je suis un homme !
Il est dans son chant, l’homme libre et prisonnier
Je suis ce que nous sommes, nous sommes, nous sommes
Je suis à la fois tout l’homme et tous les hommes
La vérité : le chant de la bête de somme
Ah, comme j’ai chanté, j’ai chanté, j’ai chanté
Je vous aimais, je vous aimais, je vous aimais !
Entre la rangée de dominos où le chien court la garrigue veut se souvenir d’autan. Dans l’angle de la vitrine de l’opticien les jumelles se chatouillent dans les draps d’une étape des mille et une nuits. Drapé en fond de scène, le théâtre-antique ouvre l’arène d’un coup de glaive, une odeur de dernier repas de lion monte de la cellule des gladiateurs. L’ombre froide d’un trou noir habite l’oeil de Caïn. Que d’arbres seront coupés pour ne rien écrire, dit Michel Serres du haut de son dernier vaisseau-amiral. La peinture d’une jeune amazonienne vient du nombril du poumon de la terre, ses jeunes seins y trempent leur plume. Force multicolore de ce ce qui vole, voici l’arbre à chanson prenant la route, je te tiens la main cachée dans le ventre. Je garde les pieds soudés au bon vent. Puis voyant les micros ouverts, je noue la mauvaise parole au mouchoir coincé sous les rails alors que le sifflet de l’oiseau essaime le langage des sourds-et-muets. Y a une route, y a une route dans l’épais roncier de la zone cultivée. La roulotte la retient pour chambre.
Y a une route
Y a une route
Y a une route
On marche dessus
Y a pas de tapis
Y a des fleurs comme des anémones
Qu’attendent la pluie
Y a une route
Tous les dix ans, y a un marin
Qui jette l’ancre au café du coin
Qui parle de voyager plus loin
Après la route, faut prendre le train
Tu descends dans le petit matin
Avec ta valise à la main
Y a tellement de bruit que t’as plus d’oreilles
Pendant que la fumée mange le ciel
Et finalement tout est pareil
Parce qu’y a une route
Tu la longes ou tu la coupes
Tu t’allonges et on te passe dessus
Ou tu te lèves et on te tire dessus
Mais y a une route, c’est mieux que rien
Sous tes semelles c’est dur et ça tient
Ombres tristes des grands crimes ombres rouges des guerriers n’en soyons pas les victimes allons nous débarbouiller
Ediles et croques édiles compétences bras en fleurs que me soient des rochers d’îles les boulevards extérieurs
S’il y survient la patrouille nous promènerons ailleurs talismans contre la trouille et baguettes chante-pleurs
Contre blessures des foules les menstrues, les pétards mandragore à chair de poule quand la lune est en son quart
Et contre les écrouelles qui rongent les coffres-forts. Les Sous-Produits de la Houille qu’on nomme aussi boutons d’or
Sois l’œil rose qui séjourne dans le fond des océans sois méduse, doux néant qu’Amphitrite use et chantourne.
Max Jacob
Gisant au trottoir d’un air proscrit l’accordéon exsangue est affalé de tout son long. La nitre du pied des façades remonte aux bacs à fleurs du 7° ciel. Entre les draps sales d’une chaleur accablante la transpiration dépasse largement le vu de nez de 17 heures. Quand la croisière soupire les quais remonte en surface le corps sans vie des poissons asphyxiés. Poséidon resale les zoos du parc pour s’opposer à une rumeur what-the-fake le qualifiant de trouillard face aux pollueurs de territoires respirables Amphitrite repêche sa lyre au fond de la fausse d’orchestre pour un solo.
Ça fait mal à l’homme
La célébrité
Finir dans l’eau salée
Juste savoir compter
Vider le sablier
Puis tout oublier
Parce que ça grandit l’homme
De vivre sans parler
De vivre sans paroles
Et d’apprendre à se taire
Regarder sans rien faire
Regarder sans voir
Les enfants qui dansent
Au bord du miroir
Mais c’est toujours trop loin
Toujours dans le noir
Inaccessible
Pareil au coeur de la cible
Et c’est toujours trop loin
Un jour, finir quand même
Que personne s’en souvienne
L’écrive ou le dise
Vider sa valise
Brûler les journaux
Les tapis, les photos
Sans rien vouloir apprendre
Pour que les enfants sachent
Qu’on va quelque part
Quand on oublie tout
Qu’on oublie les coups
Qu’on déplie, qu’on secoue
Que la folie s’attrape
Qu’on déchire la nappe
Maladie tout à coup
Que tu portes à ton cou
Comme un collier de fleurs
De larmes et de couleurs
Un jour, finir pêcheur
Mollusque divin
Peau de parchemin
Mais c’est toujours trop loin
A portée de la main
Inaccessible
Pareil au coeur de la cible
Mais c’est toujours trop loin
Un jour, finir meilleur
Tuer le mal de l’homme
Se libérer de tout
Prendre dans la mer
Les coraux, les vipères
Et tout ça dans la main
Sans lumière et sans gaz
Et sans barbe qu’on rase
Un jour, finir pêcheur
Avaler le compteur
Regarder sans voir
Le calendrier
Qui tombe en poussière
Qu’elle est loin, la terre
Qu’elle est loin, la terre
Le calendrier
Qui tombe en poussière
Qu’elle est loin, la terre
Qu’elle est loin, la terre
Le calendrier
Le calendrier
Qui tombe en poussière
Qu’elle est loin, la terre
Qu’elle est loin, la terre
Une mer roule quelque part, des ailerons tendent le bec au ver hors du nid, la terre ira-t-elle au four pour ressortir brique, il est immémorial que l’épée s’adresse plus à l’homme qu’à la corrida, pourtant c’est la tauromachie que l’on réprouve. Au seuil du passage je regarde l’enfant s’accommoder d’une ignorance de calcul. Toutes ses billes roulent en bonbons sur sa langue. Un jeune poulain attrape la course céleste de l’indien comme la majorité rétrograde en réserve des grandes prairies de cartes postales. Elle a la poitrine gonflée la région de ma couleur, le souffle du mot qu’on ne comprend pas, l’écriture qu’on enseigne pas. Aux tables de rencontre on me digère de travers. Les jambes nues des terres à sainfoin laissent l’empreinte de leurs transpirations jusqu’aux écuries d’Augias. La mousse amasse les lointains rivages du côté le plus proche des jours. L’ombre percée de l’étui à violon tient l’archet par la main.
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