Mois : Mai 2019
BEN COMME SES SOIES

BEN COMME SES SOIES
Un manche tenant ses soies dans sa virole
pose du bout
sur palette en canapé
Chant
une alouette face au miroir
voit venir le saut de l’ange
La pâte arc-en-ciel
courbe
le nuage en forme solaire
Je peins
Ma
trois doigts en bulles
Niala-Loisobleu – 28/05/19
ENTRE TIEN EMOI 93

ENTRE TIEN EMOI 93
D’un ciel amassant le plomb, la couleur de base à laquelle on doit le bleu des océans rouille
le phare du bout du monde cherche
brassant à la godille
et s’obstine à pêcher à main trempée un reste de lumière
Jusqu’à l’estran qui chavire
j’étais sur ton bord prêt pour le petit baigneur
quand la clanche à marée s’est mise en inversion
la Rance et son moulin n’en sont pas revenus
Paimpol lance des appels au pôle emploi pour recruter du morutier en illimité
Mais les sites de rencontre ad hoc ont la préférence aujourd’hui
Sortant l’haveneau de la cabane éventrée j’ai remonté de La Rochelle à Dieppe en me disant que faute de rose la grise a plus de bouquet. Le galet m’a stoppé quand le sable a cessé. Lapidaire, j’ai cherché. Des fois que Loti aurait sorti un zouave du placard avec masseur dans sa culotte. Mal de do. L’enfant do.
Qui parle de printemps me fait penser à cette mode qui, trouvant pas preneur, me conduit à penser qu’un col de fourrure m’irait mieux qu’une cravate.
Niala-Loisobleu – 28/05/19
L’ALLÉGRESSE
L’ALLÉGRESSE
Les nuages sont dans les rivières, les torrents parcourent le ciel.
Sans saisie les journées montent en graine, meurent en herbe.
Le temps de la famine et celui de la moisson, l’un sous l’autre dans l’air haillonneux, ont effacé leur différence.
Ils filent ensemble, ils bivaquent!
Comment la peur serait-elle distincte de l’espoir, passant raviné? 11 n’y a plus de seuil aux maisons, de fumée aux clairières.
Est tombé au gouffre le désir de chaleur — et ce peu d’obscurité dans notre dos où s’inquiétait la primevère dès qu’épiait l’avenir.
Pont sur la route des invasions, mentant au vainqueur, exorable au défait.
Saurons-nous, sous le pied de la mort, si le cœur, ce gerbeur, ne doit pas précéder mais suivre?
René Char
SOUS L’ARBRE
SOUS L’ARBRE
Les neiges d’antan devenues roulantes mis à part un bonhomme sur la chaussée on est plus bloqué dans ce coin. Tant de soleil se faufile à tatin que les paumes s’en renversent en entrant dans le coeur du jardin. Un silence corps à corps au milieu du soir tombé au bas de la vallée laisse la place au dénivelé de la pensée écrite à la craie. Le chien a caché la balle. Avec autant d’oiseaux et une cigogne l’air ne se retient plus de chanter. Je suis à la butée des étoiles à portée. Le livre ouvert se tient assis sur la chaise métallique. De mon crayon j’y inscris mon nom.
Sous l’arbre
un bruit de voiture glisse
Les marguerites n’ont pas baissé la tête
De leurs lèvres jointes ils arrosent les tomates à la langue de chez-nous. Le vent, le regard en dessous remonte à la peau. Le vert plein déborde d’amour
Niala-Loisobleu – 27/05/19
ENTRE TIEN EMOI 92

ENTRE TIEN EMOI 92
J’ai vu ses yeux
Un bel étang de femme-saule perdue dans un espace étrange
Le songe lointain des contrées et ses lèvres d’oiseau mouillées
Si bien que du bout de mes doigts j’aurais voulu les essuyer
Comme au matin, une fontaine, son sourire d’enfant comblé
Plus clair que l’infante Isabelle et plus vif qu’un jet d’hirondelles
Que l’oriflamme du matin et le miroir d’une sirène
Le page blond du printemps et l’alauda des mutinés
Est-il permis d’être aussi blonde à en rendre jaloux les blés
De Beauce et de Brie rassemblés au bord du chemin de sa course ?
Et je les entends murmurer que Dieu les a abandonnés
Et moi, Dieu je lui en sais gré pour la beauté qu’il m’a donnée
Vivace comme un fil de anche si le vent lui a ordonné
Ou si le vent l’a ordonné à la tendresse abandonnée
Comme un bouquet d’herbes de rives, humide et tiède sans parler
Humide qui me rend humide, les yeux entre rire et pleurer
Et sa joie à pleines dents blanches c’est Chartres au matin ressuscitée
Naïve et farouche Gavroche, ma farouche avec le menton
Ma naïve avec ses fredaines, ma fleur de neige et d’eau
Mon clown-enfant, ma barbouillée, ma korrigane libérée
Ma blonde enfant, ma tant aimée
Je vais apprendre à me taire, je vais apprendre à écouter
Passer le vent entre ses lèvres et je vais devenir léger
Je vais devenir léger
Et puis de laiteuses tendresses, je vais apprendre à calmer ces craintes d’enfant effrayé
Qui a peur du noir et appelle. Et je vais devenir berger
Jacques Bertin
Les mêmes ? Oui et non, qu’importe qui a voté, Marine on la doit à Macron dans la disparition d’une gauche droite et vice-versa…
Je te regarde
ton ventre que je fais rond
pourquoi Gavroche n’est-il plus sur la barricade
Louis, 24 ans,
m’a-dit j’ai pas été voté parce que je voulais pas que Macron passe…
A-t-on entendu de raisonnement plus affligeant ?
Revoilà Gribouille…
Tu sais Ma, oui tu sais combien l’Education Nationale s’efforce de sortir l’individu de la clarté élémentaire….
Niala-Loisobleu – 27/05/19
CE MATIN
CE MATIN
Silence de nuit complète à cinq heures
Janacek en quatuor à son dernier amour
Debussy pour
Chouchou fabrique un gollywooks
J’ai le tome de
Martin sur les genoux
De quoi hier ce lendemain était-il fait
Dont ils ne savaient rien nous le savons
Eux qui furent égaux dans cette nescience
Nous fiers comme des rieuses de veillée
Qui savons cela
Tout cela de plus
A la fin au moins cela qui n’est rien d’autre
Le gros caillou remonte
Dans la nuit tombe et en tombant retombe
Ils en sont à la fin d’aujourd’hui
Nous bien sûr au début de ce jour
Et eux là-bas hier encore à
L.A là
La faucheuse qui n’existe pas plus qu’un dieu
Les fauche eux et euses
Ce qui échappe avec le mot qui échappe ce n’est pas seulement un autre mot mais ce que les mots de la phrase comme des doigts tressent en laissant fuir
Une houle rostrale d’espace pousse
Le spacieux mascaret du vide
Rien qu’inventive expansion de nébuleuses en proue
Mais où donc est passé le temps ?
Des monades
sur la terre comme au ciel
implosent en trous noirs
Le centre est le sommet
Ce point le plus exposé au soleil
Il y a une écaille de la terre partout
À chaque seconde qui est plus proche
Du soleil que toutes les autres
Il y tombe à pic — pour un œil
À ce moment qui passe au zénith et que
Le reflet d’un éclair aveugle
Comme à l’orchestre tour à tour
Un spectateur s’allume
Au réverbère en diamant de la star
Qui lui tape maintenant dans l’œil
Pénélope c’était donc ça
La tapisserie d’un jour
Dont la nuit aura feint l’amnésie
Mailles de biens, d’échappée, de renonces
Faux filées de lecture et ratio de lumière
Elle lègue aux familles régnantes
La joie de ses derniers moments
De chacun on pourra dire
Il avait essayé plusieurs fois de se tuer
Veille à te regarder
pour te faire disparaître
La flèche touche une chose dans la nuit
Qui en devient sa cible
Un sens nous sommes
avides de signes
J’ai tout à me reprocher
dit le poème mot-dit
Car vous n’êtes pas irraprochables
— par l’anneau d’un comme visible ou non —
amis ennemis phases et phrases.
D n’y a jamais que groupes de ressemblances
faisceaux de semblants pour la pensée
qui s’approche du comme-un des mortels
cette anthropomorphose qui pourrait échouer
Michel Deguy
Ce matin , Ma , plus qu’hier je voterai pour toit
Niala-Loisobleu – 27/05/19
ENTRE TIEN EMOI 91

ENTRE TIEN EMOI 91
Autour d’ocres de terre que les rouges supplantent aux jaunes
L’arbre convulsif surgit
Noué rides en creux où la douleur tremble en permanence
Seuls où en interminables oliveraies
Aux cris de torses de parturientes ouvertes face à l’azur
S’alignent les jaunes acides d’une douleur créative
La pierre émerge en une ligne double projetée du big-bang
Toujours larmoyant
Au milieu de cette eau d’invasion méditerranéenne qui a gardé le guttural accent flamenco arabique
Le vent saute les remparts
Entre
Ressort
Partout où je t’ai emmené à l’autel
Sans que jamais il ait pu dénouer nos doigts
Que la mer à cache-cache dans une fenêtre percée à coeur de montagne
Tient à flot
Vertical assemblage d’un appel à nos prières
Ma, tes seins intercontinentaux en passe-pores…
Niala-Loisobleu – 26/05/19
ATELIER/PÊCHEUR 2
ATELIER/PÊCHEUR 2
Paroisse
Le long de la radio, sur un dernier travail
C’est tard la nuit, il est déjà dans les dix heures
Depuis longtemps dorment dans les chambres glacées
Des enfants protégés du mal par un signe de croix
Des femmes sont assises dans l’hiver. Il fait grand froid.
A la gare on attend encore le train de Combourg et Dol
Dans la prairie les gitans guettent le sommeil des chevaux
Ils ont plié le cirque dérisoire et ils s’en vont. Demain
Les maçons ne travailleront pas sans doute à cause du gel
Demain il y a messe pour la jeune fille qui est en deuil
De Nantes vient le givre avec ses cuivres. Il fait grand
froid.
Paroisse de l’année soixante. O périphérie de la paix
Femme posée comme une lampe à huile dans le silence
Rassemble dans cet écrin-là tous tes enfants. Emporte-les
Vers le bon dieu et qu’on ne nous sépare pas
Demande-lui si c’est bien demain que le payeur passe
Et quand va-t-on enfin goudronner la rue. Tu as froid.
Tu fermes la radio. Tu montes en faisant attention
Vers un endroit que je t’ai préparé dans ma mémoire
Et qui s’est détaché de moi pour vivre, comme une chanson
Où tu es bien parce qu’on ne nous séparera pas.
ATELIER/PÊCHEUR 1
ATELIER/PÊCHEUR 1
Le bouchon flotte ses couleurs sans hameçonner les gris dégradés qui courent dans la foulée
Autre bain
Où je nage
La douleur métaphysique lavée au couteau de la valeur du sabre
Le serpent-voyeur pris par l’aqueux dans sa serrure carnassière
Au loin je me fête enfant
Tuant l’amer
N-L – 26/05/19





Vous devez être connecté pour poster un commentaire.