FAUT-IL ÊTRE FOU
Faut-il être fou pour avoir aimé les rides d’un vieil Espagnol ?
Être fou pour avoir frémi aux pleurs d’une gitane aveugle ?
Être fou pour avoir bondi aux poings brandis d’un vieux Quichotte ?
Ici quinze cents sacrés cœurs mauresques et le drapeau de Charles Quint
Montent pour me clouer les yeux au mur d’un couvent andalou
Chez moi il y a des fontaines lourdes et des pommes d’après saison
Quinze gamins en mal de rêve y viennent sourdre des chansons
Chez moi de jambes folles vont les filles au long des matins de chardon
Prier Sainte Anne en ses chapelles en sa rose et bouquets d’ajoncs
Chez moi toutes les filles s’appellent Anne et elles ont toutes seins blancs
Cuisses lourdes et hanches vastes, j’y menais rêver mes troupeaux
Chez moi j’ai quatre amis, quatre poètes : Pierre, Jacques, Yves et Joël
Pierre, Jacques, Yves et Joël, oh, ne m’ayez pas oublié
N’ayez pas oublié nos filles, nos fredaines et nos chansons
Ici, derrière un vieux muret de pierres, j’attends la mort dans un sommeil
Peuplé du lait de femmes blanches au froid d’un marbre horizontal
La nuit, la nuit sur mon fusil de pierre je mords des chevaux andalous
Je blesse au vagin des gitanes, j’embrasse des épagneuls roux
Et de tendres gazelles blanches, et je brûle des orangers
Ici il y a un gamin timide avec des tulles de princesses
Qui brûle mes Républicains
Dernier matin de ma jeunesse
Déchirée de viol et de sang
La mort s’en vient, matin blafard
Dix-huit nuits m’ont amené là
Dix-huit rêves pour y venir
Dix-huit rêves pour y mourir
Je pense à toutes mes années
Je pense à toutes mes gazelles
Mes gazelles abandonnées
Pierre, Jacque, Yves et Joël
Nous nous sommes bien oubliés
Voici la Garce qui s’en vient et j’ai l’éternité pour moi
Pour une chanson dans le sol où l’amour est enfin réel
Jacques Bertin

IV Pierre de Soleil (1957); Octavio Paz.
tigre couleur de lumière, brun chevreuil
aux alentours de la nuit,
fille entrevue penchée
sur les balcons verts de la pluie,
visage adolescent et innombrable,
j’ai oublié ton nom, Mélusine,
Laure, Isabelle, Perséphone, Marie,
tu as tous les visages, tu n’en as aucun,
tu es toutes les heures et tu n’en es aucune,
tu ressembles à l’arbre et au nuage,
tu es tous oiseaux plus un astre,
tu ressembles au fil de l’épée
et au verre de sang du bourreau,
lierre qui avance, enveloppe et déracine
l’âme et la sépare d’elle-même,
Bon jour mon Alain…
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Oui à tous les marqueurs des aiguilles tu dis l’heur exact
Bon Jour ma Barbara…
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Il est très très l’Or
Mon Saigne Or…
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