LE GRÉSIL


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LE GRÉSIL

 

 

Dans l’emballage d’une maison de rêve lâchant ses rats entre ses dents cariées 
sa bouche-siamoise mictionne sa stratégie persécutrice. Ressemblant à s’y méprendre à celle tant décriée sur les médias mais affectant seulement le genre masculin. Pourquoi le genre des victimes ne serait pas renversé et  mis  à son tour dans celui des coupables ? 
J’ai tout ce qu’il faut pour vous montrer la réalité de cette existence (renseignements d’état civil et lieu de résidence) de cette bête immonde qui sort du marécage en tentant de rejoindre l’eau claire par reptations serpentines, c’est possiblement une femme? Hélas juste par le sexe (organe principal de cette chose qui n’a plus rien de féminin)
J’interdirai son infection d’entrer, sa frontière d’état et d’anonymat ne la protégeant  de rien 
Niala-Loisobleu – 16/01/19

LE GRÉSIL

(extraits)

Toute une vie le chemin

les pierres dans le soleil une roue exténuée

le moyeu creusé pour qu’elle tourne

éclaire, écrive

éclaire nos pas dans la nuit

par un harcèlement de mots du temps fracturé, du temps broyé, assouvi…

de retour du corps à corps

devenu le fil à fil

d’une inscription incestueuse

qui aurait trahi le masque, les sueurs, les cailloux.

l’eau morte des vies coulées dont on ne sort qu’en taillant à vif : la vigne vieille, le rosier neuf

le ruissellement de la pluie

Une tête prise au collet la mienne chaque nuit

harnachée, tuyautée, branchée sur une soufflerie d’air

commise à dépiauter, à ronger la sentence de mort

d’une obstruction qui bourgeonne — du chiendent qui prolifère

dans la hure du ronfleur

Dans les découpes gravées j’ai cru voir

la sœur de ma cage d’air

une cage ouverte

et fermée, dans laquelle

je dors —je dois dormir

un cachot intraduisible

que l’obscurité du vent rebrousse

assèche, et désertifie

ma discorde dort masquée la pointe suture, et

réconcilie

Tu serais avec moi sous le masque nous nous endormirions garrottés

corrodés par la sécheresse

momifiés dans la couleur

adossés à la toute-puissance du modèle absent

toi, moi, l’autre, le souffle qui se tresse

à l’insignifiance de l’air déchaîné

un vent machinique un vent sans bourrasques ni accalmie

pour abattre une floraison excessive, un barrage de mots dans la nuit

et dégager le passage d’un sommeil à vif

poussé au rouge

et la distorsion

des figures du sommeil

*

Se lever tôt, se coucher tard, restreindre l’espace de réparation

retrouver

le souffle des mots perdus hors de la cage d’air

comme un cheval qui se bat contre les taons, le hasard, contre les mouches

et le noir

avec tes contre-cages odorantes

avec les insectes doux

d’un visage de femme-enfant

qui se glissent, qui se jouent entre les branchies

et la soif

Je suis sans identité

comme, coupant, par les bois le pas d’un autre,

toujours un autre, à la fin, par les bois

l’étirement de la peur dans le poignet, les veines alanguies du bras

ma mort, sans l’avoir vécue, elle, sans voix, me tirant…

toute l’eau du ciel dans les feuilles de la forêt, dans la résonance des pierres

empêchée d’écrire — écrivant ce qui me tue

sans une goutte de sang *

Le poète — il n’existe pas —

est celui qui change

de sexe comme de chemise

une humide contre une sèche, une rose contre un caillou

et vice vers…

précipice un feu de branches déjà vertes…

quelles fleurs pourraient surgir rien ne presse

que le pas

l’ombre qu’il jette

Les mots me manquent pour jouir du chèvrefeuille, du jasmin

frappé par le vent violent le sol brille le jour bat je suis aveugle — et lié

à ta voix indestructible qui compte le vide des pas

sous les fibres de l’image le mot relance la mort

de la déesse calcaire…

le corps vient de rajeunir le souffle de s’éparpiller

 

Jacques Dupin

 

3 réflexions sur “LE GRÉSIL

  1. Les uns et les autres, Jean Follain

    Loin du souci des histoires de femmes
    l’égalité d’un soir a parfois réuni
    les derniers jardinets sur la route incurvée
    le profil d’un homme à mains ouvertes
    et l’animal sincère
    en toutes ses journées
    mais d’autres restés en proie
    aux plus vieilles douleurs
    serrent leurs poings autour des cabdélabres
    éclairent le visage d’un hôte imaginaire
    et cherchent en pleine nuit
    le visage d’amour

    Ton, animal sincère, en toutes tes journées…

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