8 réflexions sur “LEVEE D’ENCRE

  1. UNE FEMME UN OISEAU

    L’oiseau très grand, qui survolait la plaine
    au même rythme que les creux et les collines,
    longtemps nous l’avions vu planer
    dans un ciel absolu
    qui n’était ni le jour ni la nuit.
    Une cigogne? Un aigle? Tout ensemble
    le vol silencieux du chat-huant
    et cette royale envergure
    d’un dieu qui se ferait oiseau…

    Nos yeux un instant détournés
    soudain virent descendre la merveille :
    c’était la fille de l’aurore et du désir
    ange dans nos sillons tombé avec un corps
    plus féminin que l’amour même et longue longue
    posant ses pieds à peine sur le sol car le vent de ses ailes
    la soulevait encore. Enfin le lisse et blanc plumage
    sur cette femme de cristal se replia. Elle semblait ne pas nous voir
    ni s’étonner qu’un lac
    au-devant de ses pas s’étendît… déjà

    elle y plongeait en souriant pour elle-même
    heureuse de se souvenir
    des éléments antérieurs
    et d’un temps sans limite… Elle ourdit dans cette eau transparente
    les signes d’un langage inconnu
    puis s’ébrouant, cernée de perles,
    de nouveau brillante et glacée,
    elle frappa du pied la terre… Telle je la vois encore
    légèrement inclinée en avant
    et déjà presque détachée,
    telle nous l’avons vue monter et disparaître dans l’azur.

    C’est depuis ce temps-là que je sais
    par quel subtil vouloir et quels secrets mouvements
    nous pouvons voler quand tout dort.

    (Jean Tardieu)

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