NOTRE JARDIN BLEU 4


NOTRE JARDIN BLEU 4

Et nous nous sommes éveillés

dormant encore sur l’élan

de la liberté des corps

au jardin bleu érigé contre

la ferraille usée

des passagères rencontres

qui laissaient un goût de sang

à nos bouches éprouvées.

J’ai planté mon âme

au coeur de tes rosiers anciens

qui dessinaient les ruelles artisanes

de notre Eternel besogneux;

 tu t’es niché au creux

de l’asile transitoire

que racontait cette histoire

d’eau libre et de feu.

Au bleu pavot du matin,

nous avons mis en dépot dans nos mains

jointes

l’oiseau chaud de nos poumons

nous promettant que son vol n’emprunte

jamais la triste artère du commun.

Barbara Auzou

P1050728

Notre Jardin Bleu 4 – 2018 – Niala – Acrylique s/toile 61×46

10 réflexions sur “NOTRE JARDIN BLEU 4

  1. ACTES

    monte écouter par le chemin du sang après d’interminables préparatifs de repas de mariages de passions de toilettes de maison de rangement d’opinions ils se tassent les uns
    à côté des autres

    redresse enfin monte écouter le chef d’exode qui d’un geste les décapite ouvre l’ouïe à l’absence puis greffant une parole à leur corps les ravive

    Moïse confié aux phasmes
    Invente pour eux leur homologue
    La ville le peuple l’histoire

    Voyons l’esprit nomade allons l’accueillir
    Avec honneur avec préparatifs
    Sortons au-devant de lui est-ce lui

    Sur le chemin tout le jour qui monte à
    Damas
    Sa voix reconnue comme la voix d’un autre
    Alors entra ce qui était là
    Les murs firent un pas en avant
    Les meubles se présentèrent dans l’horloge ininterrompue

    Le silence fut chez lui

    Ce que ça coûte d’écrire, comme vous dites, vous ne le soupçonnez pas, le taedium, l’endurance du jeûne.
    Tristesse, te voici.
    Je te reconnais à la lisière de l’orage avec tes habits de
    Sologne.
    Oui, l’humeur vague où vous baignez je la crispe en paroles; mes yeux sur vos épaules pour vous aviser :

    une certaine attention que vous n’apprîtes pas, et c’est pourquoi la sourde déception vous entoure souvent.
    Ce qui au vol vous échappe, je suis là pour vous le dire — trop tard.
    Il vous a échappé ceci, qui s’est posé pour moi comme une semence de platane; ceci qui fait que je peux saluer la tristesse : il y avait je ne sais quelle résignation de la
    très petite fille pendant que la mer cernait cette dune avancée ; le large évacué soudain comme le mail sous l’orage, et tandis que la bouche d’un oncle retombait, un de vos
    fils rejetait sa mèche en silence; il y avait l’angle de son cou et l’automne amené de force par l’océan comme un tri de taureaux camarguais; tout ce que vous ne savez pas
    joindre et qui vous tourmente maintenant comme un profond parasite; ces relations rapides dont vous êtes victime; je veille, vous me trouvez silencieux.
    J’appelle la circonstance porche de septembre.
    Vous me trouvez taciturne, j’attends comme un serviteur d’accueillir ces lignes que vous négligez; la douleur même de mon épaule et l’oisiveté d’un enfant qui transforme, le
    temps d’un dactyle, la chaux en mur lamentable; l’entrée de la mouette de dos dans le taillis de l’averse; l’éternel retour, fugitif, inattendu, des motifs dans notre cirque de
    courbes, il me faut veiller sur la lampe à huile pour l’attendre tard et qu’il me trouve prêt malgré tout à remarquer le signe rapide dont il honore; vous êtes sombres
    parce que vous n’avez pas su — vous en êtes innocents, et pourtant malheureux — que c’était à saisir, ce bas aparté contemporain d’un if qui se rejette, et, j’y
    reviens, les deux bras silencieux de la très petite fille acceptant soudain sa mère et son père, mais la fenêtre battait, le gardien des vaches siffle, une main retombe au
    premier plan, et ce geste pour chasser l’insecte, qu’on prend pour une larme, et voici la tristesse entre ses deux parois qui nous invite à traverser.
    C’est à quoi je m’emploie.
    La tapisserie défaite et retissée, l’étrange filet tendu pour vous mais vous ne le relevez pas, de silhouettes de contes, de rameaux en couleurs, d’alertes chez les oiseaux,
    d’entrailles de jusant, de pages écorchées, d’assonances fanées qui revivent, car tout est rencontre beaucoup plus surprenante que celle d’un tesson et d’une fleur dans le
    même réseau, et l’art de nos époques rejoint ce qu’il y a, la concroissance instantanée de regards et de branches, ces alignements d’amers : votre manche, le bouton noir de
    la fenêtre, un cri de gibier; cette carte marine changeante : quelles hauteurs de tons différents dans le faisceau qui se défait aussitôt de nos phrases, on dit «
    conversation », le vent ouvre un livre, et c’est
    Pindare que la couverture recache, un avion s’enivre, la voile rouge de
    Thésée double le cap de
    Branec, la chanson à la mode croise la rue, les sœurs échangent des propos méchants, tristesse te voici.

    Art poétique

    Le corps et sa charade
    Quand le vent s’enroule dans les veines
    Un vivant crucifié

    Le haut lui passe, un tuteur aux épaules
    Ii marche pendu
    Contre la pesanteur

    Le nom et la chose

    Disant à son fils le nom d’une fleur

    (S’il n’oublie pas son premier vers le poème décline)

    Liseron mais pourquoi, fragte er,

    Cette fleur ne s’appelle pas blanche?

    Albe liseron grimpacée

    Le nom qui convient mimerait quelle genèse

    Le voyage

    Au pays où les hommes sont pieux

    Et la lune croissante
    Les morts les corbeaux les cyprès fortifient ensemble
    Un argument contre l’idéalisme (j’ouvris un livre sur la déportation : celle à qui fut donné de vivre dans son tombeau ses jambes se séparaient)

    L’œuvre et le nom

    L’Aurige au visage d’Aurige

    Doucement staring at

    (toutes levées vers lui les consultantes

    cerclant sa figure orbitante)

    Enseignait que l’œuvre ne déçoit pas son nom

    I^e poème et son espérance

    Entre l’or et le ciel un grand vent

    Il rendrait la justice sur la litière du bateau

    Les oiseaux sans compte auguraient

    Ce qu’un poète a fait

    Un autre ne peut le défaire

    Le mot chargé d’horreur, d’aimant
    Prête son nom à ce qu’il intitule
    Nef chargé de sel, de distance
    Prête son nom au bateau confondu avec lui
    Tandis qu’il passe en secret alliance
    Avec bleu — lui déguisé en échantillon —
    Ils tolèrent le commerce fructueux
    De leurs homonymes pseudonymes

    (Topposerais-tu, lecteur (ici tutoyé comme naguère), lecteur que les statistiques disent soupçonneux envers les vers, t’opposerais-tu à ce que nous feignions, non sans
    jovialité, de distinguer entre types de poèmes?)

    Poème pour (re)poser questions qu’on ne pose plus en dehors du poème, même pas la « phénoménologie », qui doit choisir ses phénomènes,..

    Les chiens vont sur la terre comme nous sur le tapis

    de la mosquée
    Pour courir « comme eux » il faut le long métier

    d’athlète «
    D’un bond » l’un, s’il est distancé, un chien
    Rejoint silencieusement l’autre
    II n’est pas lourd
    Mais simplement comme un bateau ou plutôt
    La terre est une étrave et leur course la houle discrète
    Que veut dire ergo la lourdeur des hommes?

    Il y a aussi des histoires de famille :

    Souvent quand elle ferme la porte
    Ma fille rentre plus précoce
    Elle porte son image devant

    Comme le feu dans la férule

    Visages apparentés font comprendre les masques
    Un souffle de verrier creusant le plasme les promut
    Vide enceint d’os la face comme la terre
    Que tu t’excentres en vain pour voir
    Le masque des «
    Deguy » des «
    Balubas »
    Devant « soi » crocheté à la cimaise de l’axis

    De toi tu parles à la première personne
    L’eau me coulait sur la bouche
    Et c’est peu supportable

    Des notes prises au cours de vivisection quotidienne :

    Les greniers du ciel se remplissent

    La mort dans la main gisante se réveille

    Les jours un fardeau de bûches
    Qui disparaît par le col des épaules

    Les yeux se rejettent
    Avant l’os qui va suivre

    Le stère du temps s’écroule
    Comme un visage du
    Greco

    Des fables :

    Traité de l’équilibre des liqueurs

    Entre les paumes le vase d’air, entre les côtes
    Le vase de bronches, entre les ailes ce vase,
    Entre les hanches ce vase d’arachide, entre
    Les ailettes ce vase d’os fin, entre les myocardes
    Ce vase de sang, entre les amis ce vase de cendre

    Entre les lèvres ce vase courtois, entre les oreilles ce
    Vase de lignes, sur la tète cette urne bleu ciel
    De sorte que si tu renverses un verre les femmes s’affolent

    Des moments de nostalgie :

    Fin dans les villes sur le dos
    Du fleuve d’où la ville se découvre
    Ovide
    Lucrèce
    Gœthe
    Suarez
    La
    Renaissance la
    Rhétorique
    Hardes qui vêtent sur les ponts
    Le cynisme qui change d’échelle
    Sous l’urne bleue des restes du ciel

    Des autoportraits :

    C’est fait de la même manière un endroit

    Rio quand vous y êtes ou
    Neuville ou
    Lima

    Le linge de
    Cusco d’églises sur la pente

    Les naïades
    Varig dans les agences transparentes

    Le grain des bords le temps de tourner la rue

    Je ne peux congédier le grand souk du transept
    Il n’est fidélité dont je ne sois capable
    Ici des hommes qui s’appellent
    Rivière

    (Quand deux poètes se font face

    Il vaudrait mieux que ce fût

    Deux lutteurs turcs à culotte graissée

    Oiseaux du même sexe étonné

    Eux s’évitent comme deux métamorphosé»)

    Des moments de rêverie, portée au refrain, au blason, au souvenir :

    Où la
    Loire abrite
    Comme un nuage
    Où la carte ressemble
    A la carte du tendre
    Le
    Loir et
    Montrésor

    « ô tours ô chambres ô femmes ô cavaliers ô jardins et palais »

    Cette aflluence que
    Tenfant doit voir
    Du féminin et de son masculin
    Cet échange que l’enfant doit savoir
    Du masculin et de son féminin

    Car la rivière est
    Loir

    Et le fleuve est la
    Loire
    Tandis que dort leur homonyme
    Dans l’autre règne et dans l’autre saison

    « ô tours ô chambres ô femmes ô cavaliers ô jardins et palais »

    Jeanne est un synonyme

    Une femme une rivière

    Où s’agenouille le lavoir

    Au creux de notre histoire

    En cette langue patriotique où riment

    Loire gloire et croire et
    Loir et soir

    « ô tours ô chambres ô femmes ô cavaliers ô jardins et palais

    Non des fleurs ou des songes

    Mais cherchant le langage de langue

    Car si j’écris victoire

    Ce n’est pour que vous voyiez rouge

    Mais pour que vous entendiez
    Loire

    « ô tours ô chambres ô femmes ô cavaliers ô jardins et palais »

    Et, pourquoi pas, donc, des jeux d’anagramme :

    As-tu remarqué comme les bêtes tiennent leur distance?
    A peine entrons-nous, elles se dérobent, reculant jusqu’aux bords : corbeaux, cervidés, chats même, ces ailes entrevues qui décroissent; de sorte que pour les voir il fallut
    les lier à la maison, poissons qui détalent, bêtes évanouissantes tant que les enfants ne savent pas leurs noms et qu’ainsi, vivant sur la terre, elles demeurent
    inconnues.

    Le loup alors, le loup que des lunettes même ne suffisent à rapprocher, et qui se métamorphose en berger dès que nous l’encageons, le loup posé sur la lisière de
    la nuit entre chien et crépuscule, le loup serait un des noms de la bête incapturable ; plutôt, il nomme l’imminence de ce qui nous frôle, la noirceur, tout près de
    nous, de toute quasi présence à contre-jour; car la lampe dissipe l’ombre, mais il suffit d’un couloir, d’un resserrement, de quelque coude qui cache la vue pour que les’ enfants
    pressentent son embuscade.
    Et pour chacun quand il s’agit de paraître dans une identité défiant toute connaissance, à la faveur de la fête on se masque avec sa peau.
    Le loup dévore son antonyme la poule blanche, ronde, étourdie ; son blason contrasté offre cette étrange figure de l’intérieur qui échappe à toute
    révulsion : sa peau retournée ne le livre pas; la mort ne le menace pas.

    Aujourd’hui que l’homme-loup de
    Frazer ou de
    Gordon pend dépecé dans les musées de l’Homme, l’enfant et le loup, l’enfant-loup en un comme le
    Mino-taure, que la chronique inquiète tire parfois d’une forêt-monstre du
    Dekkan, l’enfant qui surveille les bonnes versions de la fable, l’enfant-joue, l’enfant qui se change en cache et que fascine la simple irruption, pareil aux insectes qui se médusent par
    leurs ocelles, l’enfant dont le cri de jeu n’est qu’une longue assonance au loup, l’enfant hou-ou, pour lui le noir est métaphore du loup, tout lieu reculé son anagramme…

    Le loup de profil, figure de ce qui va surgir de tout angle, le loup en oreilles, jaloux triangulaire omni-absent comme la face cachée des choses, doublure ombreuse au verso de ces
    retournements même qui cherchent à débusquer tout le non-vu et s’imaginent que l’inouï va bientôt être tiré au clair, c’est de son pas que s’approche, la
    langue l’atteste, à la faveur de l’obscur tout l’envers innommable dont le secret ne peut pas être levé.

    (Que le poème enveloppe une valeur de grammaire première, refondation de tropes, naissance de l’usage ou pouvoir de la langue dans ses possibilités.)

    Maintenant

    Elle peut venir à tout instant

    «
    Maintenant nous voyons en figure »

    Il n’y a qu’une seule figure

    La genèse est de mise :

    Nous sommes dépossédés —

    De la distance du génitif

    Comparution
    Comparaison

    Maintenant elle peut paraître à tout instant

    «
    Cette chose formidable

    Disait l’Homme-qui-rit
    Une femme en son nu »
    Métaphore est anagramme
    D’Aphrodite anadyomène

    O promise ô saisissante
    Le n’-approche-pas de ton lever
    Met en état le poète dessaisi
    De soutenir l’apparition

    «
    Comme en un jour de fête »

    Le poème commence fête rythmique par son ouverture ouvragée qui fait le silence, et nous aurons des mots pleins d’odeur légère…
    Car un poème est une sorte d’anagramme phonique de ce « mot de lui-même » qu’il ne livre pas autrement, ce mot crypté en lui comme l’acrostiche sonore qui se cache,
    cette arcature qu’il cherche en avançant comme le sourcier de sa propre source, une sorte de variation paronomastique sur son propre ton-clé qu’il fraye aveuglément à
    soi-même; le poème se fait sonner pour ausculter son cristal.

    Michel Deguy

    De retour au Pertuis pour ce jour, je le cabane, clair, boyau ouvert ton ventre coquillage ma Barbara beau soleil…

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