CHEMIN DE HÂLAGE


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CHEMIN DE HÂLAGE

Sous la nappe mon sommeil-corail

disparaît au fond de l’évier du plongeur

l’éponge halête

le dessein d’un calcul d’armature

La porte ailleurs est-elle derrière, devant où immobile sur le fond ?

Ombre tes fards sont étain

rentre tes sirènes quelque part

j’en ai les yeux noyés

au bout de l’onde du ricochet

Niala-Loisobleu – 12 Juillet 2018

 

9 réflexions sur “CHEMIN DE HÂLAGE

            • DIT DU PÉRÉGRIN

              Je ne sais pas
              Disait la voix.

              Je sais que c’est la nuit,
              Que rien ne me réclame,

              Que j’envie les damnés.

              On s’en occupe,
              Au moins.

              Ce n’est pas lui

              Qui aurait rencontré
              La biche fatiguée,

              Assoiffée, camarade.

              Il arrache un peu de ciel,
              Il arrache du nuage.

              Tout en marchant,
              Il les malaxe

              Et il fredonne la bouillie.

              *

              Un brin d’herbe,
              Après tout,

              Ça fait assez superbe
              Pour un grand rendez-vous.

              En marchant dans la nuit
              Il est forcé de croire

              Qu’il finira toujours,
              N’importe où il se trouve,

              Par tomber sur les quais d’un port
              Où les bateaux sont épargnés.

              *

              Il ne pense pas au port
              Pour le voyage, le départ,
              La grande mer.

              Il rêve au port

              Pour bien sentir la terre,

              Pour s’accrocher à elle.

              *

              Ce qui lui manquait
              Dans ses va-et-vient,

              C’étaient, en bien des lieux,
              Des fruits à hauteur d’homme
              Qu’il n’y a qu’à cueillir.

              *

              Pas une étoile
              Qu’il pourrait
              Arracher à la nuit.

              Pas une.

              Il voyait la nuit
              Pleine de masses d’eau
              Confuses, menaçant
              De s’entre-dévorer,
              Un peu pareilles
              A des huiles de vidange,

              Et il se voyait, lui,
              Obligé de marcher
              Sur une passerelle

              Sans rampe
              Et qui tanguait. *

              Aucun coucou
              Ne l’accompagna

              Quand il allait
              Seul dans le noir

              Vers le printemps
              A ramener.

              Il y a pourtant des chemins,
              Un peu partout quelque chemin,
              Pourquoi pas pour lui?
              Pourquoi toujours ce sol
              De mare ou de lise?

              *
              C’est entendu :

              On n’arrivera pas.
              Mais qu’on puisse au moins
              N’avoir plus à marcher,
              N’avoir plus à chercher,

              Pas plus dans les prairies,
              Dans les marécages,

              Pas plus dans les landes,
              Dans les places des villages,

              Que dans les autodromes
              A l’intérieur des roses.

              Encore s’il avait pu
              Parfois s’arrêter dans un mot,
              S’y reposer un peu de temps.

              Mais ils étaient tous
              Dans le tremblement.

              Partout où il passait,
              Devait passer,
              Croyait passer,

              Il lui semblait
              S’être enfoncé déjà.

              La mémoire non plus
              N’était pas amie. *

              Il y eut sur lui
              Comme des souffles de bêtes,
              Assez chauds et poisseux,

              Mais jamais il ne put
              Toucher le corps velu.

              C’était peut-être
              Le souffle de la terre. *

              Déjà bien assez
              D’avoir toujours
              Plus ou moins mal.

              Faut-il encore
              En avoir honte —
              Et à ce point?

              Est-ce qu’il a
              Demandé l’aumône?

              Il a parfois
              Partagé des lits.

              *
              Aucun aparté
              N’était donc définitif,

              Tout à l’heure
              Elle ne sera plus là

              Et il aura faim
              A manger sa soif.

              *

              Il y en a
              Qui, paraît-il,

              Ont vu des signes
              Sur l’horizon.

              Ils savaient lire.

              *

              Jamais

              Il n’a cru Être le seul pestiféré.

              Les non-pestiférés
              Peut-être d’ailleurs
              Qu’on les parquait.

              C’est pour leur sauvegarde
              Que les autres
              Avaient l’errance.

              *

              Ceux qui sont enracinés
              Et qui s’en plaignent

              N’ont plus, c’est vrai,
              A se raconter

              Qu’à des espèces
              De choses bigotes,

              Agenouillées
              Entre des pierres

              Ou gisant debout.

              +

              Présent!

              A quoi n’avait-il pas
              Répondu :
              Présent?
              Et puis, quoi?

              C’est aux nuages

              Qu’il aurait voulu s’accrocher.

              Pour une fois tâter
              De la hauteur.

              Cette boulimie qu’il avait
              D’immobilité.

              Ce rêve

              De stabiliser

              L’immobilité.

              Même les rocs
              N’étaient pas sûrs.

              Jamais la mer
              Ne venait se mêler
              A ses bagarres.

              Jamais la mer
              N’avait besoin de lui.

              Mais les autres, c’était
              Pour quoi?

              L’aurore boréale

              Qu’il macula

              De ses sarcasmes,

              Elle qui ne servait à rien
              Qu’à le montrer à tous

              Escaladant la roche,
              Dégringolant
              Dans l’eau croupie.

              Il n’a pas souvenir
              D’avoir lui-même
              Mutilé ces gens, ceux-là

              Qui crient et gesticulent
              Au long de son chemin.

              Le plus terrible
              Ce fut

              Cet œil de chat
              Qui regardait

              A travers lui

              Approcher leur avenir.

              A qui s’en prendre?

              C’était assez d’avoir
              A gouverner ses pas.

              Ce bonheur flagrant
              Des feuilles et des fleurs

              Qui résistait à son passage.

              Probablement
              C’était son lot

              D’être expulsé

              Comme la graine du genêt.

              Toujours ce battement
              Pour rythmer les absences.

              Comme si l’univers Était une horloge

              Et la terre un pendule.

              Ah oui ! le soleil !

              C’est vrai

              Qu’il y a quelque part

              Le soleil.

              Pour se voir pris, repris
              Par le vertige,

              Il n’avait pas besoin
              De monter bien haut.

              Même pas

              De monter du tout.

              Un marais salant,
              C’était assez.

              Un talus.

              *

              Cette chose
              Qu’il arrachait,

              Il avait beau
              La densifier
              Avec du lui-même,

              Essayer d’en faire
              Des béquilles
              D’ouate et d’acier,

              Ça ne l’empêchait pas
              De patauger

              Dans une espèce de boue
              Pétrie avec ses cris.

              *

              Parfois,
              Les cloches.

              Venues de partout.

              Pour quel glas?

              Il n’a jamais
              Envisagé de reculer.

              Il a toujours pesé,
              Poussé, il s’est arqué
              Pour avancer.

              A preuve,

              Cette boue sur lui.

              A preuve,

              L’usure de ses habits

              Aux points de frottement.

              *

              Mais oui, bien sûr,
              Que parfois

              Il s’est réveillé

              Sur le bord d’un pré

              Qui entonnait le jour
              Par les pâquerettes.

              Il aurait voulu
              Y lire aussi

              La bonne augure.

              Ce qui lui plaisait
              Assez fréquemment

              C’était de se vivre

              Écorce de chêne

              Le temps d’un sommeil.

              Il ne sait plus

              Où se trouve la rue

              Qui monte et donne
              Sur le gouffre

              Où s’étale

              Une partie de la ville,

              Très bas, où les corbeaux
              Ne descendent pas.

              Pas peur des puits :
              Il y a les margelles.

              Pas peur des murs ni des arbres
              On s’y cogne et on repart.

              Pas peur de la mer :
              On lui tourne le dos.

              Pas peur des cimetières
              On s’y assoit.

              Pas peur des monstres :
              On les badigeonne.

              Peur de se perdre
              Dans cette ouate
              Hors des dictionnaires.

              Merci, les chiens de garde,
              Les vaches de bruine.

              Merci, les buissons.

              Merci, les bancs
              Quand on les retrouve.

              Merci, l’aurore —
              Et cette main

              Comme un sourire.

              L’œil de bœuf
              Dans la cathédrale,

              Jaune et bleu

              A travers l’ombre,

              Celui-là

              Le reconnaissait.

              Une musaraigne
              Lui a demandé
              Le sacre.

              Il le lui a donné
              Au pied des ajoncs.

              Il n’a jamais
              Endossé de pourpre.

              A d’autres, celle
              Du couchant.

              A l’aube,
              Certains jours,

              Il croyait avoir part
              Au chant du rossignol.

              Il n’aimait pas du tout,
              Entrant dans des cités,

              Étrenner sur des dalles
              La boue de ses souliers.

              Il ne s’assoit pas tellement
              Dans l’ombre des cathédrales.

              Il préfère les recoins

              Où ne passent

              Que les chiens et les mouches,

              Où il a parfois pour lui
              La gloire du pissenlit.

              Le sourire de ses doigts Était son sceptre.

              Il lui arrivait
              De le saluer.

              Eugène Guillevic

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