PORTE-BONHEUR
Au coin du drap où penche l’absence de mots dérivés
je fleuris une pensée paillarde en litière
T’hennie la braise du soufflet de ta poitrine
Je forge un faire
la vérité….
Niala-Loisobleu – 9 Juillet 2018

Au coin du drap où penche l’absence de mots dérivés
je fleuris une pensée paillarde en litière
T’hennie la braise du soufflet de ta poitrine
Je forge un faire
la vérité….
Niala-Loisobleu – 9 Juillet 2018

Comme l’erreur sur terre ce « tronc » de cul-de-jatte décapité
dont l’anagramme sonne « contr’ » et l’apostrophe être en filigrane
v’i sous le couperet avec la femme sans tête
Rêve et
Réel d’usurpateur mâle (l’Androgyne et le
Monde) s’ombrent
à perte
de « 100 » pour « sans »
Ce n’ombre acéphale résonne hors mesure
La quête sans queue ni tête en dérive
« en dérive » chose et « en dérive » verbe
En tête à tête sous la guillotine
pendant la révolution quotidienne
tirant hors tarot et de la bouche du pendu
la langue des oiseaux mouche, langue adversaire
Gynandre s’embarque sans barque
Ghérasim Luca
P. ne veut pas que l’auteur sorte de son livre pour aller voir comment ça fait du dehors.
Mais à quel moment sort-on? Faut-il écrire tout ce qui est pensé à propos d’un sujet? Ne sort-on pas déjà en faisant autre chose à propos de ce sujet que de
l’écriture automatique?
Veut-il dire que l’auteur doive rester à l’intérieur et déduire la réalité de la réalité? Découvrir en fouillant, en piquant aux murs de la caverne?
Enfin que le livre, au contraire de la statue qu’on dégage du marbre, est une chambre que l’on ouvre dans le roc, en restant à l’intérieur?
Mais le livre alors est-il la chambre ou les matériaux rejetés? Et d’ailleurs n’a-t-on pas vidé la chambre comme l’on aurait dégagé la statue, selon son goût, qui
est tout extérieur, venu du dehors et de mille influences?
Non, il n’y a aucune dissociation possible de la personnalité créatrice et de la personnalité critique.
Même si je dis tout ce qui me passe par la tête, cela a été travaillé en moi par toutes sortes d’influences extérieures : une vraie routine.
Cette identité de l’esprit créateur et du critique se prouve encore par l’« anch’io son’ pittore » : c’est devant l’œuvre d’un autre, donc comme critique, que l’on
s’est reconnu créateur.
*
Le plus intelligent me paraît être de revoir sa biographie, et corriger en accusant certains traits et généralisant. En somme noter certaines associations d’idées (et
cela ne se peut parfaitement que sur soi-même) puis corriger cela, très peu, en donnant le titre, en faussant légèrement l’ensemble : voilà l’art. Dont
l’éternité ne résulte que de l’indifférence.
Et tout cela ne vaut pas seulement pour le roman, mais pour toutes les sortes possibles d’écrits, pour tous les genres.
*
Le poète ne doit jamais proposer une pensée mais un objet, c’est-à-dire que même à la pensée il doit faire prendre une pose d’objet.
Le poème est un objet de jouissance proposé à l’homme, fait et posé spécialement pour lui. Cette intention ne doit pas faillir au poète.
C’est la pierre de touche du critique.
Il y a des règles de plaire, une éternité du goût, à cause des catégories de l’esprit humain. J’entends donc les plus générales des règles, et c’est
à aristote que je pense. Certes quant à la métaphysique, et quant à la morale, je lui préfère, on le sait, pyrrhon ou Montaigne , mais on a vu que je place
l’esthétique à un autre niveau, et que tout en pratiquant les arts je pourrais dire par faiblesse ou par vice, j’y reconnais seulement des règles empiriques, comme une
thérapeutique de l’intoxication.
Francis Ponge
Yeux ouverts des maisons clignant dans l’ombre claire,
Bouge aux yeux avinés, hospice aux yeux jaunis,
Maisons pleines d’horreur, de douceur, de colère,
Où le crime a sa bauge, où le rêve a ses nids.
Sous le fardeau d’un ciel qui n’est plus tutélaire,
Maisons des poings levés, maisons des doigts unis;
Les globes froids des nuits sous l’orbite polaire
Roulent moins de secrets dans leurs yeux infinis.
Emportés çà et là au gré des vents contraires,
Vous vivez, vous mourrez; je pense à vous, mes frères,
Le pauvre, le malade, ou l’amant, ou l’ami.
Vos cœurs ont leurs typhons, leurs monstres, leurs algèbres,
Mais nul, en se penchant, ne voit dans vos ténèbres
Graviter sourdement tout un monde endormi.
Marguerite Yourcenar
Les mains en avant à travers la nuit
Nous sommes tous descendus dans une cité souterraine
qui n’en finit pas de s’étendre
et nous nous cherchons les uns les autres
à tâtons sans jamais nous retrouver.
Parfois à la lueur faible qui tombe d’en haut
par un puits ou par une faille dans la roche
nous apercevons une trace
une image détruite
un écrit presque illisible une empreinte de pas
et le cœur soudain rempli d’une joie enfantine
nous nous dirigeons de ce côté croyant comprendre le
message mais notre espérance est toujours déçue.
Pourtant ceux que nous cherchons dans cette ville,
c’est eux qui nous avaient promis
de ne jamais nous abandonner :
ils nous avaient comblé les mains et la mémoire
de glorieux vestiges
de tous les dons qui ne s’achètent pas…
Nous avons tout gardé nous sommes fidèles
mais les parjures nous ont trahis
ils nous ont égarés dans le labyrinthe
sans nous laisser le plan ni le trajet ni la clé.
Ici où nous tournons sur nous-mêmes sans fin
la poussière a recouvert nos trésors plus rien ne brille.
C’est à peine bientôt si nous saurons
nous souvenir des promontoires
d’où l’on embrassait d’un seul coup d’œil
les mers les forêts les collines avec leurs villages,
où tout le monde se retrouvait dans le bruyant cortège
le long des routes bondées de charrois
et dans les rues illuminées
pleines de cris d’enfants.
Jean Tardieu
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