L’HOMMAGE DE CUECO


 20140524-221145-79905796

L’HOMMAGE DE CUECO

 

Savonnant ce ciel gris comme on gratte à la ponce un mat à faire briller, je tire le chaud et fais partir la couleur froide de la pente à gravir.

La montagne Ste-Victoire marque un signe vivant au centre d’un univers penché sur sa mort, tenace comme une révolte contre l’Art Officiel. Témoignage quelque part chevaleresque comme se qui se hérisse toujours dans le mouvement érosif emmené par le courant. Cathares Corbières m’entendez-vous ? J’ai le coeur attaché à suivre intrinsèquement la pendule lunaire qui fait l’estran quoi qu’il arrive sans se laisser abattre.

Cézanne s’est fait gardien et veille dans le désarroi d’un art galvaudé.

Cueco  lève le relais.

L’amour manifestation universelle de l’Art n’est pas mort. Il a seul cette éternité qui fit que d’aucuns pensèrent inventer des dieux pour en bénéficier. Dans les remugles de la création le cri a forte affaire avec l’éboulis. Ce ne sont que quelques cailloux qui roulent, la montagne est bien enracinée. J’ai la joie malgré l’eau sale qui ne tient plus qu’au tapis, autour plus rien ne baigne au marécage. Libre de t’y asseoir la culotte ne crains rien des tâches, elles sont toutes que peinture.

https://culturebox.francetvinfo.fr/arts/peinture/revoir-cezanne-l-hommage-de-cueco-au-peintre-provencal-249819

 

N-L – 14/06/18

NO RIA


41732684

NO RIA

Rares sont les derniers points d’eau

à remonter des nappes par d’incessants pompages au secours

arrive que tombe le masque

d’un simili échafaudage

Le plan hors sec

se débat

derniers sursauts de l’ouïe

la barque trop chargée crie son non

L’horizon bloque des quatre faire

l’iceberg retourné lit vide

plus blanc qu’un linge savant

replie ses gaules à grimaces…

Niala-Loisobleu – 14/06/18

 

LA BOÎTE A L’ÊTRE 40


main-header_father-nature1

LA BOÎTE A L’ÊTRE 40

L’ARMATEUR DU PORE EPIQUE

Quand le pain se vendait au poids, sa mie me saisissait, légère et gonflée,pour m’offrir sa pesée. Je ne rechignais jamais pour aller chez le boulanger le chercher, quelque soit le temps, ce pain croustillant et chaud valait à lui seul des escapades avec Barbe-Noire, le pirate qui écumait les mers et les océans de mes fantasmes.

Traînant sur le chemin du retour, je croisais le fer avec les blanchisseuses, qui dans le froid du petit matin, laissaient leurs poitrines respirer à la devanture du magasin. Une invitation au voyage, pleine de fruits exotiques, accompagnée de rires animaux se balançant d’arbre en arbre, par la voix de la crémière du levé, qui trouait le silence par un bruit de campagne, quand les bidons de lait se déposaient devant sa porte.

« Au bord du Gange, le pèlerin patient se fait méditant immobile, l’ascète rieur se révèle vif comme l’éclair. Ici, à chacun son chemin, son pas, son heure juste. L’un goûte la saveur des rêves, l’autre entend encore l’écho des légendes vivantes. Dieux, démons, animaux sacrés, souverains ou mendiants, tous portent une histoire et cherchent à se trouver eux-mêmes. Apaisé, libéré, éveillé, le Sage quant à lui écoute le chant de l’eau et sait comme le vent passer sur l’autre rive, au moment même où les voix des conteurs de l’Inde résonnent pour évoquer mille existences et nous appeler à vivre l’instant. 

Sous le Pont-Royal, les jambes balançant au-dessus de l’eau, j’aimais laisser rêver ma tête en me posant les fesses sur le quai. Depuis, j’ai toujours été à quai d’un départ pour ailleurs. Mon corps n’a pas de tatouages, ni de peintures de guerre, mais à côté de quelques cicatrices de vie, il est plus couvert d’étiquettes qu’une valise.

Toutes nos proximités s’encrassent par l’habitude, c’est alors que naît la cécité du plaisir de la créativité. Le plus joli sourire, comme une fleur, jaunit avant de se noyer dans l’eau croupie d’un vase prison. Il ne faut pas changer la fleur, mais renouveler la pureté de l’ô pour que ses lèvres brillent d’une constante faim d’aimer.Le savoir-vivre, n’a rien à voir avec un vert à eau et un vert à vain, un couvert à poissons, la position de l’adroite du saigneur. Une petite écuyère dansant sur les mouvements de sa langue, voilà l’art de l’équitation du bonheur. Le Cadre Noir, étant hors de propos de mes galopades au long des plaines de ma Muse, je ne retiens de Saumur, qeu les douceurs angevines des vignobles du bord de Loire.avec un Bourgueil.

Dans la malle de mes pores épiques, tout est en vrac. Je ne conditionne rien, prenant à la main ce qui me vient au coeur. Comme ça et jamais par hasard, au déroulé du fil à pêche, j’attrape et si ça mord, je vous raconte au coin d’un frisson sorti de la boîte à musique.

Niala-Loisobleu

19 Novembre 2010

Hélas rien ne lave plus sale que le dépit né de la fausse interprétation d’une lecture. Je n’ai jamais triché sur la vérité, été malhonnête et ne tendrai jamais la joue gauche au couteau dans l’dos donné par qui se prend à tort pour éconduit.

N-L – 14/06/18

 

6302e01606dbf3bf95f1ac4c6c811f79

 

 

CHAOTIQUES CHUCHOTEMENTS


img-6-small580

CHAOTIQUES CHUCHOTEMENTS

Ô, vociférations exacerbées teintées d’aliénation férocement dégueulées, sur ce parchemin de fortune si futile, dans une gerbe de vers déliés ô combien dérisoires;

Consécutives à la profanation de ces rituels initiatiques saugrenus, soumis au mysticisme pestilentiel de ces louanges blasphématoires;

Provoqueriez-vous donc ces chuchotements chaotiques, à l’instigation de ce recul impératif, à cette âme rebelle exaspérée par cet iconoclaste rédhibitoire;

Pour en confondre la perversion eschatologique alliée à cette sarcastique perfidie: de cette atmosphère démentielle, les reines absolutoires???!!!

« Chaotiques chuchotements »
Joh Hope
16.05.2013

Extrait de:

 » Confidentielle dissidence »

IDOLE


189112

IDOLE

Idole devenu d’adorateurs d’idiots,

Monsieur
Machinouti n’aime pas les poètes:

Je vous entends venir avec vos gros sabots.

Ces fieffés paresseux, il faut qu’on les étouffe.

A quoi sert, à quoi rime, à quoi vise après tout

ce sifflotis d’oiseaux de pluie au bord du toit?

D’avoir atomisé
Madame
Chrysanthème

Monsieur
Machinouti yoyote de la touffe:

Saperlipopotame,
Saperlipopoète,

Monsieur
Machinouti, c’est son droit le plus strict,

préfère le confort du fauteuil à roulettes

aux desiderata de ces joueurs de flûte.

Faut se dépatrouiller de tant d’entourloupettes,

et non pas cultiver comme un plant d’artichauts

le goût de l’apocope et de l’anacoluthe.

Saperlipopotame,
Saperlipopoète,

le
Belge est fait du bois dont on fait les trompettes,

le
Belge est fait du bois on fait les gibets.

Idole devenu d’adorateurs d’idiots

Monsieur
Machinouti yoyote de la touffe.

Adieu, plus n’écrirai
Herbier ni
Melonnière.

Monsieur
Machinouti fait un trou à la lune.

Monsieur
Machinouti prend la fille de l’air.

La femme de l’huissier en est toute saisie.

Adieu, plus n’écrirai
Herbier ni
Melonnière

car le fruit du poète a le goût de l’aveu.

Paul Neuhuys

NOTRE COULEUR DE SIGNES


 

CIMG0448

NOTRE COULEUR DE SIGNES

 

Bruit de train dans un clapotis de vagues suivant la route montagneuse du bord de mer, c’est toi qui corniche. Calanques au miroir mis en plongée.

Tu sors d’un roux issu du mortier des ocres, ceinte victoire, vert de pomme ambré de sienne Cézanne

l’accent perdu d’une montagne brûlée au bûcher religieux cendre au cep tordu partageant la rage pacifiste de l’olivier. Ô douleur du tronc qui sève à la veine de sécheresse

L’argent du feuillage crachant sur celui du fric

Rose-sanguine bruni qui vulve gueule ouverte

Tirés du sommeil végétatif des tons déplacés de certaines confusions de langages, les jaunes grimpent au treillis, entourent la tonnelle et se font la rame d’un terre-neuva aussi alerte à la godille qu’au lancé de harpon

Chrome et cadmium adoubés

Ta peau offre sa blancheur au brun de ton épineux. Vagabond comme un vol de passereaux se posant des dalles aux branches

Pâleur où le bleu des veines pose en épandage son réseau d’adduction

Nous sommes le pigment pur de l’expression intime. Rangez vos tubes et crayons ce que notre extrayant végétal en nous minéralisant ne peut avoirde commun avec tout superlatif pompeux, l’accent marchand d’une quelconque flagornerie

et encore moins de donner à quiconque l’idée saugrenue de se mettre au monde en qualité de superstar élue

La couleur est à la poésie la richesse offerte sans limites par l’esprit de métaphore…

 

http://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2016/03/nicolas-pesqu%C3%A8s-la-face-nord-de-juliau-treize-%C3%A0-seize-par-ang%C3%A8le-paoli.html

 

Niala-Loisobleu – 13 Juin 2018

 

 

 

 

 

UN JARDIN A L’AUBE


limage

 

UN JARDIN A L’AUBE

O géraniums, ô digitales… Celles-ci fusant des bois-taillis, ceux-là en rampe allumée au long de la terrasse, c’est de votre reflet que ma joue d’enfant reçue un don vermeil. Car « Sido » aimait au jardin le rouge, le rose, les sanguines filles du rosier, de la croix-de-Malte, des hortensias et des bâtons-de-Saint-Jacques, et même le coqueret-alkékenge, encore qu’elle accusât sa fleur, veinée de rouge sur pulpe rose, de lui rappeler un mou de veau frais… A contre-cœur, elle faisait parte avec l’Est : « Je m’arrange avec ..lui, » disait-elle . Mais elle demeurait pleine de suspicion et surveillait, entre tous les cardinaux et collatéraux, ce point glacé, traître, aux jeux meurtriers. Elle lui confiait des bulbes de muguet, quelques bégonias, et des crocus mauves, veilleuses des froids crépuscules.

Hors une corne de terre, hors un bosquet de lauriers-cerises dominés par un junko-biloba – je donnais ses feuilles, en forme de raie, à mes camarades d’école, qui les séchaient entre les pages de l’atlas – tout le chaud jardin se nourrissait d’une lumière jaune, à tremblements rouges et violets mais je ne pourrais dire si ce rouge, ce violet dépendaient, dépendent encore d’un sentimental bonheur ou d’un éblouissement optique. Étés réverbérés par le gravier jaune et chaud, étés traversant le jonc tressé de mes grands chapeaux, étés presque sans nuits… Car j’aimais tant l’aube, déjà, que ma mère me l’accordait en récompense: J’obtenais qu’elle m’éveillât à trois heures et demie, et je m’en allais, un panier vide à chaque bras, vers des terres maraîchères qui se réfugiaient dans le pli étroit de la rivière, vers les fraises, les cassis et les groseilles barbues.

A trois heures et demie, tout dormait dans un bleu originel, humide et confus, et quand je descendais le chemin de sable, le brouillard retenu par mon poids baignait d’abord mes jambes, puis mon petit torse bien fait, atteignait mes lèvres, mes oreilles et mes narines plus sensibles que tout le reste de mon corps… J’allais seule, ce pays mal pensant était sans dangers. C’est sur ce chemin, c’est à cette heure que je prenais conscience de mon prix, d’un état de grâce indicible et de ma connivence avec le premier souffle accouru, le premier oiseau, le soleil encore ovale, déformé par son éclosion…

Ma mère me laissait partir, après m’avoir nommée  » Beauté, Joyau-tout-en-or « ; elle regardait courir et décroître – sur la pente son oeuvre –  » chef-d’ceuvre « , disait-elle. J’étais peut-être jolie ; ma mère et mes portraits de ce temp-là ne sont pas toujours d’accord… Je l’étais à cause de mon âge et du lever du jour, à cause des yeux bleus assombris par la verdure, des cheveux blonds qui ne seraient lissés qu’à mon retour, et de ma supériorité d’enfant éveillée sur les autres enfants endormis.

Je revenais à la cloche de la première messe. Mais pas avant d’avoir mangé mon saoul, pas avant d’avoir dans les bois, décrit un grand circuit de chien qui chasse seul, et goûté l’eau de deux sources perdues, que je révérais L’une se haussait hors de la terre par une convulsion cristalline, une sorte de sanglot, et traçait elle-même son lit sableux. Elle se décourageait aussitôt née et replongeait sous la terre. L’autre source, presque invisible,, froissait l’herbe comme un serpent, s’étalait secrète .au centre d’un pré où des narcisses, fleuris en rende, attestaient seuls sa présence. La première avait goût de feuille de chêne, la seconde de fer et de tige de jacinthe… Rien qu’à parler d’elles je souhaite que leur saveur m’emplisse la bouche au moment de tout finir, et que j’emporte, avec moi, cette gorgée imaginaire…

Colette (Extraits de : Sido)

Sautant la barrière, le bois me tendait les ronces, les taillis, les crottes de lapins et le murmure des ailes, je m’y glissais, le vélo en bandoulière et la poche battant le caillou…

-Où vas-tu ainsi me demanda une naïade sortant de la rivière ?

  • Prendre mon peint avec toi, lui répondis-je

N-L 13/06/18

Telle douce


P1050478

Telle douce

 

Telle douce et entêtante
à ma porte
l’odeur des brebis

les mêmes mots vont
et reviennent, les autres
jamais, les mêmes

s’aiguisent se lacent
et se perdent

dans la chair
dans le drap du mort

j’étais dieu dans le feuillage

la membrure de l’ordinateur
a mis le phallus en croix

tel le souffle expulsé
du mufle d’un taurillon

tel l’effritement du pied
dans la mer.

Jacques Dupin

L’entêtement stupide d’un ciel qui a cassé le gouvernail échoue au soleil

les remugles d’un ratage ondulent sur le début des parties claires

pourtant rien ne montre d’à priori dans l’idée que ton sabot résonne

je suis rentré à ton école en auditeur-libre, tu peux allumer les chansons d’amour aux élèves je ne parlerai que d’oreilles

les cornes laissent que le temps de pose aux pages, nous nous sommes pas finis de lire…

Niala-Loisobleu – 13/06/18

 

Extraits d’Ostinato (éditions Mercure de France)


437003

Extraits d’Ostinato (éditions Mercure de France)

 

Le gris argent du matin, l’architecture des arbres perdus dans l’essaim de leurs feuilles.

Le parcours du soleil, son apogée, son déclin triomphal.

La colère des tempêtes, la pluie chaude qui saute de pierre en pierre et parfume les prairies.

Le rire des enfants déboulant sur la meule ou jouant le soir autour d’une bougie à garder leur paume ouverte le plus longtemps sur la flamme.

Les craquements nocturnes de la peur.

Le goût des mûres cueillies au fourré où l’on se cache et qui fondent en eaux noires aux deux coins de la bouche.

La rude voix de l’océan étouffé par la hauteur des murailles.

Les caresses pénétrantes qui flattent l’enfance sans entamer sa candeur.

La rigueur monastique, les cérémonies harassantes que les bouches façonnées aux vocables latins enveloppent dans l’exultation des liturgies pour célébrer la formidable absence du maître souverain…

 

Les grands jeux dits innocents où les corps se chevauchent dans la poussière avec un trouble plaisir. Les épreuves du jeune orgueil frémissant à l’insulte et aux railleries.

Le bel été qui tient les bêtes en arrêt et l’adolescent comme un vagabond assoupi sur la pierre.

Le pieux mensonge filial à celle dont le cœur ne vit que d’inquiétude.

Le vin lourd de la mélancolie, le premier éclat de la douleur, l’écharde du repentir.

Les fêtes intimes d’une amitié éprise du même langage, la marche côte à côte sur le sentier des étangs où chacun suspend son pas aux rumeurs amoureuses des Oiseaux…

 

La fille pendue à la cloche comme un églantier dans le ruissellement de sa robe nuptiale, le feu pervenche de ses prunelles.

 

Ce ne sont ici que figures de hasard, manières de traces, fuyantes lignes de vie, faux reflets et signes douteux que la langue en quête d’un foyer a inscrits comme par fraude et du dehors sans en faire la preuve ni en creuser le fond, taillant dans le corps obscurci de la mémoire la part la plus élémentaire :- couleurs, odeurs, rumeurs -, tout ce qui respire à ciel ouvert dans la vérité d’une fable et redoute le profondeurs.

 

Sans doute eût-il fallu, pour garder en soi un fond de gaieté, ne rien voir du monde ni entendre qui vienne de son versant le plus sombre, rien que les éclaircies au sommet et la musique parfois d’une ineffable beauté, mais c’est là encore rêver tout haut, car croirait-on avoir occulté l’innommable qu’il bondirait hors de l’ombre pour rentrer le rire dans la gorge.

 

Dans le jour douteux de la chambre où l’on dira entendre fermenter la mort, ce vieux corps possédé par la souffrance, ce regard en faction sous la broussailleuse grise des sourcils comme travaillant avec une extrême dureté à se voir mourir, ces lèvres où s’entrouvre d’une manière déchirante le sourire timide d’un enfant, ces doigts joints sur le cœur qui cède en un frémissement désolé, ce visage soudain muré dans une absence stupéfiante.

 

Louis-René des Forêts