CLEMATITE L’HERBE AUX GUEUX


CLEMATITE

L’HERBE AUX GUEUX

Sur les ruines

D’un sol ancien,

Nous arrachions à pleines mains

Le papier à fleurs au plâtre des murs

Et démêlions patiemment

Les cheveux de la vierge

Tressés dans le questionnement

D’une nuit qui ment.

Comme il aura fallu veiller

Sur l’enfant que nous étions,

La main à ses mots

À ses buvards, à ses brouillons,

Sa présence envahissante

Et sa ligne s’enroulant à nos corps verticaux.

Nous ne savions pas alors la complicité des trains

Et la dissémination des graines qui voyagent

De gare en gare au fil d’un temps qui fait notre jardin.

Une lignée de mots rares fleuris sur un matin sauvage

Escalade follement le romarin.

La couleur s’exhale et nous l’aimons pour ses silences,

Sa frange de sable froissée aux doigts des saisons.

Pourpre, la patience de la clématite.

Pourpre, le souvenir d’un Nous qui nous habite.

Pourpre notre immobilité merveilleuse

Au secret de tous les herbiers que nous accrochons

Aux murs de briques comme des veilleuses.

Barbara  Auzou

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 Clématite – L’Herbe aux Gueux – 2018 – Niala – Acrylique s/toile 100×100

 

IL Y A UNE TERRE QUI HALETE DANS LA GORGE


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IL Y A UNE TERRE QUI HALETE

DANS LA GORGE

 

Il y a une terre qui halète dans la gorge,
il y a un bouquet qui embaume la maison.
L’air est solide, le chemin pierreux.
Je cherche l’eau profonde et pavoisée de noir.

J’emplis de terre le crâne, je veux respirer plus haut,
je veux être la poussière de la pierre, le puits verdi de mousse ;
le temps est celui d’un jardin
où l’enfant rencontre les fourmis rouges.

Je vais jusqu’à la fin du mur chercher un nom obscur :
est-ce celui de la nuit proche, est-ce le mien ?

António Ramos Rosa, Le Cycle du cheval suivi de Accords, Éditions Gallimard, Collection Poésie, 1998, page 43. Traduction du portugais par Michel Chandeigne. Préface de Robert Bréchon.

EN Ô DE LA VALLEE


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EN Ô DE LA VALLEE

Et pourquoi je te dirai pas notre amour en plein vent ? Les gens y coupent des fleurs pour les coller là d’habitude. C’est cette foutue manière d’être choqué du bon usage des mots. Ils vivent que pour et par le cul, seulement ils l’emballent dans du papier cadeau ce mot trop cru. Moi les mots croisés, c’est mes bras dans tes cases. Et mes revues c’est nous sur cette Seine d’une rue de vert n’œil qui vient au bord de ta colline te montrer les carreaux de mes tabliers d’écolier. T’as la Scie musicale dans ta vallée.Le sol y loque quand trop de désherbant nitrate le silence. Chut ne me dis pas de me terre. Marre des p’tits zhommes qui font que vers que dalle. Si je meurs tout à l’heure j’auras pas voulu ton absence au moment précis où j’allais te dire qui faut que tu vis. On sait rien de demain, on peut plus faire confiance, prends une autoroute qui te dit que ce sera pas une déviation à la sortie du péage, hein qui te garantit que tes enfants sauront se faire le bonheur que tu leur a toujours voulu, est-ce que tu crois que la mer elle sera toujours mouillée, elle va finir par se dégonfler, dégoûtée comme tous les autres par le contraire du c’qui faudrait et du s’qui pratique, tu crois pas qu’à attendre que ça ciel ça devient de moins en moins bleu ?
Mais tu vois je veux pas que tu ignores jamais mes yeux comme y t’aiment, de cette force qui élimine toutes les autres raisons de vivre, parce que sans ton amour c’est m’aime pas survivre. Alors j’me fous dans ton tiroir à en devenir tout rouge de bonheur. Garde-moi à  clef toute seule. Je garde ce parfum indéfinissable d’un toi plus existant que ce que j’ai touché à portée de main, sans rien sentir.

Oui j’ai la voie de Barbara qui chante ô et fort.

Niala-Loisobleu – 26/05/18

 

 

 

GERONDIF


 

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GERONDIF

 

Au débardé d’où part le bateau

ramant de l’herminette

la vague précise

écume la vertèbre de la coque en ioulant comme le tit rôle lien

 

C’était un marbre

cas rare de besoin d’affection

chaud comme une pensée retenue de jésuite choisissant l’ortie

 

Au troisième coup de maillet

le burin ouvrit les placards de Barbe-Bleue, libérant en vestibules les longs corps y dort de l’anti-chambre – label bois-dormant

 

Le roseau sur l’évidé du sureau plia alors

ô grace à ailes

mouvant de pipeau les raideurs d’un serpent retenu dans la paralysie de l’indifférence

si tant est que l’artiste se fondit dans le mot d’Elle comme une seconde peau…

 

Niala-Loisobleu – 25/05/18

 

NAMARISHA – LE REPAS RIDICULE


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NAMARISHA – LE REPAS RIDICULE

 

Comment faut-il te le dire ,

Je ne veux pas plus t’entendre que te voir

Namarisha

Et dire que les femmes sont victimes du harcèlement des hommes….quelle pitoyable imposture…

Ne te réabonne pas au fur et à mesure que je te supprime !

Niala-Loisobleu – 25 Mai 2018

 

Une fois n’est pas coutume : allons au restaurant nous payer du caviar et des ptits ortolans

Consultons le journal à la rubrique esbrouffe révélant le bon coin où pour pas cher on bouffe

Nous irons à çui-ci, nous irons à çui-là

mais y a des objections : l’un aimm ci, l’autre aimm ça

Je propose : engouffrons notre appétit peu mince au bistrot le troisième après la rue
Huyghens

Tous d’accord remontons le boulevard
Raspail jusqu’aux bars où l’on suss la mouss avec des pailles

Hans
William
Vladimir et
Jean-Jacques
Dupont avalent goulûment de la bière en ballon

Avec ces chers amis d’un pas moins assuré nous trouverons enfin le ptit endroit rêvé

Les couteaux y sont mous les nappes y sont sales te serveuse sans fards parfume toutt la salle

Le patron — un gourmet ! vous fait prendre — c’est fou du pipi pour du vin et pour du foi’ du mou

La patronne a du cran et rince les sardines avec une huile qui fut huile dparaffîne

La carne nous amène un rôti d’aspect dur orné concentricment do légumes impurs

Elle vous proposera les miettes gluantes d’une tête de veau que connurent les lentes

Elle proposera les panards englués

d’un porc qui négligea toujours do les laver

Peut-ôtre qu’un produit à l’état naturel échappra-z-aux méfaits dla putréfiantt femelle

«
Voici ma belle enfant un petit nerf do bœuf que vous ulilizrcz pour casser tous vos coufs »

De l’omelette jaune où nage lo persil elle fera-z-hélas un morceau d’anthraci

Ce bon charbon croquant bien craquant sous la dont se blanchira d’un sel sous la dent bien crissant

Plutôt que de noircir un intestin qui grêle nous dévorerons la simili-porcelaine

L’hôtesse nous voyant grignoter son ménage écaillera les murs de l’ampleur de sa rage

Alors avalerons fourchettes et couteaux avant d’avec vitesse enfiler nos manteaux

Fuyards nous galoprons dans la rue où ça neige sans peur de déchirer la couturr de nos grèges

Nous retournant au bout de cinquante ou cent mètres nous verrons le souillon jouer au gazomètre

et nous péter au nez ses infâmes insultes

— patronne de bistrot, empoisonneuse occulte.

Raymond Queneau

 

 

DES ÊTRES-FLEURS


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DES ÊTRES-FLEURS

 

Le pouvoir floral a toujours des réactions fortes sur moi

Je peins

ce jardin est comme une famille de fleurs

oui

l’Herbe du Gueux

ça ne manque pas d’odeur

une autre

une fleur de montagne

qui grimpe  jusqu’au naît…

 

Nial-Loisobleu – 24/05/18

CLEMATIS


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CLEMATIS

 

Toute la matinée

dans ton allée jardinière

laissé libre à l’air

j’ai suivi

ton odeur grimpante

d’Herbe aux Gueux

Niala-Loisobleu – 24/05/18