A PEINE A POSTE


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A PEINE A POSTE

La nuit a du pleurer, c’est mouillé devant mes volets. Je souffle des heures que les pendules ignorent. Où derrière la colline l’arbre dépasse. Un dessein sorti du drap, à l’haleine du chien qui joue sans se demander pourquoi les hommes vivent en laisse. Fumet de café, senteur à tremper.

La nuit n’est jamais complète
Il y a toujours puisque je le dis
Puisque je l’affirme
Au bout du chagrin une fenêtre ouverte
Une fenêtre éclairée
Il y a toujours un rêve qui veille
Désir à combler faim à satisfaire
Un cœur généreux
Une main tendue une main ouverte
Des yeux attentifs
Une vie la vie à se partager.

Paul Eluard

La toile a dormi paisiblement, la tête appuyée contre un un chant de bleu. Mes pieds en sentant l’herbe se dresser se sont mis à nager comme ceux de l’enfant qui court au bain sans prendre la température de l’eau. J’ai mille ans de lucidité, mon saut matinal à pelle un château lacustre. Modèle Atlantide, breveté Jules Verne, sans la pieuvre qui tentacule la mise en orbite.

La ville close qui regarde par dessus le rempart avec ses deux yeux d’horloge de hibou tient un morceau qui ne s’est pas détaché de l’embarcadère. Bonne occasion pour couper l’amarre. Les marins ont accroché leur pompon rouge à l’encre du bar. L’accordéon s’est replié sur leur escale dans chaque pore. Un crissement d’archet dans la voie de la voûte étoilé pose l’aria au long du trottoir. L’astérie monte ses branches à l’aurore. J’entends ton souffle me vouloir, j’arrive, qu’à peine de ton sourire tout s’élance vouloir tenir.

Niala-Loisobleu 3 Mai 2018

 

AUTREMENT


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 AUTREMENT

 

A l’aube, les yeux dans l’éboulis, le rai force
levier qui voit bien les cercles concentriques de l’épervier
il glisse à passer, en appui sur un minuscule caillou pour point de levage.

Le vent a sorti ses sorcières
un immense charivari claquemure, déracine et envoie les volets au rabat
corps à corps de l’allumage avec le coupe-circuit

Autrement ce qui oui fait non
l’ouverture tourne au double-tour
Autrement le soleil tombe à seaux
Autrement le baiser mord
Autrement l’arbre dressé s’abat de tout son long sur la voix
au tressauté de sanglots le sol déchire la clef de l’apporté

Et au bout d’une tuile romane l’arrondi se raidit à briser l’arêtier
un déversoir perforé de balles noie le chien dans le bond de son jeu
la marche-en-avant dévisse, désencordée de l’ascension
l’à-pic arrête le truc à plumes en haut du grand escalier

Autrement dit
Autrement fait
Le même geste a changé de sémaphore
Le même mot prend l’accent du tant qui fait

Autrement
assis sur le tapis
la main sur la manivelle
bleue
fait chanter la montée du chevalet
ô rangé
il était une foi les couleurs complémentaires…

 

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Niala-Loisobleu – 2 Mai 2018

L’ÎLE


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L’ÎLE

Quand marchant dans l’épaisseur d’un rapprochement, par les trous qui se font dans la ramure, des bouts de ciel claquent au vent, des pensées fugaces cognent aux vitres. Un rideau se met à trembloter, as-tu vu passer la colombe, c’était virginal comme un besoin de se mettre à poil. Ce serait la façon de vouloir donner plus, qui précède le désir de donner tout. Rien soustraire, pas répartir ce qu’on se garde que pour soi et ce qu’on déclare partager. sans s’en départir.

Je regarde la respiration de ces chemins où je nage, marche et vole. Elle est pas accélérée où en apnée selon que je suis sur le long d’une orée ou au coeur de la clairière d’une écorce, au noeud des branches, sur la canopée, non partout l’équilibre de la respiration fait le balancier du fil sur lequel je marche. Parce que je ne vois rien d’autre que l’odeur de cet assemblage de senteurs.

Mon nez vit un chantier naval d’édifices qui tracèrent leurs épures dans la lumière des cathédrales. Nu, sans que la honte viennent brusquement jeter son voile noir sur la pureté. Île en vue. Je n’ai que du bleu pour la mer à peindre autour du jaune-soleil.

Niala-Loisobleu – 2 Mai 2018

Natalia Lafourcade – Son Amores (Letra)


«Son De Amores»

Son De Amores (Ce Sont Des Amours)

Perdona si pregunto por como te encuentras,
Excuse-moi si je te demande comment tu vas,
Pero me han comentado que te han visto sola
Mais on m’a raconté qu’on t’a vue seule
Llorando por las calles en altas horas
Pleurant dans les rues à des heures tardives
Ay ! como las locas, locas, locas.
Ah ! Comme les folles, folles, folles.

Comentan que tu niño a ti te ha dejado,
On raconte que ton copain t’a laissée,
Que no existe consuelo para tanto llanto,
Qu’il n’existe pas de réconfort pour tant de pleurs,
Que sólo una amiga está a tu lado,
Qu’uniquement une amie est à tes côtés,
No llores más mi niña, niña, niña.
Ne pleure plus ma belle, belle, belle. (1)

[Estribillo 1]
[Refrain 1]
Son de amores,
Ce sont des amours,
Amores que matan,
Amours qui tuent,
Amores que ríen,
Amours qui rient,
Amores que lloran,
Amours qui pleurent,
Amores que amargan.
Amours qui rendent amer.
Son de amores,
Ce sont des amours,
Amores que engañan,
Amours qui trompent,
Amores que agobian,
Amours qui accablent,
Amores que juegan,
Amours qui jouent,
Amores que faltan.
Amours qui manquent.

COLÈRE PAR HENRI MICHAUX


COLÈRE

PAR HENRI MICHAUX
Henri Michaux

 

La colère chez moi ne vient pas d’emblée.
Si rapide qu’elle soit à naître, elle est précédée d’un grand bonheur, toujours, et qui arrive en frissonnant.

Il est soufflé d’un coup et la colère se met en boule.

Tout en moi prend son poste de combat, et mes muscles qui veulent intervenir me font mal.

Mais il n’y a aucun ennemi.
Cela me soulagerait d’en avoir.
Mais les ennemis que j’ai ne sont pas des corps à battre, car ils manquent totalement de corps.

Cependant, après un certain temps, ma colère cède… par fatigue peut-être, car la colère est un équilibre qu’il est pénible de garder…
Il y a aussi la satisfaction indéniable d’avoir travaillé et l’illusion encore que les ennemis.

MORCEAUX DÉCHIQUETES DU MONDE – CE JOUR EN LENTS BEAUX


MORCEAUX DÉCHIQUETES DU MONDE

PAR ALAIN JOUFFROY

I

Ne trouve pas ton destin dans ta poche

C’est toujours ailleurs qu’il faut chercher son lieu

II

En moi quelque chose du furet
Ne se solidarise pas

La migraine double le poids de mon casque
Mon vrai bataillon est une futaie lancéolée
Et la bataille — soleil sous le couvert — aveugle
Celui à qui les nuits polaires sont familières

Les dés ont été mal jetés dans nos tètes

La locomotive sur laquelle je travaille

Ne me fait pas avancer

Les flammes la fumée des hauts fourneaux

Remplissent mes reins de colère

Je suis raidi par l’Ophélie de la guerre

Mais je tape toujours à côté

III

«
Vous — là-bas — devant la table rouge «
Idiot

«
Ne voyez-vous pas que vous mitraillez «
Les trois tilleuls du fond ? »
Non

Je suis jeté fourbu hors du peloton

Mes guêtres sont mal attachées

Les boutons d’or irisent une seconde mes sourcils

Je halète

Le chef de file me tourne le dos

S’enfonce dans l’ombre bleue des premiers sapins

Et me laisse intact — ahuri

Au centre oublié de la lumière

Il m’est arrivé ainsi de tuer des oiseaux

Que des soldats ont ensuite mangé sur mon dos

IV

Je ne me suis pas encore délivré

Du parfum prophétique de ces journées

J’ai pourtant traversé des sous-bois

Illuminés

Croisé bien des visages porteurs

De pays où je n’irai jamais

Soir et matin engrenés
Aux avant-postes de la terre
Encore des antennes
Encore des cris
Et plus loin surtout — des ultra-signes…

CE JOUR EN LENTS BEAUX

Si l’on savait quoi devient la position du tournesol dès qu’on tournera les talons, on reviendrait sur l’idée que la lumière est une question de bon axe. Vas te faire foutre tu plantes ton clou sans que le moindre grain d’ombre retienne ta pointe et à peine tu pars que le pivot se fait bouffer la droiture par la rouille. J’ai assez de dire que ma tête est pas à claques, si je faisais ce qu’il faut, j’dis pas, mais me prendre une mandale en plein sourire et dès le matin, non, ça me fout colère. Dommage que mon refus entraîne des dégâts collatéraux car je ne vise toujours que les coupables, pas les innocents. Oh ça bouille et il serait bon de savoir que ne mâchant jamais mes mots si je prends quelqu’un dans le viseur je rate pas de cible. Seulement j’ai pas la rancune, j’ai réglé, le compte est soldé. Alors pour la partie sale je ne connais qu’une toilette qui m’aille. J’ai peint. La laideur la voilà je l’ai gerbé sur la toile…

 

Niala-Loisobleu – 1er Mai 2018