Lettre de
Jean d’Ormesson
au
Président de la République
8 Mai 2015
Monsieur le président de la République,
Plus d’une fois, vous avez souligné l’importance que vous attachiez aux problèmes de la jeunesse, de l’éducation et de la culture. Voilà que votre ministre de l’Éducation nationale se propose de faire adopter une réforme des programmes scolaires qui entraînerait, à plus ou moins brève échéance, un affaiblissement dramatique de l’enseignement du latin et du grec et, par-dessus le marché, de l’allemand.
Cette réforme, la ministre la défend avec sa grâce et son sourire habituels et avec une sûreté d’elle et une hauteur mutine dignes d’une meilleure cause. Peut-être vous souvenez-vous, Monsieur le président, de Jennifer Jones dans La Folle Ingénue ? En hommage sans doute au cher et grand Lubitsch, Mme Najat Vallaud-Belkacem semble aspirer à jouer le rôle d’une Dédaigneuse Ingénue. C’est que son projet suscite déjà, et à droite et à gauche, une opposition farouche.
On peut comprendre cette levée de boucliers. Il y a encore quelques années, l’exception culturelle française était sur toutes les lèvres. Cette exception culturelle plongeait ses racines dans le latin et le grec. Non seulement notre littérature entière sort d’Homère et de Sophocle, de Virgile et d’Horace, mais la langue dont nous nous servons pour parler de la science, de la technique, de la médecine perdrait tout son sens et deviendrait opaque sans une référence constante aux racines grecques et latines. Le français occupe déjà aujourd’hui dans le monde une place plus restreinte qu’hier. Couper notre langue de ses racines grecques et latines serait la condamner de propos délibéré à une mort programmée.
Mettre en vigueur le projet de réforme de Mme Najat Vallaud-Belkacem, ce serait menacer toute la partie peut-être la plus brillante de notre littérature. Montaigne et Rabelais deviendraient vite illisibles. Corneille, Racine, La Fontaine, Bossuet changeraient aussitôt de statut et seraient difficiles à comprendre. Ronsard, Du Bellay, Chateaubriand, Giroudoux ou Anouilh — sans même parler de James Joyce — tomberaient dans une trappe si nous n’apprenions plus dès l’enfance les aventures d’Ulysse aux mille ruses, si nous ignorions, par malheur, qu’Andromaque est la femme d’Hector, l’adversaire malheureux d’Achille dans la guerre de Troie, si nous nous écartions de cette Rome et de cette Grèce à qui, vous le savez bien, nous devons presque tout.
Les Anglais tiennent à Shakespeare, les Allemands tiennent à Goethe, les Espagnols à Cervantès, les Portugais à Camõens, les Italiens à Dante et les Russes à Tolstoï. Nous sommes les enfants d’Homère et de Virgile — et nous nous détournerions d’eux ! Les angoisses de Cassandre ou d’Iphigénie, les malheurs de Priam, le rire en larmes d’Andromaque, les aventures de Thésée entre Phèdre et Ariane, la passion de Didon pour Énée font partie de notre héritage au même titre que le vase de Soissons, que la poule au pot d’Henri IV, que les discours de Robespierre ou de Danton, que Pasteur ou que Clemenceau.
Jean d’Ormesson

voici une bonne mise au point…
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Spécialiste en la matière ce maître de la langue française n’a jamais parlé à côté du sujet. Toujours clair, concis et non délayant.
Merci Anne❤️
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avec un humour très fin….
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Et moqueur sans ironie blessante, voir son visage s’allumer avant qu’il ne prononce ses premiers mots a été un jeu pur et malicieux dans lequel il entraînait l’auditoire.
Encore merci Anne, le partager répond à un de ses souhaits les plus chers.
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ma mère l’adorait aussi, il la fascinait…
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Oui, cet être que je considère totalement intègre avait un pouvoir de fascination tel qu’il aurait pu être dangereux si…
Ce sont ses yeux qui envoûtaient aussi bien les femmes que les hommes. Le timbre très particulier de sa voix entraînait dans son aura.
Le mystère avec lui s’ouvrait en partie. Tenant en haleine.
Merveilleux Jean, Anne❤️
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je pense la même chose…
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Charmant, ô combien séduisant, pas séducteur l’esprit aussi vif que riche, avec cette inépuisable connaissance cet homme, pardon cet HOMME, par sa réelle présence a fait le bonheur admiratif d’une jeunesse en soif de vérité, n’entraînant qu’approbation chez ses frères d’évènements passés et présents.
Il ne fermera jamais les yeux de son sourire vivant.
Merci Madame lit.
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La mode de la réforme supplantant la connaissance..cela donne aux incultes le moyen d’imposer leur déficit.
Merci affranchie.
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La perspicacité d’un regard qui va à l’essentiel sans passer par les faux-fuyants de l’hypocrisie.
Merci MioModus.
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Tout est dit…et si bien !
Je l’aimais beaucoup.
🦋¸¸.•¨• 🦋¸¸.•¨• 🦋
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Il va falloir nous souvenir de ce qu’il a dit pour lui rendre parole ma Célestine ❤️🦋❤️
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