LETTRES DE PANDORA 6 (et Fin)


LETTRES DE PANDORA 6 (et Fin)

Bernadette Griot

3 h, Papeete
 
Ici, je me souviens Athéna : la mère et la mer.
Se baigner dans l’une et dans l’autre avec force et douceur.
Le corps immergé dans leurs eaux tranquilles, est abandonné au
plaisir de l’attouchement.
Sans défense, la nudité offerte ignore le danger dans le berceau
caché du miroir. Illusoire étreinte.
Ici, se perdre.
Là, toucher le fond.
Ailleurs, le vertige.
 
C’est dans cet enfer de silence que le désir parle d’être. Naître
au
nom du père
, même absent.
 
Nommer, est question vitale. N’est-ce pas ?
Une plante à l’odeur sauvage peut aller si vite au sacrifice…
 
Pandora
____________________________________________
Ah l’amer
l’amer, l’amer, l’amer…
qu’en as-tu
d’enchanté mon Alain ?
Un mauvais coton, oui sur lequel t’as pain dur.Ta tripe folle jusqu’au fond du pétrin
Le quignon tellement décoiffé qui te reste rin de rin de l’aqueux du cheval.
Tournez manèges…disent nés lands,
les bruyères ont fanées avant que les lauriers soient coupés. Le mickey s’a fait avaler par le trou du cru hier…
La mère et son golf clair, faute de pair, j’en ai posé ma cabane sur sa grève. Faut bien con penser l’illusoire étreinte. Sortir de l’abysse sans fin d’un vice de la progéniture.
Si Toi, c’est tant mieux que la mer te flotte en toutes saisons. Nage en ailes,
M comme Mère
c’est nommé, bien dit.
Moi je m’appelle personne
mais je pue plus sauvage qu’un pore en vase qui a gagné son authenticité et Père dû rien !!!
Niala-Loisobleu – 12 Novembre 2016
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A FRONTON


A FRONTON

S’étrangler la ligne droite à la corde du virage

regard tourné derrière la carte est-ce que ça sert ?

Ya t’île un ô séans à l’estuaire ?

Crever l’oeil-de-boeuf

percer ce toi

vider l’égrainé

labourer des ongles

jusqu’au sans arrêt

Ya t’île un ô séans à l’estuaire ?

Si vous étier le bon chemin

Marin Marais

auriez vous poivrer la saudade

dans un viole migratoire ?

Ya t’île un ô séans à l’estuaire ?

Oui t’humer

fleur de celle qu’on galope 48 heures sur 24

déraison à n’en plus savoir que dire

qu’écrire à jeter l’encre et partir

d’une vague de fond à la surface

soie toi m’aime

caravane malles et valises

le trauma d’air

m’oedème les poumons

mets haro peau taire

Ya t’île un ô séans à l’estuaire ?

Je chaloupe à tes hanches

tiré par les chiens fous de ta poitrine

dans l’airain de ton échine

où le fol amour armature

L’invertébral escalier

à la gîte de tes rugissants

violet des embruns crachés par la fureur lubrique

qui déglace le rétroviseur voyeur

te renverse au chevet des livres de messe

plus diablo nique

que l’âne de bourre y dents

Puti

que je la vois

là devant

c’est Elle Emoi

l’Île aux Séans

Niala-Loisobleu – 12 Novembre 2016

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MOTS D’ARBRES D’AU REVOIR


MOTS D’ARBRES D’AU REVOIR

Tu me bruisses papaïne

Extraite de tes secrétions suspendues aux sabliers

Laitances hévéa dévalant les escaliers de ma palette

En prospection minière au fond du feu de la montagne sacrée

Des feuilles aux nervures canalisatrices les gouttes de siccatif se refusent à sécher

Les castors ont été tenus à l’écart du projet de barrage

Ils pourront de leur queue battre le faire sans détourner la voie de nos vaisseaux

Entends-tu comme tu résonnes d’en corps plus loin ?

Hier un nuage a tenté de lever une armée de mercenaires pour renverser le point du jour

Termites en division sur des chevaux mécaniques blindés

Ils sont montés à l’assaut des petites vies vertes pointant aux branches en sommeil

Leurs lances-flammes pointés sur les salles de travail des fruitiers

En vouloir violer les enfants dans le ventre des femmes

Sabres brandis pour étêter les pépinières

Tu as si fortement tremblée de la racine, que tu as fait sauter le couvercle des volcans.

La mer en se renversant est montée si haut que des cabanes serrées les unes contre les autres, ont essaimées des armures bandées de flèches à crever les orages

Les craquements des rotules des branches a faire croire un instant à la fin du monde

Alors que ce n’était que la faim de vivre qui tordait les fûts

Soudain la montagne a monté ses pics de plusieurs étages

La cime mirador coiffée d’un arbre nouveau

Ouvrant des étendues au silence

Pour qu’il fortifie sa musculature en faisant de la fonte aux neiges noircies

S’écoulant

Par les brèches que les cris de Vincent ont percées aux murs de l’hôpital

Quand Léonard est parti en chantant Alléluia…

Niala-Loisobleu – 11 Novembre 2016

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LETTRES DE PANDORA « 5 »


LETTRES DE PANDORA « 5 »

Ce matin Pandora

s’il-te-plaît boucle-là

au nom de tout, pour tout le rien qui s’étale à la hune…

Allez loup ya, Pandora, remballe ta boîte à malices, avec tes certitudes nouées à tes doutes, tes affirmations biffées de ratures, tes engagements désertés, c’te berceuse à mitraille, les serments de la trahison, tout le panel de l’imposture en baise-position, le blanc plus noir que mort-né mis en pro jet. L’haut-le-coeur  de l’hypocrisie quand du vomis jaillit de mes narines d’avoir qu’à repousser les couleuvres de promesses rampantes faites par intérêt…

J’veux qu’Léonard soit tout seul à dire

que la vie c’est plus fort que la mort
Alléluia

Il paraît qu’un accord mystérieux
Que jouait David plaisait à Dieu
Mais la musique ne t’intéresse pas, n’est-ce pas ?
Ça fait comme ça :
La quarte, la quinte,
Le mineur tombe, le majeur monte,
Le roi surpris composant Alléluia
Alléluia, Alléluia
Alléluia, Alléluia

Tu voulais des preuves malgré ta foi.
Quand elle se baigna sur le toit
Sa beauté au clair de lune te subjugua
A un tabouret elle te lia
Ton trône brisa, tes cheveux coupa,
Et de tes lèvres tira cet Alléluia

Je suis déjà venu m’étendre
Et j’ai marché dans cette chambre.
Car je vivais seul avant de te connaître.
Sur le porche j’ai vu ton fanal.
L’amour n’est pas marche triomphale.
C’est un froid et c’est un meurtri Alléluia
Alléluia, Alléluia
Alléluia, Alléluia

Jadis, tu ne me cachais pas
Ce qui se passe ici en bas,
Mais maintenant ce n’est plus le cas, n’est-ce pas ?
Souviens toi, lorsqu’en toi j’entrais
De même la colombe sacrée
Chacun de nos râles était Alléluia
Alléluia, Alléluia
Alléluia, Alléluia

Tu dis qu’en vain j’ai pris le nom
Mais je ne connais pas le nom
Et puis, qu’est-ce que ça peut te faire, au fond ?
Dans chaque mot brille une flamme
Et qu’importe que l’on proclame
Le sacré ou le meurtri Alléluia
Alléluia, Alléluia
Alléluia, Alléluia

A faire de mon mieux j’ai cherché
Ne pouvant sentir, j’ai touché
Je t’ai dit vrai : je n’suis pas venu tricher.
Tout est allé mal et pourtant
Je viens devant le Dieu du Chant
Sans rien d’autre à mes lèvres que Alléluia
Alléluia, Alléluia
Alléluia, Alléluia
Alléluia, Alléluia
Alléluia, Alléluia
Alléluia, Alléluia
Alléluia, Alléluia
Alléluia, Alléluia
Alléluia, Alléluia
Alléluia

Et qu’on pour qu’on

Alléluia

on ne pleure pas que de ce qu’on reste indifférent

mais qu’on chante

Alléluia

tout l’espoir qu’au delà de tout on porte en soi !!!

So long Léonard

Niala-Loisobleu – 11 Novembre 2016

REGAIN DU SANG…Extrait


REGAIN DU SANG…Extrait

 

La terre brisée où je te retrouve

– tes mains puisent à mon visage et j’ai cessé de mordre le vent dans tes cheveux –

cette terre de sacre, de couleurs avides d’ombre tendre compte ses failles avant boire.

Un peu de feu nous tient à distance.

Des armes dorment près de nous qui ne sont pas les nôtres.

Soudain cette hâte à rompre les fruits sur l’étal au plus cru sous le ciel,

et dans la pulpe la lumière fraye

– nous sommes avec l’eau courante le sucre sur la peau,

celui que la faim oublie, qui réveille les langues.

Nous prendrons le chemin à l’heure où l’horizon vacille,

avec ce goût d’orge dans le désert de nos gorges.

Emmanuel Damon

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Peinture d’Emmanuel Damon

 

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LETTRES DE PANDORA 4


LETTRES DE PANDORA 4

Bernadette Griot

2 h, Honolulu
Très chère Athéna,
Dans le dédale de l’amour, rien n’est nécessaire que la naïveté
de l’enfant.
La vérité du désir est la force des choses… Le secret de vivre.
Secret qui n’a de mots que ceux qui tremblent et dévoilent
dans leur solitude l’incessant mouvement de ce que l’on ne
sait pas.
Quand les corps se donnent, ils oublient que la langue, sur la
peau des amants inscrit leurs noms. Au jardin du désir, le lieu
de la volupté est un abîme déchiré. L’aimé le sait-il ?
La parole cicatrise, mais les mots ne sont pas dans le sexe qui,
balbutiant, apprivoise ses tempêtes.
Nommer peut tuer, le savez-vous ?
Pandora

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Arrivé aux marches du jour qui ne peut plus taire, les lignes du dessin, en se mettant à trembler, débordèrent à sortir du cadre qu’ils croyaient suivre. En proie aux rugissants le niveau dépasse la ligne de flottaison au point d’extrême gîte. Les plats-bords dessalent avec le mobilier, ne laissant à l’odyssée que des corps flottants autour des canots de sauvetage.

Parmi les péris, l’aimé…

lequel était-ce ?

M’aime le ton chaud éteint son accent de l’étoile, en tombant à côté d’une vie qui perd son nom.

On peut tuer aussi en interférant, y avez-vous songé ?

 

Niala-Loisobleu – 10 Novembre 2016

 

 

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LETTRES DE PANDORA 3


LETTRES DE PANDORA 3

Bernadette Griot

1 h, Suva, Les îles Fidji
Douce Athéna,
Ici, ma fenêtre sur le monde est l’océan. Pourtant le bruit de
la terre m’est familier et me concerne.
De la houle, j’apprends la tempête et m’y cogne sans savoir.
La femme,
au rêve habitué
, aime au loin le corps d’un poète dont
la peau, caressée trois jours durant, dessine un horizon dérobé par
la distance.
La
Chair
, dit le
Verbe
, et les mots sous la peau appellent à
respirer le dehors. Mais comment le verbe, jeté hors de la chair,
peut-il incarner la parole ?
Le manque est muet. Le manque est silence.
L’absence, une impropriété.
Athéna, vous savez n’est-ce pas, l’ombre erratique de l’amour ?
Votre Pandora
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J’ai cherché dans la brume à liquider l’opacité des vitres. Des mouches y écrivent des histoires pattes toujours claires. Le style Mata-Hari prête à de multiples interprétations.
C’est le passage de la tempête, n’est-ce pas ?
Oui et non…
La Femme se montre masquée du froid dont elle cherche à se protéger par des mots badins. Le cristal du rire absent est servi dans un godet en carton. Ce verbe vient juste faire diversion pour protéger le silence de toute effraction.
Dans le manque le silence n’est pasconcerné
Qu’est-ce qu’un manque en face de sa présence ?
L’ombre erratique de l’amour n’est rien d’autre que sa partie fragmentaire. Aucune couche formant bloc. Un tout détaché de la formation à laquelle il appartenait.
Niala-Loisobleu – 10 Novembre 2016
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LETTRES DE PANDORA 2


LETTRES DE PANDORA 2

 

Bernadette Griot

11
Minuit, Wellington
Ma chère Athéna,
Ce qui m’intéresse, c’est l’écart.
La distance entre deux lieux ; entre vous et moi.
L’écart entre deux êtres ou entre deux choses, dans son
apparence de rien, me paraît contenir tout l’or de notre désir, en
même temps que son ombre. Dans l’air, circule ce que le mental
projette ; on ne sait jamais d’où ça vient, et cela fait peur.
L’arrière du visage brouille le regard qui, pour se rassurer, préfère
endiguer plutôt que s’abandonner aux eaux du fleuve.
Plus que réunir, j’aimerais pouvoir traverser ce que le monde
sépare.
Mais je ne sais comment vivre cela.
Je vous interroge, Athéna, dans le silence des mots.
Pandora
Parti pour un bain de lumière, j’essaie de coordonner le mouvement de mes bras avec ceux de mes jambes. Savez-vous ce qui en blizzarde la progression ?
Je n’ai pas de partage avec la cynique attitude qui assure qu’on se noie à la première goutte d’ô. Et qui surnage avec assurance en se mettant des brassards de police secours.
C’est dans les petites lignes que sont tendus les rêts.
– Non Madame, rien chez-moi ne laisse croire que je suis oiseleur…
Réunir Nous…
et je ne crois en rien d’autre…
Niala-Loisobleu – 9 Novembre 2016
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LETTRES DE PANDORA


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Pandora s’adresse à Athéna. Elle lui écrit d’heure en heure, depuis vingt-quatre lieux choisis autour de la planète puisant dans sa jarre les mots les plus sensibles, les plus précis, pour dire sa volonté d’être, à fleur de peau, au plus près de la vibration du monde.

« Chaque mot comme chaque nom est avant tout un Autre, et il est bien rare que nous prenions la peine de considérer cette altérité parce qu’il nous faudrait en mesurer l’écart et observer en lui la distance et le silence à travers quoi la relation se développe et se fortifie à moins qu’elle ne s’y abîme faute de les comprendre. […]
La présence d’Athéna formera un foyer d’énergie autour duquel tournera Pandora. Et pourquoi pas au centre d’une terre d’amour dont Pandora occupera successivement tous les points significatifs de la périphérie pour envoyer, depuis chacun, les messages vivement brefs de la passion et de la nécessité…
Ainsi, de tous les points de l’horizon convergeront les élans d’un désir proportionné à l’attraction qui le suscite, tout comme la figure qui l’incarne est réciproquement proportionnelle à l’appétit de sa présence. » Bernard Noël (Extraits de la préface)

 

Extrait

Chère Athéna,

Dans un café, j’ai devant moi la photo d’une petite fille, tenant dans sa main droite une boule de neige. La photo est jaunie par le temps, mais la neige n’a pas fondu.
Je suis troublée par la réalité présente, mais qui n’est pas, hors de l’image.

Comme la peau révèle au corps sa mémoire, le stigmate est le pli de l’âge où la douleur, dans son contour, peut ne jamais fondre…

Si.
Peut-être, auprès de vous, chère Athéna.

Vôtre, Pandora

 

Dans l’atelier le soleil perce le tympan du vent. Ce qu’il en reste dans l’inertie du sol jonché de feuilles, ce qu’il désirait faire sentir est intact. Le vif subsiste. Juste un peu d’encre sur la souplesse de la plume et voilà que les mots guériront  la douleur des coups de pieds d’âne, en laissant doucement la couleur reprendre le dessus sur les courbatures de poitrine qu’un corset inadéquat s’est cru bon de torsader.

La peau tachetée de millions de cellules éclate en bulles sur la bande dessinée entre tes seins que ma langue trace derrière ailes.

Niala-Loisobleu – 8 Novembre 2016