ARIA 2


PAUL CEZANNE

ARIA 2

Calé au cambré des parfums de garrigue

en droit du dos d’appui fondé

un ru coule au devant des jarres

quand le pas d’un âne braie une nuée d’oiseaux s’envole

Ce sont les pierres sèches qui gardent l’humide de la salive humaine

leur coeur constitue l’âme vice et versa

La voix ce matin s’élève seule au diapason des images sereines qui sortent du brouillard.

Niala-Loisobleu – 4 Octobre 2022

Dure à coincer la porte du soir qui tombe


NIALA

Dure à coincer la porte du soir qui tombe…

Arrive l’automne du lâché de feuilles qui ne poussera pas le bourgeon au prochain printemps

on se dit sans le vouloir

bientôt

les voiliers ne guetteront plus le vent au levé de marée qui porte à la criée

une raideur qui vertèbre le dos ride la danse des chandelles

la peau on y tient dans le symbole du matin c’est ça le seoir

Peau

à un moment du soir
reste la fatigue
la loque
du jour on lave vite
en mots comme on peut

on repasse on plie on range
reste un peu de place
en haut de l’armoire
à gauche
un vide

on a encore
du temps

Antoine Emaz

Tenant la canne on rentre sur ses jambes dans l’atelier

se servir de ses mains pour ne pas ranger les mots-peints

leurs senteurs et la couleur d’en corps d’autres aubes en chemin

Niala-Loisobleu.

3 Octobre 2022

Les Voiles du bâteau

Les voiles du bateau qui s’en allaient aux îles
Etaient de la couleur de tes yeux ce matin
La couleur du printemps dans les vallées fertiles
Province du bonheur à tout jamais certain
Quand le bateau partait, j’allais sur la jetée
Et quand j’étais bien sûr qu’on ne le voyait plus
J’attendais les yeux clos la fin de la journée
Pour le plaisir cruel de me sentir perdu
D’avoir pour un instant des nageoires ou des ailes
De survoler la terre et de vaincre le vent
Monter jusqu’aux étoiles et cueillir la plus belle
Les deux bras étendus, devenir cerf-volant

Devenir si léger que le plus faible brise
Vous emporte au-delà de tous les équateurs
Alors tout est parfait, les folies sont permises
On refait le chemin des oiseaux migrateurs
En suivant du regard ce beau vaisseau tranquille
Tout seul sur la jetée, j’inventais mon destin
Mais la couleur du ciel, de la mer ou des îles
Ne valait pas l’éclat de tes yeux ce matin

Henri Salvador / Jacques Bertin

TRANSPORT VISUEL


NIALA

TRANSPORT VISUEL

A la trace du miel

l’oeil couché sur le dos

je trouve l’abeille à travers les dernières feuilles qui avaient été écrites

Un serrement de doigts et tout se garde amarré à l’encre loin d’ouragan

Au moment où l’on suis-je, ni la montre, ni le calendrier des pompiers ne cherchent un indicateur

La grosseur de tes seins est conforme au relief de ma campagne et l’herbe toujours verte

Nous avons traversé des époques où l’arbre se ressemait seul sur une simple emprise des haleines mâle et femelle sans que le vent intervienne

Puis la mer, sa côte sauvage, ton naturisme dans la salive de l’écume, mon embrun à l’orgasme des trois dernières premières vagues en navette entre le clair-obscur d’un masque ont cherché le vaccin qui restaure politiquement de la mal-bouffe

On finit par se demander l’adresse où elle est, qu’on se remplit les yeux en levrette au débouché du tunnel.

Niala-Loisobleu – 3 Octobre 2022

LA PEAU QUI GRATTE


NIALA

LA PEAU QUI GRATTE

Le chevet de l’aube s’allume

à la radio le squelette des arbres apparaît

Au-dessus du coude le quotidien bavarde comme un pis

La première image qui me gratte la peau me hanche en poignées

Marguerite débite l’horoscope du jour à travers les carreaux de la fenêtre.

Niala-Loisobleu.

3 Octobre 2022

Ballade De La Visite Au Bout Du Monde – Jacques Bertin


Photo Niala « Retour de Chine »

Ballade De La Visite Au Bout Du Monde – Jacques Bertin


Un soir de grande lassitude et de routes perdues
Venant de loin comme toujours et sans calcul
Parti trop tard comme toujours pour le voyage au bout du monde
Où l’on va chercher l’or improbable des sept cités
J’ai laissé l’auto tiède sur la place
Le village est une rose noire au bord de mer jetée
Par les ruelles dans la rose noire je suis monté
Jusque chez vous sans savoir si j’allais oser frapper

Une silhouette dans le carré de lumière, femme aimée
Je suis fou ! Je viens me cogner au bout du monde
– Qui est-ce à cette heure ? Les enfants sont couchés !
Répondez-moi, répondez-moi, je suis traqué !
La porte qu’on dirait depuis cent ans fermée
S’ouvre et la menace des chiens se desserre
Tu me cherches, tu interroges, je sors de l’ombre
Tu cries, tu fermes sur moi la porte, je suis sauvé

On s’installe autour de l’heure qui bat comme si rien n’était
On questionne, on fait l’inventaire, on s’étonne
Le cœur est grand offert sur la nappe cirée
On parle de rien et sans attendre de réponse
Je te demande sans pudeur : Es-tu heureuse ? et tu dis : – oui
Tu ris de la question, on est au bout du monde
On enlève à la table un éclat de soleil
Et je te dis que tu es belle et que je t’ai toujours aimée

Jacques m’emmène voir la maison nouvelle au fond du jardin
Dans la nuit noire c’est folie on ne voit rien
Mais dans la nuit la plus noire tu connais ton chemin
Chaque mur, chaque pierre, chaque ombre
La maison est plantée devant le marais et la mer
Tu es arrivé, pour toi la route ne va pas plus loin
Il faut se battre sur place, la vie n’est plus pour demain
Tu ne peux plus détourner la conversation, c’est bien

Et moi déjà je fuis sur la route qui file vers Royan
L’auto rêve, elle n’a pas besoin de son maître
Mais à peine je suis seul à nouveau, j’ai mal
Je gâche le temps et les mots, j’ai peur du bonheur et des roses
Le bonheur, est-ce que c’est vraiment si peu de choses ?
Si le rythme du cœur est si lent… que sais-je…
Pris dans cette solitude comme dans les glaces, on s’arrête,
On étouffe, on ne peut ni avancer ni reculer, on crève…

Je rentre dans le premier hôtel ; on me prend pour un fou
Moi aussi je connais mon chemin ! Dans le lit je me roule en boule
J’oublie tout.

Jacques Bertin

« DONNE-MOI TA MAIN » – NIALA 2022 – ACRYLIQUE S/TOILE 65X54


NIALA

« DONNE-MOI TA MAIN »

NIALA 2022

ACRYLIQUE S/TOILE 65X54

Les dernières roseurs de l’aube se lovent aux rousseurs d’un automne qui met son tapis au métier pour tisser

Les laines s’étirent en se frottant les yeux pour joindre l’étoile du lin en gare

Départ grandes lignes

Au loin les cloches ont mit le baluchon sur les pôles depuis l’origine sans pour autant devenir aphones

Et l’oiseau en migre les alliages aux seins des chemins, sans errance par la foi conservée dans les métamorphoses diverses, bonnes comme mauvaises

L’herbe sauvage dans sa constance tient l’humide fertile dans la barrière de feu qui fractionne, préservant le bouton de la flore jusqu’au silence qui pourra faire éclore le bouquet à offrir en demande

Jusqu’au toit des maisons où le soleil se fait paratonnerre en dernière sentinelle à la porte du bac à sable des enfants.

Niala-Loisobleu – 2 Octobre 2022

LE LONG DES FEMMES DE PIERRE


LE LONG DES FEMMES DE PIERRE

Aux bords des chemins on dit que Rome y mène

sur ma carte là où ils coupé les platanes des statues riment sur leur piedestal

Toutes ont le vert des mousses humides, la pierre ou l’airain des brunes, blondes ou rousses

Ce cambré de la gîte quand le loft pour loft tourne la baume

Les chevaux viennent s’y frotter le crin pour les rendre équestres en bête à deux dos

Puis comme au Mont leur marée arrive au galop

J’oublie l’impasse

Le soleil les attouche sans qu’une plainte menace la nature.

Niala-Loisobleu – 2 Octobre 2022

Mille Feuilles


Mille Feuilles

avoir

Les arbres au dessert servent la rousseur de leur chevelure dans un mélange de vers

La fenêtre ouvre ses tiroirs aux tenues à avoir

Débarrasse la table et cours à la promenade qui te tend la main.

La mer est toujours de sel qu’on peut tenir en confiance

Le sanglier entré hier présage de la lutte pour sauvegarder l’existence…

Niala-Loisobleu – 2 Octobre 2022

1er Octobre à 17h55


1er Octobre à 17h55

Le chemin des toiles n’a jamais conté pour moi autre chose que le tant. Combien d’étoiles ? demande un astronome lambda.

Les armoires rient. L’agenda plus terre-à-terre répond comme le canon, un certain temps.

Le soleil fut tellement seul dans l’atelier qu’il porta au fond et à sec dans l’humide inspiration.

Des fleurs, une demande en mariage et la main si chaude qu’un sanglier se permit de traverser La Chaume et d’entrer faire un tour dans mon jardin avant de repartir.

Drôle d’époque

L’homme rétrécit et le cochon à cornes augmente…

Niala-Loisobleu – 1er Octobre 2022