FLOCONS VAGUES


GIGI MILLS

FLOCONS VAGUES

Le bras tendu vers l’oreille d’une respiration nouvelle

la neige que je laisse passer

fait tourbillonner les flocons sur la corde à linge de l’horizon

Petit-linge que les dames utilisent en brise-bise aux vitres de leurs terrasses

quand un cri du loup pointe à la nouvelle-lune

le long de la limite du bac-à-sable

un dernier mégot

tombe sans que le feu déborde du tunnel

Gardé dans la noirceur des ténèbres

un fer à vapeur

remorque les plis d’un Almanach Vermot

l’humour tire la gueule de Nation à République

tandis que la balle du chien repasse sur le fusil du boucher

le non-dit de la grâce des condamnés

Jeanne

le cul dans la baïne, perd sa virginité

anal du 49.3

Les grands oiseaux blancs se lâchent

pendant qu’il est encore tant des soldes et que d’un reste d’électricité

je visionne les dernières

secousses d’un dessin d’enfant.

Niala-Loisobleu.

19 Janvier 2023

Michel Deguy – Notre Demeure


GIGI MILLS

Michel Deguy

Notre Demeure



Dame de près l’ombre chat sous ta main de peintre joue
Tandis que l’âge crible La mienne drainant le derme
      (et mince taie sur la pupille)
La paume de la nuit en sueur scintille sur le nu

Une meule d’étoiles se rentre à l’horizon urbain
La lune fardée comme une Japonaise
Approvisionne là l’immeuble de la nuit
Les feux du stade bordent notre alcôve

Une demande précautionneuse
          Cherche ta voix
Que ta diction lente et courtoise exauce

Michel Deguy


SILLAGE


SILLAGE

Nappe fouillée à corps

l’onde pousse la présence animale d’un bord à l’autre

Au creux des pierres les restes de ta parole

deux doigts sur les lèvres

Une grande roue retient en rayons le miel entre les floraisons

pour la prochaine lune pendant que s’offre la saison du blanc choisir sa couleur

La marque de tes pieds mouillés sur les tomettes n’a pas éteint ce qu’il peut y avoir de flamme en toi

j’ai tenu ma promesse en ouvrant l’atelier ce matin d’un coup de chapeau à la fragrance des roses

l’épuisette s’est empressée d’en saisir le parfum avant que la manif sorte ses banderoles et ses protestations légitimes ou non

Emoi dans mon coin, tournant le dos à l’horloge, j’ai remonté les cordes de la boîte à musique comme le gosse qui a gagné un tour gratuit.

Niala-Loisobleu.

19 Janvier 2023

Enrique Noriega, traduit de l’espagnol (guatémaltèque) par Nicole Laurent-Catrice


Enrique Noriega, traduit de l’espagnol (guatémaltèque) par Nicole Laurent-Catrice

Poète, éditeur et animateur d’ateliers d’écriture, notamment aux Etats-Unis, Enrique Noriega est né au Guatemala en 1949. Il a reçu plusieurs prix prestigieux tant au Mexique que dans son pays.
Guastatoya qui donne son nom à un de ses récents recueils (2014) et dont sont extraits ces trois poèmes, est une petite ville au nord de Ciudad Guatemala, sans aucun signe particulier ni intérêt archéologique. Enrique Noriega jette sur son pays un regard nostalgique et sans concession.

Un soir (m’a raconté ma mère)
est arrivé au village
un homme qui demandait mon grand-père
(il chevauchait un étalon au crin épais)
bien sûr il fut traité avec l’hospitalité
coutumière de guastatoya
il dîna à la maison
l’homme dit qu’il fuyait une querelle dans son pays
et qu’on le poursuivait
la nuit tombée ils s’enfermèrent (affaires d’hommes)
pour négocier un fusil
d’accord sur le prix
à l’aube le fugitif demanda au grand-père
de l’accompagner aux environs
(au cas où il y aurait quelqu’un qui guetterait par là)
sûr de lui ou téméraire
le grand-père accepta
les bêtes sellées ils partirent en silence
l’un à côté de l’autre
flanc contre flanc
et quand la première lueur de l’aube éclata
(dissipant et confondant tout ce qui existait)
l’homme fit semblant d’avoir fait tomber quelque chose
et sortit son pistolet
le grand-père
tira avec le sien avant
(il le tenait serré
dans la poche
de sa veste)
car
depuis le début
(dit-il)
j’avais compris
que la chose me concernait
et je ne regrette pas de l’avoir fait
car c’était un homme mauvais
qui était de trop dans le monde
témoin fidèle de ses paroles
il laissa la veste
sur le mur (accrochée à un clou)
à force
la grand-mère la reprisa car (il devint emphatique)
cette histoire tu l’as déjà racontée romuald
personne ne va plus te croire
et comment sont les gens dans le village
ensuite il s’est avéré que
cet homme était la mort
qu’un homme indomptable de guastatoya
avait obligé à remettre sa tâche à plus tard
Una tarde (me contó mi madre)
llegó al pueblo
un hombre preguntando por mi abuelo
(montaba un macho canelo de crin espesa)
por supuesto fue tratado con la correspondiente
hospitalidad guastatoyana
cenó en casa
el hombre dijo que huía de una reyerta en su tierra
y que lo perseguían
ya de noche se encerraron (asunto de varones)
a negociar una escopeta
acordado el precio
hacia la madrugada el fugitivo le pidió al abuelo
que lo acompañara a las afueras
(por aquello de que hubiese alguien por ahí atalayando)
seguro de sí mismo o temerario
el abuelo concedió
ensilladas las bestias se marcharon en silencio
uno a la par del otro
atentos a su flanco
y cuando la primera luz del alba irrumpió
(desvaneciendo y confundiendo lo existente)
aquel hombre fingió que se le caía algo
y sacó una pistola
el abuelo
disparó la suya antes
(la traía empuñada
en la bolsa
de su saco)
pues
desde el inicio
(dijo)
entendí
que la cosa era conmigo
y no me pesa haberlo hecho
puesto que ese era hombre de maldad
que sobraba en el mundo
testigo fiel de sus palabras
en la pared (colgado de un clavo)
dejó el saco
al tiempo
la abuela lo zurció porque (enfatizó)
esa historia ya la contaste demasiado romuald
nadie más te la va a creer
y lo que es la gente en el pueblo
luego se salió con que
aquel hombre era la muerte
a la que un guastatoyano de temple
obligó a postergar su tarea
je suis sûr que personne ne va me dire maintenant
qui furent beethoven et chopin
(c’est arrivé il y a si longtemps)
je pourrais même parier
à coup sûr et personne ne gagnerait
pourtant tu sais que dans ce monde
il y a plus d’un monstre qui connaît son affaire
surtout si c’est un bon navigateur sur internetmais (pour ne pas te faire languir)
beethoven et chopin étaient
une paire de petits lapins jolis et câlins
qui accompagnaient l’enfance triste
d’une fillette que j’ai connuesau-te mon lapi-not
arrê-te tes o-reilles
man-ge ton o-seille
mon lapi-not à moi
mon lapi-not à moileur chantait-elle avec douceur
en les caressant
si bien que ((il faut le dire)avec leur fourrure
ils lui apprirent la tendresse
à elle qui eut l’infortune
de les voir dans la casserole
tout rôtis
un de ces trop nombreux
jours de disette familiale
estoy seguro que nadie me va a decir ahora
quiénes fueron beethoven y chopin
(sucedió hace tanto tiempo)
podría hacer incluso una apuesta
con la certeza de que nadie me la gana
y mira que en este mundo
hay cada monstruo que sabe de su tema
ante todo si es hábil navegador de internetpero (para no hacértela más larga)
beethoven y chopin fueron
un par de conejitos pulcros y cariñosos
que acompañaron la infancia triste
de une niña que conocísál-ta mi cone-ji-tó
pá-ra tus ore-ji-tás
có-me tu zaca-tí-o
conejo mí-o
conejo mí-oles cantaba ella con dulzura
y los acariciaba
de manera que (vale decir)con su afelpada piel
le inauguraron la ternura
a ella que tuvo el infortunio
de verlos en la cacerola
asados
uno de tantos
días de penurie familiar

Lâché-prise


Lâché-prise

En vidant la boîte à boutons sur la table j’ai vu partir les boutonnières des culottes fendues

Du dru qui en dépassait une société de fourmis allait au travail sans s’arrêter de chanter

Plus vraie que les Sept-Nains la métaphore n’avait pas de grincheux

Juste la joie de vivre que donne le travail

J’ai jeté un regard sur l’année 36, le front populaire qui gagnait tout ce qui aujourd’hui se perd

Et fermant la radio sur la grève, j’ai rentré dans l’ô jusqu’au bonheur de vivre

Sur le plus gros caillou l’oiseau creusait son nid.

Niala-Loisobleu – 19 Janvier 2023

Lâché-prise


Lâché-prise

En vidant la boîte à boutons sur la table j’ai vu partir les boutonnières des culottes fendues

Du dru qui en dépassait une société de fourmis allait au travail sans s’arrêter de chanter

Plus vraie que les Sept-Nains la métaphore n’avait pas de grincheux

Juste la joie de vivre que donne le travail

J’ai jeté un regard sur l’année 36, le front populaire qui gagnait tout ce qui aujourd’hui se perd

Et fermant la radio sur la grève, j’ai rentré dans l’ô jusqu’au bonheur de vivre

Sur le plus gros caillou l’oiseau creusait son nid.

Niala-Loisobleu – 19 Janvier 2023