L’AMOUR EST UNE COMPAGNIE PAR FERNANDO PESSOA


L’AMOUR EST UNE COMPAGNIE

PAR

FERNANDO PESSOA

L’amour est une compagnie.
Je ne peux plus aller seul par les chemins,
parce que je ne peux plus aller seul nulle part.
Une pensée visible fait que je vais plus vite.
et que je vois bien moins, tout en me donnant envie de tout voir.
Il n’est jusqu’à son absence qui ne me tienne compagnie.
Et je l’aime tant que je ne sais comment la désirer.

Si je ne la vois pas, je l’imagine et je suis fort comme les arbres hauts.
Mais si je la vois je tremble, et je ne sais de quoi se compose ce que j’éprouve en son absence.
Je suis tout entier une force qui m’abandonne.
Toute la réalité me regarde ainsi qu’un tournesol dont le coeur serait son visage.

Fernando Pessoa

Extrait de: 

 1960, Le Gardeur de Troupeaux (Gallimard)

Là où la Seine se passe


Pablo Auladell

Là où la Seine se passe

Dans le silence d’un désert m’aime pas un chameau alignant ses bosses sur la tôle ondulée des dunes

On m’avait vanté ce caravansérail comme un des meilleurs pour l’échange sur la route de la soie

Que dalle

le moucharabieh ne laisse rien dépasser qui ondule

pas de tapis qui vole sur le pavé mosaïque à propos de ce qui dégringole

quant aux coussins sous les douleurs rénales, juste l’humidité à 100 % les renforce

avec en plus, un chat échappé du costume qui exhibe des délices de l’Orient pour l’imaginaire tiré du catalogue de mirages

Pourtant, pour autant qu’il m’en souvienne , à moins que je déménage, c’était du lourd qui sortait du rideau après les trois coups du gendarme

De la boîte à l’être je sors des allumettes sans soufre pour rallumer l’Avant-Scène.

Niala-Loisobleu.

12 Janvier 2023

SOUS SILENCE DES PORES


Pablo Auladell

SOUS SILENCE DES PORES

Remède pour soigner les jours sans

Une jambe de bois qu’un vieux capitaine sort des bars du port, traîne sur le quai entre les filets en quarantaine et les mouettes à la hune des mâts, guettant le facteur

ça boîte aux lettres

en martelant du pilon

le Maître de Cérémonies est en déplacement là où une mère s’est retirée

laissant à la saudade dire cet amour qui ne peut s’enfuir sous prétexte de fin de vie terrestre

En attendant comme disait Godot, je change le tuyau de gaz périmé pour tirer du feu le pétale qui dit « à la folie »

En radoub de saison , les cabines de la plage rompent la solitude en sortant l’album-photo des déshabillages du dernier été

Le ferry quitte le quai et traverse

LENDEMAINS

L’heure qui passe après l’heure forte est visage qui se sculpte dans l’air. Je me tiendrai au bord de la lumière du sable plus étrange que la mer. Qui donc sera visible après l’événement ?
Anges autour de l’œuvre pie, les lendemains sans lèvres ont des étonnements de baisers clairs.

Gabrielle Althen

Le Nu vigileLa Barbacane, 1995

Par la porte entre baillée

le poids des seins et la poignée des hanches a révélé une absence de sommeil où mes mains se sont accrochées

ça déménage quand tu balances tout ça

comme si il n’y a rien qui meure dans ce qui a pris son départ dans la chair vivante

Un vagissement saigne

la petite-main qui tire le fil à coudre…

Niala-Loisobleu.

12 Janvier 2023

SPONTANÉITÉ


SPONTANÉITÉ

Sans détour et l’œil dans l’œil on sent à la fermeté de la main si les doigts affrontent ou non le sujet

L’oiseau franchit de la branche au sol le glissement du reptile sans tergiversations

Il est vrai que le nuage du vent qui détourne est d’une épaisseur étouffante

La rapidité avec laquelle l’herbe cache les réponses n’est pas discutable.

Niala-Loisobleu -12 Janvier 2023