Aksinia Mihaylova

Quand je suis prise de doutes


Quoi que tu écrives,
tu n’exprimes point le sens,
car au commencement n’était pas le verbe
mais la joie des corps.
Ensuite est venue la saison de la douce faim.
L’horizon a blanchi et les oiseaux ont attaqué les blés.
Les petits fauves des mots que nous nous lancions
mordaient, de plus en plus acharnés,
notre avenir commun et j’ai compris
que seuls mes sens articulaient
toutes les nuances du bleu
dont ton langage est imprégné.
C’est alors que je t’ai perdu
à la fin d’un poème.
À présent, le silence dans le cœur,
je regarde le ventre lisse de la lune d’août
frémir dans la tasse de porcelaine,
mais tu ne peux pénétrer dans ce paysage
car au-dessus des épaules
tu es un véritable hiver.
Aussi je reste dans ma réalité :
je te rends les mots
je garde ma joie.

Aksinia Mihaylova


Aksinia Mihaylova, Ciel à perdre, poèmes, Éditions Gallimard, Collection blanche, 2014, pp. 46-47. Prix Apollinaire 2014.

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