CE 16 NOVEMBRE 2022 AU BORD DE L’APPAREILLAGE…


CE 16 NOVEMBRE 2022

AU BORD DE L’APPAREILLAGE

« Passer l’hiver »

J’aurai encore laissé passer l’hiver
Sans refaire la charpente mangée aux vers
Et ni enfin écrire cette lettre
Sur l’amour, sur le vide rongeant l’être

J’aurai aimé mal, très, toutes mes femmes
Mal entretenu tous mes feux et flammes
Je n’aurai pas vu le mot sous la porte
Mais j’aurai hurlé dans des sonos mortes

J’aurai mal parlé pour mes espérances
Dépensé tout le bien de mes parents
Dans toutes les danses perdu mon pas
Fait le coup de poing où il fallait pas

J’aurai convoqué les mots et les dieux
Sans retenir l’eau crevant le barrage
Ni les poissons d’or sautant dans tes yeux
Ni la silhouette avec son bagage

J’aurai attendu longtemps l’aube et l’homme
Puis je me serai endormi trop tôt
Quand j’étais peut-être l’aube et cet homme
J’ai froid dans mon manteau

La nuit se dévide et le soleil fond
Et j’aurai laissé courir sur son aire
Le beau bateau. Il est échoué sur les hauts-fonds
De tes yeux, ton silence, ton désert!

J’aurai laissé mon fils comme un voleur
Fuir par la porte étroite sous mon cœur
S’en alla chercher une balle au front
Mon petit combattant, ma ressemblance…

J’aurai toujours pris la vie de très haut
Et sans avoir pas trahi père et mère
J’aurai laissé par le carreau cassé entrer l’hiver
J’aurai laissé mourir de froid tous mes oiseaux

Jacques Bertin

APPAREILLAGE – NIALA 16/11/22


APPAREILLAGE – NIALA 16/11/22

Novembre

dans sa légendaire grisaille m’a formé au règne du soleil

et aujourd’hui au bord de l’autre rive, je ne vois en face qu’un acharnement à détruire

Plus que quelques jours pour clore la révolution présente

ou en commencer un autre avec et sans

Les Rois Mages

et leurs chameaux ont perdu la route de la soie depuis lurette en dérivant dans les hypers

Que croire à présent ?

Je ramasse dans mon caniveau le secret de mon enfance sans poudre de perd lin peint-peint

Appareille en oiseau-marin

qui sent l’orage avant qu’il survienne et se niche au coeur de cette fleur étrange qu’est l’amour aussi puante qu’ensorcelante, unique, belle selon qu’on la cultive sans se tromper de taire ô

La palme est hissée en verticale solaire

le mât debout dans l’univers

les haubans à l’oblique de la chaîne d’union

paré à l’appareillage

où qu’aille la destination, mon cap sera le sien.

Niala-Loisobleu.

16 Novembre 2022

« APPAREILLAGE » – NIALA 2022 – ACRYLIQUE S/TOILE 65X54 – ENCADREE CAISSE AMERICAINE


Détail de « APPAREILLAGE » – Niala 2022

« APPAREILLAGE »

NALA 2022

ACRYLIQUE S/TOILE 65X54

ENCADREE CAISSE AMERICAINE

TROIS FRAGMENTS

DE L’HYMNE IMPOSSIBLE

PAR

PIERRE OSTER

La terre est un savoir !
D’où les eaux, d’où les rochers jaillissent.
La nuit, la plaine et la mer fondent un savoir proche des murs.
Et, là, là ! la, solitude aux couleurs de la nudité des choses,
Le soleil gravit les collines…
Il redescendra dans les champs,
Dans les mares, dans l’herbe.
Autant de mares, autant de portes
Par où le ciel rejoint le chaume…
Arbres meurtris, chemins détruits,

La campagne se tait.
J’en conjure, en accepte la paix.
Le silence
Signifie-t-il que les talus… si hauts, face au dieu du
Tout,
Que les talus, de l’orbe des planètes au labyrinthe des plantes,
Ferment sans cesse une prison ayant la forme d’un vallon ?
D’un vallon protecteur.
Et, grâce à l’humus, à quelque manne
Humide, à la richesse de la rosée, au repos déjà solennel
Du matin, je me voue à l’espace… À sa beauté je m’inféode
Bien avant que les heures ne brillent…
Ah ! je mesure à loisir
Le petit jour…
Sur l’horizon le soleil s’arrondit, s’exalte.
La nuit le couronne…
Ah ! le soleil nous dicte et nous
Vole une réponse !
Alors la pluie, infime, élémentaire,
Orne des traces qui m’enchantent, étouffe à présent le fanal
Qui, augurai, fatal, à la surface, à l’intérieur des gouttes,
Vacille et les épuise…
Imagination, quête et création
D’un royaume.
Et je serre ou je lâche une poignée de brindilles.
Je me veux serviteur, gardien, complice et tenant du poème épars
Des sens.
Serviteur des maisons dans leur sommeil.
D’une

grange,

D’une charpente…
Un édifice, un creuset…
Le ciel pourvoit À notre besoin d’infini…
Le temps compose et cohabite
Avec les vagues !
Avec les vagues, avec les vagues.
Avec
Des sentiers que nul ne sonde !
Avec des carrières, des grottes
Doucement désertes…
Avec de nouveaux rochers sous la voûte

des écueils,

Héros de l’abîme !
Et le jour vient à les surprendre au niveau de

la mousse,

De l’écume.
Audacieux, plus qu’audacieux, presque audacieux,
Nous les interrogeons

Restons fidèles à la tendresse de la lymphe

Laissons-nous conduire à l’unité des fleurs.
Unité abondante.
Et

La règle est de croître…
Du côté d’une frontière ou d’une ligne

d’îles,

La très chaste et très vénérable et redoutable
Vénus
Nous domine. À l’aplomb des toits les étoiles clignotent,
La nuit s’en empare !
Ah ! me soumettre à la naissance du soleil, À sa plénitude…
Avoir le désir d’accompagner pas à pas sa solitude.

Pur, précieux, facile embrasement des bâtiments de l’éther,
De maints bassins monumentaux !
Le jour se relance et nous

drosse

Le long d’une plage…
JJ vogue.
Il abrite un port abrupt.
J’en scrute et j’en occupe, en défends la grandeur.
Je m’en inspire.
J’ordonnerai, je retrouverai, dirai, surgeons, drageons.
Surgeons ! détaillerai à souhait les mots d’un éloge des feuilles.
Un baume se répand sur la blessure des bois.
La lune au bout de

nos doigts

Varie et nous séduit.
Nous devinons que le brouillard consume,
De la tôle des hangars aux piliers du temple et de la base des

hangars

À la grange, allume et consume un absolu de transparence.
Notre lot?
Guetter, prudemment,
Fépiphanie du feu. Épier le

retour

Du guide obscur…
J’oublie, à fouler le sol, je rêve ou j’évoque
La bataille des saisons.
Je recherchç et m’attribue le butin
Que l’automne pille.
Et l’hiver le confie au matin.
Les mois

commandent

De sauver la sève…
Au gré d’une voix, d’un chant parfait.
Immobile, immobile et mobile, encore immobile et mobile,
Le soleil détecte une route, instaure un paradis de roseaux (dont
La pointe nous frôle) et lui dispute la mer.
La mer recule,
Nous apprend l’orgueil du jusant.
Le vent, le tisserand.
Hisse une voile, la détisse…
Appareillage ou naufrage
En guise de message.
Attentifs, actifs, sereins, captifs,
Il nous échoit de saisir, de choisir la sainte poussière,
D’épouser la fortune inégale !

Pierre Oster

« APPAREILLAGE » – NIALA 2022 – ACRYLIQUE S/TOILE 65X54 – ENCADREE CAISSE AMERICAINE

Bienveillance


Bienveillance

A l’abri des ravines où les plaies s’écoulent pousse un jardin fait de vertical aspect

Ce qui en exhale n’a pas la griffe de grand couturier

Il se montre sans défilé

Naturel

Harmonieux

Sans accompagnement de stars

Bêlements de l’agneau en réponse à l’oiseau.

Niala-Loisobleu – 16 Novembre 2022