COMME AVANT – MICHEL SARDOU


COMME AVANT – MICHEL SARDOU

Souvent tu croiras que le ciel n’est noir que pour toi
Et je te montrerai que la pluie tombe aussi sur moi
Souvent tu croiras que le temps s’arrête le soir
Et je te montrerai que la nuit peut être un départ

Et moi dans le miroir de tes rêves d’enfant, je me revois comme avant
Une étoile d’amour dans tes yeux d’océan, je me revois comme avant
Et toutes les blessures que la vie m’a laissé, à quoi je te promet, je ne les montrerai jamais
Pour qu’éternellement dans ton regard d’enfant, je me revois comme avant

Souvent tu croiras que la fin est au bout de ta rue
Et je te montrerai qu’une impasse devient une issue
Souvent tu croiras que les yeux ne font que les larmes
Et je te montrerai qu’un regard est plus fort qu’une arme

Et moi dans le miroir de tes rêves d’enfant, je me revois comme avant
Une étoile d’amour dans tes yeux d’océan, je me revois comme avant
Et toutes les blessures que la vie m’a laissé, à quoi je te promet, je ne les montrerai jamais
Pour qu’éternellement dans ton regard d’enfant, je me revois comme avant (je me revois comme avant)

Et moi dans le miroir de tes rêves d’enfant, je me revois comme avant
Une étoile d’amour dans tes yeux d’océan, je me revois comme avant
Et toutes les blessures que la vie m’a laissé, à quoi je te promet, je ne les montrerai jamais
Pour qu’éternellement dans ton regard d’enfant
Pour qu’éternellement dans ton regard d’enfant
Pour qu’éternellement dans ton regard d’enfant, je me revois comme avant.

Michel Sardou

INTRODUCTION AU GALET PAR FRANCIS PONGE


INTRODUCTION AU GALET

PAR

FRANCIS PONGE

Comme après tout si je consens à l’existence c’est à condition de l’accepter pleinement, en tant qu’elle remet tout en question; quels d’ailleurs et si faibles que soient mes
moyens comme ils sont évidemment plutôt d’ordre littéraire et rhétorique; je ne vois pas pourquoi je ne commencerais pas, arbitrairement, par montrer qu’à propos des
choses les plus simples il est possible de faire des discours infinis entièrement composés de déclarations inédites, enfin qu’à propos de n’importe quoi non seulement
tout n’est pas dit, mais à peu près tout reste à dire.

D est tout de même à plusieurs points de vue insupportable de penser dans quel infime manège depuis des siècles tournent les paroles, l’esprit, enfin la réalité de
l’homme. Il suffit pour s’en rendre compte de fixer son attention sur le premier objet venu : on s’apercevra aussitôt que personne ne l’a jamais observé, et qu’à son propos les
choses les plus élémentaires restent à dire. Et j’entends bien que sans doute pour l’homme il ne s’agit pas essentiellement d’observer et de décrire des objets, mais enfin
cela est un signe, et des plus nets. A quoi donc s’occupe-t-on? Certes à tout, sauf à changer d’atmosphère intellectuelle, à sortir des poussiéreux salons où
s’ennuie à mourir tout ce qu’il y a de vivant dans l’esprit, à progresser — enfin ! — non seulement par les pensées, mais par les facultés, les sentiments, les
sensations, et somme toute à accroître la quantité de ses qualités. Car des millions de sentiments, par exemple, aussi différents du petit catalogue de ceux
qu’éprouvent actuellement les hommes les plus sensibles, sont à connaître, sont à éprouver. Mais non! L’homme se contentera longtemps encore d’être a fier »
ou « humble », « sincère » ou « hypocrite », « gai » ou « triste », « malade » ou « bien portant », « bon »
ou « méchant », « propre » ou « sale », « durable » ou « éphémère », etc., avec toutes les combinaisons possibles de ces
pitoyables qualités.

Eh bien! Je tiens à dire quant à moi que je suis bien autre chose, et par exemple qu’en dehors de toutes les qualités que je possède- en commun avec le rat, le lion et le
filet, je prétends à celles du diamant, et je me solidarise d’ailleurs entièrement aussi bien avec la mer qu’avec la falaise qu’elle attaque et avec le galet qui s’en trouve par
la suite créé, et dont l’on trouvera à titre d’exemple ci-dessous la description essayée, sans préjuger de toutes les qualités dont je compte bien que la
contemplation et la nomination d’objets extrêmement différents me feront prendre conscience et jouissance effective par la suite.

A tout désir d’évasion, opposer la contemplation et ses ressources. Inutile de partir : se transférer aux choses, qui vous comblent d’impressions nouvelles, vous proposent un
million de qualités inédites.

Personnellement ce sont les distractions qui me gênent, c’est en prison ou en cellule, seul à la campagne que je m’ennuierais le moins. Partout ailleurs, et quoi que je fasse, j’ai
l’impression de perdre mon temps. Même, la richesse de propositions contenues dans le moindre objet est si grande, que je ne conçois pas encore la possibilité de rendre compte
d’aucune autre chose que des plus simples : une pierre, une herbe, le feu, un morceau de bois, un morceau de viande.

Les spectacles qui paraîtraient à d’autres les moins compliqués, comme par exemple simplement le visage d’un homme sur le point de parler, ou d’un homme qui dort, ou n’importe
quelle manifestation d’activité chez un être vivant, me semblent encore de beaucoup trop difficiles et chargés de significations inédites (à découvrir, puis à
relier dialectiquement) pour que je puisse songer à m’y atteler de longtemps. Dès lors, comment pourrais-je décrire une scène, faire la critique d’un spectacle ou d’une
œuvre d’art? Je n’ai là-dessus aucune opinion, n’en pouvant même conquérir la moindre impression un peu juste, ou complète.

Tout le secret du bonheur du contemplateur est dans son refus de considérer comme un mal l’envahissement de sa personnalité par les choses. Pour éviter que cela tourne au
mysticisme, il faut : i° se rendre compte précisément, c’est-à-dire expressément, de chacune des choses dont on a fait l’objet de sa contemplation; a0 changer assez
souvent d’objet de contemplation, et en somme garder une certaine mesure. Mais le plus important pour la santé du contemplateur est la nomination, au fur et à mesure, de toutes les
qualités qu’il découvre; il ne faut pas que ces qualités, qui le transportent, le transportent plus loin que leur expression mesurée et exacte.

*

Je propose à chacun l’ouverture de trappes intérieures, un voyage dans l’épaisseur des choses, une invasion de qualités, une révolution ou une subversion comparable
à celle qu’opère la charrue ou la pelle, lorsque, tout à coup et pour la première fois, sont mises au jour des millions de parcelles, de paillettes, de racines, de vers et
de petites bêtes jusqu’alors enfouies. 0 ressources infinies de l’épaisseur des choses, rendues par les ressources infinies de l’épaisseur sémantique des mots!

*

La contemplation d’objets précis est aussi un repos, mais c’est un repos privilégié, comme ce repos perpétuel des plantes adultes, qui porte des fruits. Fruits
spéciaux, empruntés autant à l’air ou au milieu ambiant, au moins pour la forme à laquelle ils sont limités et les couleurs que par opposition ils en prennent,
qu’à la personne qui en fournit la substance; et c’est ainsi qu’ils se différencient des fruits d’un autre repos, le sommeil, qui sont nommés les rêves, uniquement
formés par la personne, et, par conséquence, indéfinis, informes, et sans utlité : c’est pourquoi ils ne sont pas véritablement des fruits.

Ainsi donc, si ridiculement prétentieux qu’il puisse paraître, voici quel est à peu près mon dessein : je voudrais écrire une sorte de De natura rerum. On voit bien la
différence avec les poètes contemporains : ce ne sont pas des poèmes que je veux composer, mais une seule cosmogonie.

Mais comment rendre ce dessein possible? Je considère l’état actuel des sciences : des bibliothèques entières sur chaque partie de chacune d’elles… Faudrait-il donc que je
commence par les lire, et les apprendre? Plusieurs vies n’y suffiraient pas. Au milieu de l’énorme étendue et quantité des connaissances acquises par chaque science, du nombre
accru des sciences, nous sommes perdus. Le meilleur parti à prendre est donc de considérer toutes choses comme inconnues, et de se promener ou de s’étendre sous bois ou sur
l’herbe, et de reprendre tout du début.

*

Exemple du peu d’épaisseur des choses dans l’esprit des hommes jusqu’à moi : du galet, ou de la pierre, voici ce que j’ai trouvé qu’on pense, ou qu’on a pensé de plus
original :

Un cœur de pierre (Diderot) ; Uniforme et plat galet (Diderot) ;

Je méprise cette poussière qui me compose et qui vous parle (Saint-Just) ;

Si j’ai du goût ce n’est guère

Que pour la terre et les pierres (Rimbaud).

Eh bien! Pierre, galet, poussière, occasion de sentiments si communs quoique si contradictoires, je ne te juge pas si rapidement, car je désire te juger à ta valeur : et tu me
serviras, et tu serviras dès lors aux hommes à bien d’autres expressions, tu leur fourniras pour leurs discussions entre eux ou avec eux-mêmes bien d’autres arguments; même,
si j’ai assez de talent, tu les armeras de quelques nouveaux proverbes ou lieux communs : voilà toute mon ambition.

Francis Ponge

ET PEUT-ÊTRE QUE SI…PAR GUY RANCOURT


ET PEUT-ÊTRE QUE SI…

PAR

GUY RANCOURT

Et peut-être que si tu viens t’asseoir
juste à mes côtés pour me tenir la main…

Et peut-être que si tu viens t’allonger
juste à mes côtés pour réchauffer mon corps glacé…

Et peut-être que si tu viens toute frémissante
juste à mes côtés pour raviver mes ardeurs oubliées…

Et peut-être que si tu viens toute souriante
juste à mes côtés pour effacer ma détresse…

Et peut-être que si tu viens toute chargée d’amour et de tendresse
juste à mes côtés pour noyer ma désespérance…

Et peut-être que si tu viens bohème et follette comme autrefois
juste à mes côtés pour m’incendier de partout…

je te le jure, mon amour,
que je redeviendrais le jeune homme que tu as connu jadis.

Guy Rancourt

FRIDA AUTOPSIE DIEGO


FRIDA AUTOPSIE DIEGO

Sorti du paravent

sans habit

le coeur

percé par la lance de tramway

Frida accouche de l’enfant qui la ronge

L’oeil se sauve des deux côtés de l’adultère

sans que les lèvres repoussent l’alcool…

Niala-Loisobleu – 14 Novembre 2022

HUNE


HUNE

Bord d’un tant prêt à changer de chemise pour garder la tige aux fleurs

Les humeurs changeantes ne permettent pas de fonder un but à suivre

Me faut la rousseur des ocres dans l’épaisseur et la longueur pileuse pour nouer les de l’odyssée.

Niala-Loisobleu – 14 Novembre 2022