PAROISSE – JACQUES BERTIN


PAROISSE – JACQUES BERTIN

Des femmes sont assises dans l’hiver
Le long de la radio, sur un dernier travail
C’est tard la nuit, il est déjà dans les dix heures
Depuis longtemps dorment dans les chambres glacées
Des enfants protégés du mal par un signe de croix
Des femmes sont assises dans l’hiver. Il fait grand froid.
A la gare on attend encore le train de Combourg et Dol
Dans la prairie les gitans guettent le sommeil des chevaux
Ils ont plié le cirque dérisoire et ils s’en vont. Demain
Les maçons ne travailleront pas sans doute à cause du gel
Demain il y a messe pour la jeune fille qui est en deuil
De Nantes vient le givre avec ses cuivres. Il fait grand
froid.
Paroisse de l’année soixante. O périphérie de la paix
Femme posée comme une lampe à huile dans le silence
Rassemble dans cet écrin-là tous tes enfants. Emporte-les
Vers le bon dieu et qu’on ne nous sépare pas
Demande-lui si c’est bien demain que le payeur passe
Et quand va-t-on enfin goudronner la rue. Tu as froid.
Tu fermes la radio. Tu montes en faisant attention
Vers un endroit que je t’ai préparé dans ma mémoire
Et qui s’est détaché de moi pour vivre, comme une chanson
Où tu es bien parce qu’on ne nous séparera pas.

Jacques Bertin

« SALINITE » – NIALA 2022 – ACRYLIQUE S/TOILE 61X50


« SALINITE »

NIALA 2022

ACRYLIQUE S/TOILE 61X50

L’ iode a pris place de toute sa rondeur sépia dans la veine du jour

les cabanes battent du pied, quelle cadence il y a dans leurs hanches

Ce que la saumure met en réserve pare aux scorbuts des temps modernes

L’eau qui fait des ronds d’huile arc-en-ciel dans les bassins se balance au bout de l’anneau

et entre les mouettes et les armatures le ton dit clairement qu’il faut que ça cliquète comme dans un branle

Engoncées dans les plis des trémailles, des arêtes sont restées de garde en ronde dans le cercle du phare

Puisque l’automne se prépare à la grande-pêche

mon coeur s’est fiché au tronc d’un peint-parasol à la lame du couteau

et à l’encre de mes mots

Les îles en embuscade aux carreaux remontent la fleur-de-sel aux pieds des palisses

de l’oyat tenant la dune

dans la course des pieds et du cul qui rigole

Je ne compte sur rien hormis ma foi qui garde de l’amour perdu la force du vent qui y ramène

l’humeur des gens ne peut rien y faire

je suis majeur dans mon esprit clair

et assez opiniâtre pour tenir les rênes de mon cheval vers le feu de la vérité des sentiments

Le monde ne sait plus trop quoi faire entre allumer et éteindre, pas besoin d’influenceur, je sais moi-même ce que je veux pour aller au dernier embarcadère traverser pour l’autre rive

Être son Capitaine tient parfaitement mieux la barre que les galons sur la casquette de touriste du gros bateau à quai.

Niala-Loisobleu.

8 Novembre 2022

De la lumière qui persiste


De la lumière qui persiste

Dans la frilosité matinale du levé des parfums

le bruit des éboueurs en ramasse arrive au coin de rue

Derrière les volets clos de ton regard je sors la boulange du four

Valse de Viennoiserie

Si si

Tu sens comme un grain de Brésil…

Niala-Loisobleu – 8 Novembre 2022