LE COUVENT

DU PANTOCRATOR

Le couvent du Pantocrator sous les belles feuilles de
ses platanes luit comme une femme qui se concentre
avant de jouir. Le difficile est d’en tenter l’escalade
et cependant ces chambres serpentant comme des
meandres, ces toits où ruisselle l’huile du soleil, ces
toits vernis, ces toits de beurre, ce labyrinthe de figuiers
et de flaques de lumière à la pointe d’un precipice ver-
tical, c’est cela seul qui m’attire et c’est là que s’orien-
tent les voiles de cette tartane sur cette mer plate
comme un bruit de ressac. Écoute la balancelle du vent
sur les faîtages, du vent lent comme les vagues – puis
c’est la pluie douce sur les carreaux treillisses de
plomb, la pluie argentine, la pluie domestique entre les
claires etagères à vaisselle et la niche familière du
chien, c’est le couvent sur lequel tournent les heures, la
grisaille des heures, la cloche des passe-temps, sur
lequel les soleils tournent, et sur lequel la mer festonne
ses vagues, la langue tiree, avec l’application d’une bro-
deuse, d’une Penelope rassise et tranquille, d’une em-
poisonneuse de village entre ses fioles accueillantes et
le pain qu’elle coupe à la maisonnee – le pain qui sou-
tient et qui delasse – le pain qui nourrit.

Julien Gracq

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