Léo Ferré « Ta Source »


« L’ORIGINE DU MONDE » GUSTAVE COURBET

« Ta source »

Léo Ferré

Elle naît tout en bas d’un lieu géométrique
A la sentir couler, je me crois à la mer
Parmi les poissons fous, c’est comme une musique
C’est le printemps et c’est l’automne et c’est l’hiver

L’été, ses fleurs mouillées au rythme de l’extase
Dans des bras de folie accrochent les amants
On dirait que l’amour n’a plus besoin de phrases
On dirait que les lèvres n’ont plus besoin d’enfants

Elles coulent les sources, en robe ou en guenilles
Celles qui sont fermées, celles qu’on n’ouvre plus
Sous des linges qu’on dit marqués du sceau des filles
Et ces marques, ça me fait croire qu’il a plu

Qui que tu sois, toi que je vois, de ma voix triste
Microsillonne-toi et je n’en saurai rien
Coule dans ton phono ma voix de l’improviste
Ma musique te prend les reins alors tu viens

Ta dune, je la vois, je la sens qui m’ensable
Avec ce va-et-vient de ta mer qui s’en va
Qui s’en va et revient mieux que l’imaginable
Ta source, tu le sais, ne s’imagine pas

Et tu fais de ma bouche un complice estuaire
Et tes baisers mouillés dérivant de ton cygne
Ne se retourneront jamais pour voir la Terre
Ta source s’est perdue au fond de ma poitrine

Ta source… je l’ai bue

Léo Ferré

LA RUMEUR DU NEANT – GABRIELLE ALTHEN


EGON SCHIELE

La Rumeur du Néant

Gabrielle Althen

Rien, rien, rien, la litanie du rien, mais le néant ne veut pas commencer et l’air brille.
Je n’étais pas concernée, bien que je sache que je manque de chic, puisque je manque de néant. Du reste, ma terreur, qui n’est pas du néant, s’assortissait d’épines.
On se parlait. C’est toujours la vie qui parle à la vie. Les oiseaux et le vent le savent, qui lui bredouillent en leur langue un amen.
Et l’on cajolait l’ennui et trouvait intelligent de le porter sur soi. Je répondais parfois, mais c’était sans avoir beaucoup à dire, parce que je m’appliquais surtout à continuer de marcher en collectant des miettes, dans les faubourgs qu’il me fallait traverser.

Gabrielle Althen

LE PROCHAIN


LE PROCHAIN

Contre l’idée qui fait défaut

La fleur à qui on on a prélevé l’odeur

La route toujours en travaux

La fumée dans les arbres

Le fleuve tari

La maison en plan

L’enfant écarté des crayons

Une toile de lin

Pour l’autre

En commencement.

Percera la nuit.

Niala-Loisobleu – 21 Septembre 2022

LE VERROU QUI GRELOTTE


LE VERROU QUI GRELOTTE

Face au trottoir vde, la porte tremble dans son cadre du désir de voir s’ouvrir le courant chaud qui coupait la vague d’un continent à l’autre

Sur un sol jonché de feuilles mortes les arbres restent curieusement verts

Au matin encore endormi un oiseau est venu écarter le rideau, sur l’eau un grand trait a brillé quand le message que la bouteille amenait s’est posté dans le champ

Le cheval s’est alors mis au piano, l’escalier a craqué tellement c’était beau ce qui a fait glisser un courant d’air chaud sous la porte.

Niala-Loisobleu – 21 Septembre 2022

QUAND L’OEIL BRÛLE (REPRISE)


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QUAND L’OEIL BRÛLE (REPRISE)

Il s’aperçut qu’elle se tenait dans cette robe de soleil que le temps froid n’avait  pas imprimée par crainte d’avoir les doigts gourds. La vie ne laisse pas toujours à l’impression un droit de choisir, elle s’impose par tant de raccourcis que ça vient comme ça peut en un éclair obscur.

Maintenant l’image se refaisant claire il était possible d’avoir les trois dimensions.

Quand j’étais enfant un bout de ficelle m’a appris qu’il possédait le pouvoir d’imaginer tout ce que je voulais. Je sais qu’à mon âge il est encore dans ma poche avec le caillou.

Le caillou c’est l’outil-multiple, ça clef comme ça coupe, rive, martèle, grave, peint, fait voler, navigue, mène.

Quand tu cabanes avec eux, le cheval se joint sur ses deux-roues comme une balançoire à deux places. Rien qu’en peau tout autour.

La texture du tapis où sont marquées les tâches faites et à faire, tape des deux poings à ma poitrine quand je la trouve assise prête à partir. Tissage, les navettes du métier d’aimer ont des fois des pentes raides à monter, le cheval se fait alors plus utile que jamais. La force qu’il est seul a posséder en ses reins arc-que-boute le quart de cercle de l’arc-en-ciel qui se mettrait à glisser.

De nouveau, il se sentit troublé. Il se remémora les pensées qu’il avait eues en voyant la grâce de ses seins.

Niala-Loisobleu – 30 Septembre 2018