CONSEILS ET RÉPONSE A DES DEMANDES DE CONSEILS PAR HENRI MICHAUX


Pablo Picasso

CONSEILS ET RÉPONSE A DES DEMANDES DE CONSEILS PAR HENRI MICHAUX


Faut-il punaiser les bébés? » m’écrit
J. O.
Non je ne répondrai pas à cette question insidieuse.
Je ne me sens plus en confiance et ne s’agirait-il que d’un papillon, je ne répondrais pas, quoiqu’il ait un vol singulièrement agaçant, genre : « je viens, je ne viens pas
» et, affiché sur l’aile, un art décoratif pour pompiers et midinettes, non, à son sujet non plus on ne me démasquera pas.

Quant aux bébés, ils sont l’honneur de la nation.
Le futur honneur.
Et s’ils crient, c’est assez naturel.
Cris comme les vagues de la mer, avec hauts et bas : c’est qu’ils doivent reprendre souffle, tout enragés qu’ils sont et vous faire connaître en pointe qu’ils ont mal.
Cris comme un appel à la lumière : c’est qu’ils espèrent arriver une bonne fois à l’exprimer et à vider leur souffrance.

Ces mauvais artistes créent.
Hélas, vous assistez à leur création.
Elle est grotesque.
Trop tôt pour les convaincre de leur déplaisant échec.
Dans quelques années, ces ratés, enfin assagis, renonceront à l’expression, pour s’adonner à la mécanique ou à l’agriculture.
Mais il est malheureux qu’ils s’obstinent en ce moment.

J.
O. m’écrit encore : «
Je les enfariné.
Est-ce bien?
Dans une énorme dune de sable je les précipite.
Dès lors, plus un cri, plus un souffle, et la journée s’achève comme dans une église.
Est-ce bien? »

Non, je ne réponds pas à cet homme.
La guerre, je pense, a dû l’énerver.

Je l’excuse, mais qu’il fasse attention.

Tout le monde ne sera pas aussi compréhensif que moi, peut-être.

Henri Michaux