AU COMMENCEMENT ETAIT…UNE NOUVELLE HISTOIRE DE L’HUMANITE – ESSAI DE DAVID GRAEBER ET DAVID WENGROW


AU COMMENCEMENT ETAIT…UNE NOUVELLE HISTOIRE DE L’HUMANITE

ESSAI DE DAVID GRAEBER ET DAVID WENGROW

Le défaut majeur des grands systèmes d’explication du monde n’est pas tant ce qu’ils (se) racontent des histoires mais qu’ils ne les remettent jamais en cause. Depuis Rousseau et le XVIII° siècle, expliquent David Graeber et David Wengrow dans « Au commencement était », l’épopée humaine a des des airs de fresque intouchable allant des petits groupes de chasseurs-cueilleurs – le fameux « état de nature » – jusqu’aux lourds Etats bureaucratiques et inégalitaires que nous connaissons aujourd’hui. Entre les deux, les chasseurs-cueilleurs auraient inventé l’agriculture, puis les villes, puis la société industrielle, complexifiant à chaque étape leur mode de vie et l’organisation politique, jusqu’à la démocratie.

CQFD ?

Pas tout à fait, répondent l’anthropologue (Graeber) et l’archéologue (Wengrow) : « Le fond du problème , c’est la lecture mythique de l’histoire mondiale qui s’est déployée au cours des derniers siècles(…). « Non seulement elle est irréconciliable avec les données brutes qui s’étalent sous nos yeux mais les interprétations et définitions qu’elle conforte sont clinquantes, défraîchies et désastreuses sur le plan politique ». Non, les chasseurs-cueilleurs ne vivaient pas toujours en groupes égalitaires et constamment en mouvement. Non, il n’y a pas eu de révolution agricole faisant basculer ces bons sauvages dans des sociétés sédentaires et inégalitaires.

Et, non la bascule technologique n’a pas entraîné partout une réorganisation bureaucratique des grands ensembles, fondée sur la violence d’Etat. Tout cela, découvre-t-on dans ce livre épais mais accessible, est caricatural et demande à être corrigé. Les découvertes archéologiques des trentes dernières années nous apprennent en effet que, de l’ouest des Etats-Unis à la Mésopotamie, l’Océanie ou l’Inde, les peuples qui nous ont précédés ont, eux aussi réfléchi à la façon dont ils voulaient s’organiser, pensé les problèmes posés par les disparités de pouvoir, les inégalités, le partage du temps de travail…Ils ont eux aussi fait de la politique. Et trouvé d’autres réponses que les nôtres, avançant, reculant, hésitant…

Plutôt que de figer leurs histoires dans des légendes mal plâtrées, nous devrions essayer de comprendre comment ils s’y sont pris. Et pourquoi, comment, un jour, les choses ont déraillé pour nous , jusqu’à nous enfermer dans un système mondial catastrophique pour l’environnement , incapable de réduire les inégalités et souvent brutal pour les liberté. Si nous faisons ce travail sur nous-mêmes, alors disent Graeber et Wengrow, tout redevient possible

Olivier Pascal-Moussellard

Source Télérama